Biodiversité africaine: fondement pour l'avenir

Un cadre pour intégrer la conservation de la biodiversité et le développement durable



Programme d'appui à la biodiversité





TABLE DES MATIERES


Liste des Tableaux

Liste des Tables et des Figures

Acronymes

Préface

Résumé Exécutif

1ère PARTIE. INTEGRER LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE EN AFRIQUE

Chapitre 1. Biodiversité, gestion des ressources naturelles, et développement durable en Afrique

Chapitre 2. Un programme d'action pour la conservation de la biodiversité en Afrique

2ème PARTIE. QUESTIONS CRITIQUES SUR LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE EN AFRIQUE

Chapitre 3. Valeurs ayant trait à la conservation de la biodiversité

Chapitre 4. Connaissances autochtones et biodiversité

Chapitre 5. Systèmes de conservation de la biodiversité

Chapitre 6. L'environnement politique

Chapitre 7. Participation à la conservation de la biodiversité

Chapitre 8. Education, formation, et intercommunication

Conclusion

Glossaire des termes

Résumés biographiques

Bibliographie

Remerciements


LISTE DES TABLEAUX



Tableau 1. Une nouvelle approche

Tableau 2. L'exploitation humaine de la biodiversité de la forêt en Afrique centrale

Tableau 3. Systèmes de cultures des régions boisées de Miombo en Afrique australe

Tableau 4. Le manque d'attention prêtée au rôle des femmes dans la conservation de la biodiversité en Afrique

Tableau 5. Accroissement de la population et conservation de la biodiversité: une perspective africaine

Tableau 6. Conceptions historiques de la nature, originaires du Nord et de l'Afrique

Tableau 7. Recommendations prioritaires pour la conservation de la biodiversité Africaine

Tableau 8. Conflits de valeur: l'embargo sur le commerce de l'ivoire

Tableau 9. Les valeurs de la biodiversité au Ghâna

Tableau 10. Cultiver la biodiversité en Afrique occidentale

Tableau 11. Faire correspondre la distribution de la population à la distribution des ressources

Tableau 12. Systèmes de zones protégées autochtones au Ghâna

Tableau 13. Le ranch de gibier de Nazinga

Tableau 14. Trois systèmes agricoles traditionnels dans la région boisée de Miombo

Tableau 15. Un exemple de conservation, de gestion et d'exploitation durable de la diversité biologique: Le Delta de la Rivière Tana, au Kenya

Tableau 16. Programmes d'adjustement structurel: L'exemple du Kenya

Tableau 17. Agences gouvernementales concernées par la politique de la biodiversité

Tableau 18. Conservation par la communauté dans le Parc National de Tsavo Ouest, au Kenya

Tableau 19. Projet d'enseignement sur l'environnement en Ethiopie



LISTE DES TABLES ET DES FIGURES


Tables

Table 1. Rendement de l'agriculture et de la manufacture en tant que pourcentage du PIB

Table 2. Pourcentage des changes étrangers provenant de la vente de produits biologiques

Table 3. Croissance économique et dette extérieure

Table 4. Population par kilomètre carré de terre agricole

Table 5. Valeur de la faune pour les communautés vivant à proximité des réserves forestières/naturelles au Ghâna occidental

Table 6. Valeur des forêts pour les communautés vivant à proximité des réserves forestières/naturelles au Ghâna occidental 62

Table 7. Effets relatifs de divers types d'aménagement de la terre sur la biodiversité

Figures

Figure 1. Utilisation des plantes médicinales au Ghâna



ACRONYMES

ADMADE Administrative Design for Game Management Areas
AVHRR Advanced Very High Resolution Radiometer
AWF African Wildlife Foundation
AWHDA African Wildlife Husbandry Development Association
BAA Biodiversity Analysis for Africa Project
BSP Biodiversity Support Program
CAFS Communal Area Farming System
CAMPFIRE Communal Area Management Programme for Indigenous Resources
CEPGL Communauté Economique des Pays des Grands Lacs
CFA Communauté Financière Africaine
CIKARD Center for Indigenous Knowledge for Agriculture and Rural Development
CITES Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Flora and Fauna
COBRA Conservation of Biodiverse Resource Areas
CWS Community Wildlife Service
EPC Environmental Protection Council
FAO Food and Agriculture Organization of the United Nations
GATT General Agreement on Tariffs and Trade
GEPC Ghana Export Promotion Council
GDP Gross Domestic Product
GIS Geographic Information System
GNP Gross National Product
GPS Global Positioning System
GTZ Gesellschaft fur Teknische Zussamenarbeit
lIED International Institute of Environment and Development
IMF International Monetary Fund
INBio Instituto Nacional de Biodiversidad
IRG International Resources Group
ITF International Task Force
IUCN The World Conservation Union
KWS Kenya Wildlife Service
NEAP National Environmental Action Plan
NBU National Biodiversity Unit
NGO Nongovernmental organization
ODA Overseas Development Administration
OTA Office of Technology Assessment
PGRC Plant Genetic Resources Center
PTA Preferential Trade Agreement
SACUA Southern Africa Customs Union Agreement
SADC Southern African Development Community
SAP Structural Adjustment Program
SIDA Swedish Agency for International Development
SNA System of National Accounts
TSC Tropical Science Center
UNCED United Nations Conference on Environment and Development
UNCTAD United Nations Conference on Trade and Development
UNEP United Nations Environment Programme
UNRISD United Nations Research Institute for Social Development
UNSO United Nations Sudano-Sahelian Office
USAID United States Agency for International Development
WAGREP West African Game Ranching Extension Program
WCED Wildlife Education Project
WCED World Conference on Environment and Development
WRI World Resources Institute
WWF World Wildlife Fund

PREFACE



Biodiversité africaine: fondement pour l'avenir, un cadre oour l'intégration de la conservation de la biodiversité et du développement durable est le résultat principal de la première phase du Projet d'analyse de la biodiversité pour l'Afrique (BAA), réalisé par le Programme d'appui à la biodiversité (BSP)1 et financé par le Bureau d'Afrique de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). Le but du Projet BAA est d'aider à améliorer les programmes en Afrique qui visent à conserver la diversité biologique tout en favorisant la prospérité humaine; et ce, en analysant les techniques de conservation de la biodiversité actuellement utilisées ou mises à l'épreuve en Afrique.

L'analyse se propose d'aider le Bureau d'Afrique de l'USAID et ses missions en Afrique, de même que les gouvernements africains, et les organisations non-gouvernementals (ONG) internationaux et africains à formuler des stratégies et des programmes plus efficaces dans le domaine de la conservation de la diversité biologique, tout en encourageant le développement durable. Ceci se réalisera grâce à des exécuteurs munis de renseignements actuels sur les leçons tirées des programmes en cours sur le terrain.

La première étape du projet a été de développer un cadre stratégique, décrit dans ce rapport, pour l'analyse des questions critiques portant sur la conservation de la biodiversité africaine. Ce cadre a pour but d'aider à guider les programmes en cours de l'USAID et d'autres organismes, et également à donner une structure à l'analyse de la BAA. Afin de développer le cadre d'analyse qui parvienne le mieux à atteindre ces buts, il est évident que la définition et la mise en priorité des questions critiques relatives à la conservation de la biodiversité en Afrique devraient émaner directement du point de vue des Africains eux-mêmes.

Afin d'appréhender la perspective africaine sur la conservation de la biodiversité, le BSP a établi un groupe consultatif pour la biodiversité africaine. Les femmes et les hommes membres du Groupe Consultatif ont été sélectionnés de manière à représenter une diversite de régions (l'Afrique orientale, australe, centrale, et occidentale), de disciplines (sciences naturelles ainsi que sociales), et d'institutions (gouvernements, ONG, milieux universitaires). Par ailleurs il y existe également un équilibre entre les deux sexes, ainsi qu'entre expérience dans les divers biomes (forêt, milieu marin, savanne, milieu aride). Nous avons essayé d'obtenir le point de vue le plus équilibré et le plus réaliste possible de la conservation au sein d'un groupe réduit. Bien que la plupart des membres soient Africains, l'un d'eux est toutefois Américain. Il apporte ainsi un point de vue occidental sur la protection de l'environnement. Il possède de nombreuses années d'expérience dans la réalisation de programmes de conservation financés par les ONG et par des donateurs en Afrique.

Le Groupe Consultatif a identifié, discuté, et classé par ordre de priorité les questions principales portant sur la conservation biodiversité et inclues dans ce rapport. Compte tenu leurs conseils, une équipe de membres du BSP et de consultants ont rédigé plus grande partie de ce rapport. Le Groupe Consultatif a revu les diverses versions préliminaire et a écrit les rapports analytiques individuels qui sont inclus, en partie, dans ce document. (Ces rapports individuels seront publiés un volume séparé.) Le travail soutenu, la patience et les sages des membres du Groupe Consultatif ont contribué de manière inestimable au développement de ce rapport.


1Le Programme d'appui à la biodiversité est un consortium du World Wildlife Fund, du World Resources Institute, et de The Nature Conservancy, et qui est financé par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international.

Le succès du Groupe Consultatif a suscité un intérêt considérable auprès de l'USAID et d'autres donateurs. Ceci est en partie dû au fait que par le passé, certaines stratégies sur la conservation de la biodiversité en Afrique ont souvent été développées avec un apport africain limité. Le Groupe Consultatif s'est donc trouvé dans une position unique, lui permettant d'exprimer des idées nouvelles, dont certaines vont à l'encontre de la croyance populaire. Le groupe a également pu identifier des questions prioritaires aux yeux des Africains. Ce processus de collaboration entre individus et organismes américains et africains s'est avéré être une expérience éducative et enrichissante pour tous.



RESUME EXECUTIF


La perte de biodiversité à travers le monde s'est accélérée au cours des dernières décennies. Simultanément, la prise de conscience des conséquences potentiellement désastreuses de cette tendance, quant aux fonctions écologiques de la terre et à la satisfaction des besoins fondamentaux de développement de l'être humain, a également augmenté. Cette tendance est particulièrement importante en Afrique au sud du Sahara où la population dépend beaucoup plus des ressources biologiques que dans la plupart des autres régions du monde. A travers le continent, les ressources biologiques sont essentielles pour le bien-être humain: l'agriculture, l'élevage, l'exploitation du bois, et la pêche, par exemple, constituent la source essentielle de la subsistance de base et de survie, de l'emploi, des revenus de l'exportation, et du rendement économique d'une grande partie de l'Afrique au sud du Sahara..

La dépendance énorme de l'Afrique envers ses ressources biologiques se traduit par une vulnérabilité toute particulière. Dans le cas d'une baisse de la productivité due à une dégradation écologique, il existe peu d'alternatives de développement qui soient disponibles, et les ressources financières requises pour parvenir à la restauration de l'environnement sont limitées. Les systèmes écologiques qui fournissent des ressources biologiques cruciales sont divers à de nombreux niveaux, y compris la variabilité génétique, la richesse des espèces, et les caractéristiques générales de l'écosystème. Il se peut que des fonctions écologiques importantes dépendent à différents degrés de cette biodiversité. Il faut donc considérer que l'avenir de l'Afrique pourrait être gravement menacé par une dégradation écologique menant à la destruction de ces écosystèmes.

Une pression de plus en plus importante s'exerce sur les écosystèmes africains, et il est évident que des mesures doivent être mises en vigueur pour augmenter la production et les revenus, et en même temps, pour apprendre à mieux gérer la base des ressources biologiques. L'Afrique dépend, et continuera à dépendre, de ses ressources biologiques pour la nourriture, le logement, et le revenu. Le maintien d'écosystèmes sains, productifs, et variés permettra à l'Afrique de relever les défis des prochaines décennies.

En Afrique, les deux tiers environ de la surface terrestre qui pourrait abriter les habitats de la flore et la faune sauvage sont actuellement utilisés à d'autres fins (MacKinnon et MacKinnon 1986). Néanmoins, l'Afrique reste cependant riche en diversité biologique. Contrairement à d'autres régions du monde où il serait vraisemblablement trop tard pour rattraper la perte de la biodiversité qui y existait autrefois, pour la plupart des régions d'Afrique il demeure possible d'intervenir de manière pro-active. Etant donné que la biodiversité représente une importante ressource internationale aussi bien que nationale et locale, l'avantage compétitif de l'Afrique est favorisé non seulement par le fait que son environnement soit l'un des plus riches du monde du point de vue biologique, mais aussi par le fait qu'elle n'ait pas encore sacrifié ses ressources naturelles.

Efforts pour conserver la biodiversité en Afrique

Dans le passé, les programmes de conservation en Afrique ont eu tendance à souligner les valeurs internationales et scientifiques de la diversité biologique et à diriger leur attention sur les régions riches en espèces et en endémisme (endroits où il existe des espèces et des variétés qu'on ne trouve nulle part ailleurs). Ces valeurs ont largement décidé où, comment et quels programmes de conservation ont été entrepris en Afrique. Cependant, compte tenu de l'extrème dépendance de l'Afrique au sud du Sahara envers ses ressources biologiques, des stratégies nouvelles et agressives pour la conservation de la biodiversité qui incorporent les valeurs locale et nationales s'avèrent urgentes et nécessaires.


Définition de la biodiversité, des ressources biologiques, et de la conservation

La diversité biologique. ou biodiversité, est un concept utilisé pour décrire la variété des formes de vie. La biodiversité se mesure en termes de: biomes (ex. forêt tropicale humide ou marécage côtier); d'écosystèmes (une portion du biome dans laquelle les organismes vivants semblent subvenir à leurs propres besoins); d'espèces; et de variétés génétiques (McNeely et al. 1990; Salwasser 1990; USAID 1988).

Une autre définition couramment employée de la biodiversité est "la variété et la variabilité des organismes vivants et des complexes écologiques dans lesquels ils existent" (OTA 1987). Les complexes écologiques sont les rapports compliqués et interdépendants qui s'établissent souvent parmi les organismes qui co-existent, y compris les processus de l'écosystème qui représentent plus que la simple somme de leurs parties.

Les ressources biologiques comprennent les ressources génétiques, les organismes ou les parties d'organismes, les populations, ou toute autre composante biotique d'un écosystème possédant un usage ou une valeur réelle ou potentielle pour l'humanité. (Convention des Nations Unies sur la Biodiversité 1992). Ces ressources biologiques représentent une ressource naturelle indispensable: la nourriture consommée, le combustible avec lequel la nourriture est préparée, et les produits qui soutiennent la vie et engendrent la richesse.

La conservation est définie comme étant la gestion de l'exploitation humaine de la biosphère afin de produire le plus grand bénéfice durable aux générations actuelles, tout en maintenant ses possibilités de subvenir aux besoins et aux aspirations des générations futures. Ainsi, la conservation s'étend à la préservation, au maintien, à l'exploitation et au rétablissement durables, et à l'amélioration de l'environnement naturel (IUCN, UNEP, WWF 1980).



La diversité biologique et les ressources biologiques doivent toutes deux être conservées. La conservation des ressources biologiques dépend de la santé et de la productivité continues des écosystèmes locaux. Les écosystèmes africains qui fournissent des produits biologiques sont des systèmes variés en termes de variabilité génétique, de richesse des espèces, et de caractéristiques de l'écosystème. La diversité de ces systèmes est un facteur important en ce qui concerne leur stabilité et leur productivité. En général, les systèmes plus complexes et plus diversifiés font preuve d'une plus grande résistance et sont moins vulnérables aux pressions écologiques que les systèmes moins complexes. Pour citer le biologiste E.O. Wilson, "Un écosystème qui maintient sa productivité grâce à des espèces multiples est un écosystème qui a moins de chances d'échouer" (Wilson 1992). Ainsi, il ne suffit pas de simplement protéger certaines ressources à valeur biologique. Afin de maintenir ces produits désirables, il faut conserver la diversité génétique, ainsi que celle des espèces et des écosystèmes appartenant aux systèmes biologiques africains.

La conservation des ressources biologiques dans certains endroits particulièrement choisis en Afrique a commencé il y a de nombreuses années, et pour plusieurs raisons: le souhait des autorités coloniales de préserver les populations de gibier pour les chasseurs (blancs), un manque de compréhension des méthodes africaines traditionnelles en ce qui concerne la chasse et l'exploitation des ressources, et des préoccupations au sujet du déboisement et d'autres problèmes écologiques tels que la sécheresse, la mouche tsé-tsé, et la peste bovine. La mise de côté de terres pour créer des parcs nationaux, des réserves forestières, et des réserves de chasse faisait partie d'un cadre plus large de restructuration coloniale des traditions africaines de l'exploitation de la terre. Au cours des années, tandis que l'éthique de la conservation prenait de l'ampleur dans le Nord, le souci de mettre des terres de côté pour protéger les espèces et les habitats en voie d'extinction gagna également l'Afrique.

De nombreuses études ont influencé l'établissement de priorités pour des projets de conservation de la biodiversité; cependant, dans presque toutes ces études, les connaissances et les systèmes de valeurs africains ont été régulièrement marginalisés par les valeurs "du Nord" (voir le glossaire pour la définition). Les priorités sont établies uniquement sur la base de données scientifiques qui n'ont souvent rien ou peu en commun avec les bases de connaissances autochtones. Par conséquent, l'accent a été mis sur les parcs nationaux et sur autres zones protégées. Il en résulte que les populations locales demeurent marginalisées à travers le continent par les programmes de conservation. Pour les Africains, la création de parcs nationaux signifie souvent que les populations rurales sont exclues des terres traditionnellement destinées au pâturage et à l'agriculture, dans le but de protéger la faune, la flore et les habitats naturels. Ainsi, les programmes de protection de l'environnement naturel en Afrique ont souvent sacrifié les intérêts des Africains en faveur des intérêts étrangers.

L'etablissement de stratégies nouvelles pour la conservation de la biodiversité en Afrique est urgent et nécessaire. Ces strategies doivent:

1) respecter et incorporer les valeurs, priorités, et systèmes de connaissances africains;

2) inciter la population locale à participer à la gestion et à l'exploitation des ressources biologiques;

3) pouvoir contrôler ou redresser la perte de biodiversité dans chaque pays de la région; et

4) considérer la conservation de la biodiversité et le développement économique comme faisant partie intégrale du même processus de développement durable.

Incorporer les valeurs, priorités, et les systèmes de connaissance africains

Dans le passé, nombreuses sont les stratégies et démarches poursuivies pour la conservation de la biodiversité et qui n'ont pas réussi à aborder de manière efficace les questions de valeurs, de priorités, et de pratiques africaines. Les valeurs internationales, par opposition aux valeurs nationales et locales, ont eu tendance à dominer les programmes de conservation de la biodiversité. La dépendance de l'Afrique envers les ressources biologiques pour des raisons économiques et culturelles n'a pas reçu l'attention qu'elle mérite. Dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, l'exploitation des ressources naturelles nuisait très peu à la biodiversité, en partie à cause de la faible densité démographique. De plus, ces sociétés entretenaient des systèmes de croyances et des normes sociales qui encourageaient ou même imposaient des limites à l'exploitation. De telles méthodes de production, ainsi que les valeurs qui sont à leur base et qui les renforcent, étaient autrefois adaptées aux conditions locales. Cependant, dans certains cas, elles deviennent à présent désuètes et entravent peut-être même la productivité. L'un des problèmes les plus urgents auxquels sont confrontées les nations africaines est la façon dont elles devront conserver les meilleurs éléments de leurs sociétés traditionnelles tout en faisant face à un processus rapide de modernisation et d'urbanisation.


Inciter la population locale à participer

L'activité humaine est souvent associée à la dégradation de l'environnement et à la perte de la biodiversité. Dans la plupart des cultures et des sociétés africaines, les populations rurales poursuivent traditionellement des pratiques écologiques complexes qui visent à conserver, et dans certains cas, à favoriser leur environnement. Des programmes de conservation importés de l'occident, ont été adoptés à l'époque coloniale, lorsque des sites spécialement choisis furent mis de côté, et presque toute exploitation humaine y fut interdite. Au lieu d'être intégrés au système social alors en place, ces parcs nationaux et réserves furent imposés de l'extérieur. Etant donné les antécédents historiques du système actuel de zones protégées en Afrique au sud du Sahara, il n'est guère étonnant de constater que les attitudes des populations locales vivant à proximité des parcs nationaux et des réserves suscitent souvent des soupçons et un manque de confiance envers les programmes de conservation. Cet héritage est l'une des raisons pour lesquelles de nouvelles mesures favorisant la conservation pratiquée par les populations intéressées ont été présentées au cours des dernières années, et devront également être encouragées dans l'avenir.


Conserver la biodiversité dans chaque pays africain

Un grand nombre de stratégies actuelles pour la conservation de la biodiversité se penchent sur les pays qui possèdent un grand nombre d'espèces endémiques. C'est en comprenant que, en définitive, la perte en biodiversité affecte l'ensemble du monde - population africaine ou autre - que l'on doit conclure qu'il est important de conserver la biodiversité dans tous les pays africains, et non seulement dans ceux qui possèdent le plus grand nombre d'espèces ou les espèces les plus uniques. A l'heure actuelle, la plupart des pays africains sont conscients de la valeur de la conservation de la biodiversité, et souhaitent adopter des programmes qui assureront la conservation à long terme des ressources naturelles comme moyen d'assurer un développement durable. Un élément important de la méthode énoncée dans ce rapport est que chaque nation doit s'efforcer de mieux gérer ses propres ressources biologiques pour le bien-être à long terme de ses citoyens aussi bien que pour celui du monde entier.


Lier la conservation de la biodiversité au développement durable

Actuellement, le développement économique en Afrique au sud du Sahara ne se fait pas de manierè durable car les ressources biologiques sont en grande partie mal gérées et ne peuvent être soutenues à leurs taux d'exploitation actuels. La transition vers une croissance économique durable nécessite un vaste changement dans la manière dont on considère la base des ressources naturelles en Afrique, ainsi que dans les processus de prise de décisions concernant l'investissement et l'exploitation.

Il existe une nouvelle prise de conscience parmi les donateurs internationaux et les gouvernements africains, selon laquelle le développement durable et la conservation de la biodiversité sont étroitement liés (IUCN 1991). L'exploitation humaine des ressources biologiques est fondamentale pour assurer le développement de l'Afrique. La conservation de la biodiversité doit donc s'appliquer aux besoins des Africains, et les populations intéressées doivent faire partie de la prise de décision.

La perte de biodiversité en Afrique ne résulte peut-être pas autant de la superficie sous protection que des méthodes d'aménagement foncier employées sur le reste du paysage. C'est en présentant une meilleure planification de l'aménagement de la terre et une harmonisation plus judicieuse des technologies de production et des contraintes écologiques locales qu'il sera peut-être possible de stabiliser et même de renverser la tendance envers une dégradation de l'environnement. Une planification stratégique des ressources naturelles et de l'aménagement du territoire aux niveaux tant national que provincial et local, est nécessaire afin de s'assurer que le patrimoine biologique unique de l'Afrique ne soit pas sacrifié inutilement du fait des actions commises par inadvertance par l'intermédiaire de programmes de développement économique inadéquats.

La pauvreté est l'une des principales forces qui minent la biodiversité en Afrique. Le développement peut constituer un pouvoir puissant en faveur de la conservation, à condition que la croissance économique améliore le bien-être de tous les membres de la société. Le changement des méthodes agricoles et dans la gestion de l'aménagement foncier entraîne un changement dans la disponibilité et dans l'exploitation des ressources naturelles. Ceci a des répercussions profondes tant sur la sécurité alimentaire et économique des populations marginales, que sur la biodiversité. Par conséquent, un element important d'un environnement qui faciliterait la conservation de la biodiversité serait consitue par un progrès significatif dans la réduction de la pauvreté en Afrique. Ainsi, l'action de lier les programmes de conservation aux initiatives de développement durable représente l'une des recommendations clef de ce rapport.


Un programme d'action

Ce rapport trace les grandes lignes d'un "Programme d'action" afin d'aider les décideurs en matière de conservation de la biodiversité en Afrique tout en favorisant le développement durable. Les détails varieront d'un pays à l'autre, et à l'intérieur dans chaque pays, selon les diverses conditions écologiques et humaines. Cependant, les principes directeurs et les recommandations soulignées ici visent à fournir un point de départ pour mettre en oeuvre un cadre stratégique pour la conservation de la biodiversité et le développement durable en Afrique au sud du Sahara.

Ce rapport identifie de nombreuses recommandations à suivre pour ralentir la perte de biodiversité en Afrique et pour promouvoir un développement plus durable. Ces recommandations, ainsi qu'un exemple de points d'action précis illustrant en détails comment ces mesures peuvent être appliquées, sont discutées dans le Chapitre 2.

Six recommandations méritent une attention particulière à cause de leur rôle fondamental dans la préparation d'autres mesures pour conserver la biodiversité en Afrique au sud du Sahara. Bien que les six actions décrites ne constituent pas nécessairement des conditions préalables aux autres recommandations du point de vue du calendrier ou de l'organisation des activités, elles favoriseraient considérablement leur mise en oeuvre. Dans ce sens, elles devraient être considérées comme prioritaires pour mettre en oeuvre le cadre de soutien à la biodiversite présente dans ce rapport.



1. Etablir, dans chaque pays africain, un système de planification stratégique pour l'exploitation des ressources naturelles et l'aménagement foncier qui incorpore les questions portant sur la biodiversité.

2. Décentraliser le pouvoir afin de gérer les ressources biologiques, permettant ainsi aux communautés locales d'exploiter les ressources de manière durable, avec l'appui du gouvernement local.

3. Créer un milieu politique favorable à des systèmes d'aménagement foncier capables de conserver la biodiversité.

4. Développer des systèmes de gestion commune dans les zones officiellement protégées, aussi bien que pour les systèmes de production sur aires non-protégées.

5. Lier autant que possible les systèmes de connaissances autochtones et modernes pour développer une compréhension plus profonde de l'ensemble des problèmes liés à la conservation de la biodiversité.

6. Incorporer au sein des projets relatifs à la biodiversité des composantes efficaces de recherche, de surveillance et d'évaluation qui puissent mesurer le progrès en termes de conservation et de bien- être de la communauté.


Questions critiques

Le Groupe Consultatif pour la biodiversité africaine a identifié sept questions principales qui devront être abordées afin de conserver la biodiversité en Afrique: Ces questions sont brièvement résumées ci-dessous et seront discutées en détail dans les chapitres 3 à 9 de ce rapport.


1. Valeurs ayant trait à la conservation de la biodiversité

L'être humain apprécie les ressources biologiques de manières différentes: spirituellement, économiquement, esthétiquement, culturellement, et scientifiquement. Les valeurs attachées à la biodiversité diffèrent aussi aux niveaux international, national, et local. La conservation de la biodiversité affecte directement les résidents locaux, pour qui les ressources biologiques représentent la source principale de vie, de médicaments, et de valeurs spirituelles. Les états-nations peuvent également exprimer la valeur qu'ils attachent aux ressources biologiques, souvent en rapport avec les avantages économiques provenant de l'exploitation des ressources biologiques, que celle-ci soit liée à la consommation (abattage de bois, chasse) ou non (tourisme). La conservation de la biodiversité est également devenue une question internationale, fondée sur un souci mondial de maintenir la richesse des espèces existant sur la terre, et exprimée en terme de patrimoine commun à tous les êtres humains. (Johnson, en préparation)

Ces divergences d'opinion quant aux valeurs attachées à la biodiversite peuvent être difficiles à réconcilier. Il est important de pouvoir clarifier les différentes valeurs qui sont à la base des prises de position des divers côtés d'une question donnée relative à la biodiversité, et de comprendre comment ces valeurs peuvent influencer le désir d'adopter différents modèles d'exploitation de ressources ou de parvenir à des compromis.

De nombreuses sociétés traditionnelles possédaient des systèmes de croyances ainsi que des normes sociales qui encourageaient ou même imposaient des limites à l'exploitation des ressources biologiques. Le changement économique, l'accroissement de la population, et d'autres facteurs ont cependant donné lieu à des bouleversements importants des modèles traditionnels.

Il est devenu necessaire d'étudier les manières dont les pratiques culturelles et les systèmes de valeur ont encouragé la conservation dans des endroits précis, et d'examiner comment de tels cas peuvent être encouragés, renforcés, et reproduits. Des systèmes de valeur compatibles avec le développement durable ne peuvent être prescrits. Ils doivent émerger par le biais de la participation locale, dans le respect des croyances et pratiques traditionnelles qui ont su conserver la biodiversité de manière efficace pendant des siècles. Les perspectives africaines sur la nécessité d'exploiter et de conserver les ressources actuelles doivent être incorporées au sein de toute nouvelle initiative de conservation de la biodiversité.

2. Connaissances autochtones

Le fait d'avoir manqué de reconnaître, de comprendre, et d'utiliser les connaissances, techniques, et pratiques autochtones de l'Afrique, a contribué à la dégradation de l'environnement et à la perte de biodiversité. Les connaissances et les compétences développées par les populations africaines au cours de milliers d'années d'adaptation et de manipulation de leur terre, de leur flore et de leur faune, constituent une ressource inestimable et largement inexploitée. Il s'avère nécessaire d'utiliser à la fois les bases de connaissances africaines et l'apport des sciences biologiques de l'occident afin de parvenir au but de maintien figurant dans les programmes de biodiversité et de développement.

De nombreux aspects de la biodiversité et de sa conservation se trouvent gravés dans les taxonomies, méthodes de production alimentaire, et religions autochtones. L'attention prêtée à la diversité des espèces se reflète dans la classification hautement détaillée des espèces animales et végétales. Le souci de maintenir et de développer la diversité des variétés cultivées et des troupeaux est bien documenté par de nombreuses populations. Enfin, les concepts affirmant un équilibre écologique ou une interdépendance entre la vie des hommes, des plantes, et des animaux peuvent être relevés dans de nombreuses religions autochtones. Les connaissances autochtones sont disponibles depuis longtemps, mais jusqu'à récemment, une grande partie de celles-ci ont été vastement ignorées dans les oeuvres de conservation.

3. Systèmes de conservation de la biodiversité

Tous les pays africains possèdent de précieux écosystèmes. Chaque pays devrait donc formuler et adopter une stratégie nationale pour la conservation de ses ressources naturelles. Les parcs nationaux et de nombreuses autres zones protégées jouent un rôle vital dans la conservation de la biodiversité. Cependant, comme la grande majorité de la biodiversité existe sur les terres ou dans les eaux situées en dehors des zones protégées, il faut que les programmes de conservation de la biodiversité s'étendent au-delà des parcs nationaux et des zones protégées. Une amélioration de l'aménagement de la terre à tous les niveaux, que ce soit au niveau national, provincial ou local, est vivement recommandée comme étant une action importante menant à la conservation de la biodiversité de manière plus rentable.

Les êtres humains ont besoin d'exploiter les ressources naturelles, donc de nouvelles méthodes pour conserver la biodiversité par une exploitation durable ou par d'autres moyens doivent être étudiées pour les régions situées en dehors des réserves naturelles. La conservation de la biodiversité en Afrique devrait inclure des mesures à plus long terme, plus complètes et pro actives, plutôt que de constituer des réponses fragmentées à la perte d'espèces et d'habitats. De plus, un changement de perspective devrait s'effectuer selon lequel il ne suffirait pas de sauvegarder principalement la faune et la flore les plus visibles. Il s'agirait plutôt d' admettre la nécessité de conserver toutes sortes d'organismes vivants de toutes tailles, ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils ont évolué.

Pour contrôler le taux de perte de biodiversité et augmenter la production, les techniques de conservation étrangères doivent s'adapter au contexte africain pour compléter les techniques traditionnelles. Ni les méthodes de production traditionnelles, ni les, méthodes de production modernes, ne peuvent à elles seules accomplir la tâche (voir le Glossaire pour la définition de "moderne"). De nouvelles combinaisons de méthodes traditionnelles et modernes peuvent être sensibles à la conservation de la biodiversité tout en fournissant des niveaux adéquats de production durable. Cependant, ce processus ne peut réussir qu'avec la participation locale. La population locale doit avoir une voix et doit faire partie du processus de développement et de mise en oeuvre de ces nouveaux systèmes. Et de plus, la population locale doit être la principale bénéficiaire.

4. Politique

Toute une gamme de politiques dans de nombreux secteurs différents ont diverses répercussions sur la biodiversité, allant de la création indirecte de projets d'exploitation non-durable de ressources naturelles, jusqu'à l'exigence directe d'acquérir une meilleure gestion des ressources biologiques. Actuellement, les pays ayant adopté une politique générale portant sur la biodiversité sont rares. Bien que de nombreux pays possèdent des lois rigoureuses sur la conservation à l'intérieur des zones protégées, ces lois ne sont souvent pas mises en vigueur.

Les systèmes légaux portant sur l'accès à la propriété foncière et la durée des droits sur la terre, ainsi que sur l'aménagement du territoire constituent des domaines importants où la politique nationale peut contribuer à la destruction des paysages. Le manque de planification adequate dans les domaines de la propriété foncière et de l'aménagement du territoire en général, et plus précisément, le manque de planification qui soit sensible à la biodiversité en particulier, représente l'une des lacunes les plus graves des milieux politiques dans la plupart des pays africains. Une meilleure planification de l'aménagement de la terre est nécessaire, qui devrait être capable d'associer convenablement différentes formes et divers niveaux d'intensité de production à des zones agro-écologiques précises.

Les pressions sur la terre, le besoin d'entretenir un commerce extèrieur et des niveaux élevés de pauvreté posent egalement des obstacles majeurs à l'amélioration de l'exploitation durable des ressources et à la conservation de la biodiversité. Il est fort possible que les décideurs ne voient d'autre alternative que d'accorder leur accord à des activités qui pourraient nuire à la biodiversité. Par conséquent, l'un des défis à relever sera de trouver les moyens de minimiser les effets négatifs quant à la biodiversité de ces entreprises, sans imposer un fardeau excessif aux gouvernements qui se trouvent, par ailleurs, incapables de fournir d'autres emplois ou source de revenus.

Les réussites, les échecs, et les leçons apprises grâce aux efforts récents visant à réformer la politique axée sur la conservation de la biodiversité représentent d'importants sujets de recherche. Cependant, la manière dont les nouvelles politiques seront appliquées, et non seulement formulées, constituera un facteur clef au succès des programmes de réforme politique.

5. Participation

Au cours des deux dernières décennies, les experts dans le domaine du développement se sont éloignés des démarches allant du "haut vers la base" pour se tourner plutôt vers une manière plus participative d'aborder les problèmes, de la "base vers le haut". En général, il est de plus en plus admis que la coopération, la participation, et la gestion locales sont cruciales pour atteindre des objectifs à court et a long terme. De même, les experts dans le domaine de la conservation commencent à apprécier la nécessité d'incorporer la participation locale au sein des efforts de conservation de la biodiversité. Les professionels de la défense de l'environnement se tournent à présent vers l'expérience du développement pour en tirer des leçons utiles sur les moyens d'encourager la participation des populations locales au processus de la conservation en Afrique.

Il semble que les futures chances de succès des zones protégées en Afrique dépendent de la coopération et du soutien des populations locales. L'un des problèmes principaux entravant la participation encouragée aux efforts de conservation réside dans le fait que les populations locales considèrent souvent la conservation comme étant contraire au développement (Gartlan 1992). Les tentatives d'inclusion des populations locales aux programmes de conservation de la biodiversité en Afrique échoueront à long terme à moins que ces communautes ne perçoivent ces efforts comme étant dans leur intérêt économique et culturel (Brown et Wyckoff-Baird 1992). Par consequent, les communautés devront également posséder un certain degré de contrôle sur les ressources à conserver pour pouvoir participer de manière efficace a ce processus.

La tâche de faire participer les populations locales à la conservation de la biodiversité est longue et complexe. De nombreux organismes donateurs et directeurs de programmes sont contraints d'ecouler les fonds rapidement et ne prennent pas le temps qu'il faudrait pour étudier les variables au sein des communautés, pour initier un dialogue avec les communautés, et pour encourager la participation des communautés dans chaque phase d'un projet. Le besoin de faire preuve de patience va également à l'encontre des sentiments d'urgence concernant la nécessité de changer ou de mettre fin aux tendances destructrices de la dégradation (Wells et Brandon 1992). Afin de faciliter la participation des communautés à tous les niveaux, les institutions actuelles gerant les affaires de ces communautés doivent être renforcées ou bien de nouvelles institutions doivent être créées si nécessaire.

La mise à l'épreuve de nouveaux modèles participatifs supérieurs vis-à-vis de la conservation de la biodiversité est particulièrement importante, compte tenu de la nécessité de conserver la biodiversité à travers l'ensemble du paysage africain. Avec la nouvelle vague actuelle en Afrique de réformes démocratiques aux niveaux local et national, il est possible, à présent plus que jamais, d'établir des institutions et de dresser des lignes d'actions qui encourageront la participation des populations à tous les niveaux afin de s'engager dans la voie d'une gestion de ressources naturelles et d'une conservation de la biodiversité qui soient durables.

6. Education, formation, et intercommunication

Il faut améliorer la prise de conscience et la compréhension des questions relatives à la conservation de la biodiversité au sein des populations, ainsi qu'au niveau des représentants gouvernementaux nationaux et des agences de prêts et de dons. La sensibilisation, la formation, et le développement des ressources humaines sont des étapes nécessaires à la mise en oeuvre des stratégies pour la conservation de la biodiversité.

Il ne suffit pas d'instruire les générations futures par l'intermédiaire du système d'enseignement scolaire. De nombreux Africains ne recevront pas cet enseignement, et pourtant ils ont affaire aux ressources biologiques quotidiennement. La dégradation générale de ces ressources constitue une tendance que beaucoup remarquent mais sont incapables de freiner sans aide. L'enseignement non-scolaire représente une forme d'aide requise. Une alphabétisation de base est un moyen d'habiliter, permettant aux population sans instruction scolaire de mieux comprendre les bureaucraties qui touchent à leurs vies. Il serait utile d'ajouter les questions écologiques, y compris la conservation de la biodiversité, aux sujets abordés par les campagnes d'alphabétisation. Des services d'extension convenablemant formés et orientés pourraient faire figurer la conservation de la biodiversité à leurs programmes.

Les gouvernements nationaux doivent se tourner vers les besoins de formation et vers le développement du personnel. Le personnel technique dans de nombreux ministères et départements devrait prendre conscience du fait que leurs travaux influent sur la conservation de la biodiversité et sur d'autres domaines liés à l'environnement. Les stratégies préconisées dans ce rapport dépendent d'une plus grande compréhension et d'une coopération à travers tous les secteurs. Les stages de formation, les séminaires et les visites pédagogiques sont des moyens conventionels importants pour effectuer des mises à jour. Une formation sur le terrain devrait également constituer une partie intégrante du développement du personnel.

Une réorientation et une re-formation substantielles sont nécessaires au sein des organismes de conservation conventionnels (ex. les départements de la faune et de la flore, les systèmes de parcs nationaux), et cela pour deux raisons. Tout d'abord, il faudrait prêter attention à tous les éléments du paysage, plutôt que de se concentrer sur la mégafaune et les zones protégées. Ensuite, la participation de la communauté à la gestion des zones protégées et aux activités liées à la conservation de la biodiversité en dehors des zones protégées doit faire partie intégrante des préoccupations de ces organismes.

7. Surveillance, évaluation, et recherche

Dans une grande partie de l'Afrique au sud du Sahara, les inventaires de ressources naturelles et autres données de base qui sont d'une importance fondamentale pour la surveillance des tendances ayant trait à la biodiversité, sont serieusement insuffisants . Par conséquent, les projets de conservation de la biodiversité et de développement sont souvent élaborés et réalisés sur la base de renseignements insuffisants. Il est courant que les projets manquent d'intégrer les éléments nécessaires à la surveillance des changements en matière de biodiversité et de rapports écologiques, ainsi que du bien-être économique et social des résidents locaux. Par conséquent, il est impossible d'évaluer avec exactitude le succès de la plupart des projets et de fournir des résultats convenables afin d'effectuer des corrections et des perfectionnements.

Le but de la surveillance est de reconnaître les changements (direction, taille, taux) lorsque ceux- ci ont lieu, d'évaluer les causes de ces changements et de tenter de prédire leurs conséquences. Les inventaires fournissent des renseignements sur les niveaux et les tendances actuels de la biodiversité. Ces renseignements de base constituent le fondement de la surveillance et l'évaluation des projets, ainsi qu'un cadre pour la gestion des décisions à prendre. Les inventaires de base des caractéristiques biologiques et écologiques, des conditions humaines, et d'autres facteurs permettent par la suite d'etablir des comparaisons. De tels renseignements peuvent être utilisés pour perfectionner et corriger les projets de conservation. En étant sélectionnés avec soin, ces indicateurs peuvent aider à identifier les tendances positives et négatives de la conservation.

En ce qui concerne la surveillance des projets, il faut formuler des questions définies avec précision, et qui soient en mesure de fournir des réponses sérieuses et à des moments opportuns. La surveillance d'un projet est une tâche illimitée; la surveillance doit se faire le plus économiquement et le plus simplement possible, pour qu'elle puisse continuer indéfiniment au-delà des premières années d'un projet. Les méthodes de surveillance à "haute techologie" utilisant des techniques de pointe jouent un certain rôle, en particulier lorsqu'il s'agit de très grandes surfaces géographiques. Cependant, la surveillance la plus importante et la plus fondamentale pour la conservation de la biodiversité et le développement durable s 'effectue simplement sur le terrain, à pied, en observant, en mesurant, en notant, en parlant, et en collaborant avec les résidents locaux.

La participation locale est une condition nécessaire à la recherche, à la surveillance et à l'évaluation, et elle doit être encouragée et favorisée dès le debut d'un projet. Un long passé et une longue tradition d'exploitation de ressources biologiques ont développé, parmi les populations locales, une tendance naturelle à surveiller les ressources biologiques. Comme la plupart des communautés rurales sont très proches de la nature, les populations locales détectent rapidement les changements anticipés dans les projets. Le cas écheant, la participation locale pourrait être encouragée par le biais d'une formation spécialisée. Il est fort probable que les résidents locaux soient capables de reconnaître: les changements en matière d'efforts requis pour effectuer la récolte d'un produit donne; les variations dans les délimitations d'un habitat; la disparition d'une espèce de plante, d'animal ou de champignon autrefois commune; et l'arrivée d'une espèce étrangère et envahissante.



Principes directeurs

A partir de la discussion des sept questions critiques figurant dans la 2ème Partie de ce rapport, il se dégage huit principes importants qui seront utiles pour établir des priorités et appliquer des initiatives de conservation de la biodiversité en Afrique.

 


1ère PARTIE

INTEGRER LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE EN AFRIQUE

CHAPITRE UN

BIODIVERSITE, GESTION DES RESSOURCES NATURELLES, ET DEVELOPPEMENT DURABLE EN AFRIQUE

Perspectives sur la biodiversité

Pour les Africains, la biodiversité est une question de survie. Leurs moyens d'existence dépendent d'un accès libre et aisé à une grande variété de ressources biologiques pour se procurer leur nourriture, combustibles, médicaments, matériaux de construction, et sécurité économique. Comme la protection de la biodiversité est nécessaire au maintien de la base des ressources biologiques, la biodiversité n'est pas une question abstraite ou théorique aux yeux des Africains; elle est essentielle au maintien du niveau de vie de la population. De plus, l'existence de biodiversité fournit à l'écosystème le ressort nécessaire pour affronter les pressions périodiques sur l'environnement telles que la sécheresse, les changements climatiques et les guerres. Ce type d'événement a lieu en Afrique avec une fréquence alarmante depuis quelques années. La biodiversité diminue rapidement à travers le monde. Cependant, il est fort probable que cette perte ne sera ressentie nulle part ailleurs de manière plus dramatique qu'en Afrique rurale, où la majorité des habitants dépendent des ressources biologiques pour leur subsistance de base et comptent sur elles pour leur prospérité dans l'avenir.

Par conséquent, il est primordial de reconnaître le rôle fondamental de la biodiversité dans le développement de l'ensemble de l'Afrique au sud du Sahara, lors de l'élaboration d'un cadre pour la conservation de la biodiversité. Les programmes internationaux de conservation, développés par les donateurs et les ONG, ont traditionnellement mis l'accent uniquement sur les pays possédant le plus grand nombre d'espèces ou bien celles qui sont le plus uniques. Cette démarche est caractéristique d'une démarche fondée sur des perspectives non-africaines de l'importance de la biodiversité. Un élément clef du cadre articulé dans ce rapport est que chaque pays africain devrait s'efforcer de mieux gérer ses ressources biologiques pour le bien-être à long terme de ses propres citoyens aussi bien que dans l'intérêt du monde entier.

Des espèces et des habitats critiques existent à travers le continent: des parcs aux pâturages, et des réserves forestières aux champs en jachère. En fait, une grande partie de la biodiversité africaine existe en dehors du système des zones protégées. Ainsi, la conservation ne devrait pas se limiter aux zones protégées conventionnelles telles que les parcs nationaux. Elle devrait commencer par les parcs et s'étendre aux vastes étendues de terre et d'eau qui sont encore écologiquement productrices, mais qui sont actuellement exploitées par l'homme. Des améliorations de la gestion des ressources biologiques doivent être effectuées dans l'ensemble des écosystèmes et des habitats à l'intérieur de chaque pays.

Tandis que dans certaines régions du monde, il se peut qu'il soit trop tard pour contenir la perte d'une grande partie de la biodiversité qui y existait autrefois, il existe encore la possibilité d'intervenir proactivement dans la plupart des régions en Afrique. Les environnements de l'Afrique font partie des plus riches du monde du point de vue biologique, et les Africains n'ont pas encore sacrifié leurs ressources naturelles au développement économique. Les sociétés traditionnelles africaines ont su maintenir des systèmes de production qui ont conservé de manière efficace - et même favorisé - la biodiversité. Ces connaissances doivent être judicieusement alliées aux meilleures techniques modernes afin de rendre le développement plus durable à travers le continent. Cette alliance exigera une plus grande reconnaissance du rôle historiquement positif des femmes africaines, en tant que gardiennes et exploitantes de la biodiversité, et elle réclamera aussi la participation de tous les groupes d'exploitants dans la planification et l'exécution de ces programmes.

Pour la plupart des communautés africaines, l'accès sûr à une diversité de ressources biologiques - animales, végétales, marines et terrestres - est une condition essentielle de la vie. Malheureusement, cet accès est actuellement menacé par différentes méthodes de production non- durables. La dégradation de l'environnement qui en résulte provoque une réduction dangereuse de la productivité. Cependant, avec leurs ressources économiques et leurs techniques limitées, les Africains ne pourront pas s'offrir d'autres ressources ou payer le prix du rétablissement de l'environnement à ses anciens niveaux de productivité. Ce rapport préconise un cadre fondé sur le concept selon lequel le développement durable et la conservation de la biodiversité en Afrique au sud du Sahara sont inséparables, et que tout effort visant à favoriser l'un devra également prévoir pour l'autre.

A long terme, les avantages tirés de la mise en oeuvre des mesures de conservation identifiées ici dépendent largement du développement d'un environnement convenable et capable. Les politiques des gouvernements, les attitudes du public, et les moyens des institutions représentent collectivement un facteur intangible mais critique de l'environnement, pour le meilleur ou pour le pire. Les initiatives complexes et qui sont nécessaires à long terme peuvent facilement être minées par des pressions nombreuses et imprévisibles et par des désaccords concernant l'établissement de priorités.

C'est pour cette raison qu'il est nécessaire d'établir un lien important entre de développement durable et la conservation de la biodiversité et qui soit inclus dans les progrès à réaliser dans les domaines politique, social, et économique. C'est en combinant une direction habile et responsable par rapport au public, un "contrat social" démocratique des droits communs et des responsabilités, une participation véritable à tous les niveaux de la société, et des réductions importantes des sérieux niveaux de pauvreté actuels, que le développement durable et la conservation de la biodiversité peuvent avoir lieu.

Ce rapport propose une série d'étapes pratiques (mais en aucun cas simples) que les gouvernements africains et les ONG pourraient suivre pour lier le développement durable à la conservation de la biodiversité, et ainsi augmenter leurs chances de réussite à long terme.

Structure du Rapport

Le rapport est divisé en deux parties. La 1ère Partie, intitulée "Intégrer la conservation de la biodiversité et le développement durable en Afrique", présente une vue générale des problèmes que doivent confronter les Africains en ce qui concerne la conservation de leur patrimoine biologique. Il y est également propose un cadre de recommandations et d'actions relatives à ces problèmes.

Tableau 1. Une approche nouvelle


Une nouvelle approche envers la conservation de la biodiversité en Afrique au sud de Sahara s'avère nécessaire. Elle devra:

La 2ème Partie, intitulée "Questions critiques sur la conservation de la biodiversité en Afrique", élabore le cadre décrit dans la 1ère Partie (Chapitres i et 2) en offrant une discussion plus détaillée de ses composantes, de ses recommandations, et de ses formules d'action précises. La 2ème Partie comprend les Chapitres 3 à 9; chaque chapitre discute d'un aspect critique de la conservation de la biodiversité en Afrique au sud de Sahara.

La dépendance de l'Afrique envers ses ressources naturelles

Bien plus que dans la plupart des autres régions du monde, l'Afrique dépend de ses ressources biologiques. L'agriculture de subsistance et l'agriculture commerciale, l'élevage, l'exploitation du bois, et la pêche représentent la plus grande source d'emploi, de rendement économique, et des revenus de l'exportation dans la majeure partie de l'Afrique au sud du Sahara. Cette dépendance surpasse ce que dévoilent les statistiques économiques. Par exemple, la production de subsistance, qui dans beaucoup de pays africains représente une proportion importante du rendement total, dépend entièrement de la productivité continue des ressources biologiques pour la survie quotidienne des familles rurales. L'abondance et la diversité des espèces trouvées dans le système naturel sont souvent critiques à la survie des populations plus pauvres et plus marginales de l'Afrique rurale. Les denrées alimentaires qui ne sont pas de base représentent une composante vitale de leur nourriture de subsistance. A travers la région, les ressources biologiques sont d'importance fondamentale au bien-être humain, et les tendances actuelles indiquent que cette importance sera maintenue sans doute dans l'avenir (Voir Tableau 2).

Parmi les régions du monde en voie de développement, seule l'Asie du Sud partage la dépendance de l'Afrique envers les ressources biologiques de l'agriculture par rapport à l'industrie. Et même en Asie du Sud, où l'agriculture emploie deux tiers de la force ouvrière, le secteur de la fabrication manufacturière est beaucoup plus important qu'en Afrique, représentant plus de 16 pour-cent du Produit Intérieur Brut (PIB) en Asie du Sud, comparé à seulement 8 pour-cent en Afrique (voir Tableau 1).

Table 1. Rendement de l'agriculture et de la manufacture en tant que pourcentage du PIB

Région Agriculture Manufacture
Afrique au sud du Sahara 31,3% 8,0%
Moyen Orient/Afrique du Nord 11,6 15,0
Asie de l'Est/Pacifique 26,4 32,7
Asie du Sud 36,1 16,4
Amérique Latine/Antilles 10,1 20,7
Source: Banque Mondiale 1992 b

Tableau 2. L'exploitation humaine de la biodiversité de la forêt en Afrique Centrale

Dans la forêt de Korup, au Cameroun, les habitants exploitent quotidiennement la diversité des espèces présentes. Les arbres produisent de nombreuses graines riches en huiles et en protéines comestibles, et les plantes de la forêt fournissent de nombreux aliments, des épices, et des assaisonnements, y compris au moins 15 espèces de champignons. Le miel est abondant et recherché, mais difficile à obtenir car les ruches sont situées très haut dans la voûte des arbres de la forêt. Du vin de palme est également produit à partir du palmier de raphia (Raphia vinifera et R. hookeriana), ainsi qu'à partir d'un palmier à huile (Elaeis quineesis). L'agriculture de subsistance dépend de la présence de plantes sauvages et ligneuses, et des forêts secondaires pour rétablir la fertilité du sol durant les longues périodes de jachère. Pratiquement toutes sortes d'animaux sauvages sont consommés: ongulés, primates, rongeurs, éléphants, damans, chats, oiseaux, reptiles, batraciens, insectes, et mollusques.

Les villageois connaissent des centaines d'applications médicinales dont le production se fonde sur la flore de la forêt et sur les plantes secondaires des terres en jachère. Des gouttes oculaires extraites de plantes locales (par exemple, Scieria boivinji, Anchomanes diffonnis, Cleome rutidiosperma) sont utilisées contre la cécité de la rivière. On attribue des propriétés antivirales à plusieurs espèces d'Angylocalyx, un genre actuellement étudié comme traitement possible du SIDA, et les graines de Strophanthus sont exportées comme source d'alcaloïdes pour l'industrie pharmaceutique.

Le logement et les produits artisanaux dépendent des matériaux végétaux locaux. Les palmiers de raphia, par exemple, foumissent de longues tiges de rotin qui sont coupées en deux et tressées pour faire des paniers, des plateaux, des tambours, des masques de cérémonie, des cordes à grimper (pour rassembler les noix de coco, le miel, et les fruits du palmier à huile), et des sacs à dos pour porter les bébés. Les tiges de rotin entières servent à fabriquer des meubles de rotin et des lits. Les maisons sont construites avec des perches, et les toits couverts de feuilles de palmiers sont attachés avec des lianes. Les clôtures de bambou empêchent les chèvres de manger les cultures, et les ponts suspendus au-dessus des rivières locales sont tissés avec des palmes de rotin et des lianes épineuses.

Les sculpteurs de bois choisissent des arbres précis pour des utilisations différentes. Les arcs, par exemple, sont faits avec le bois hautement résistant d'une certaine espèce d'arbre, tandis que les manches d'outils solides proviennent d'une autre espèce. Les filets de pêche sont tissés avec l'écorce fibreuse de Triumfetta, un arbuste de forêt. Les tiges qui ressemblent à des roseaux de Megaphiynium macrostachyum sont tissées pour faire des nattes. Les feuilles de Rothmannia produisent une teinture noire utilisée sur les nattes et les sacs tissés, et le bois de Pterocarpus soyau.xii produit une teinture rouge utilisée dans la fabrication locale de cosmétiques et de bijoux. Les feuilles d'au moins quatre espèces végétales sont souvent utilisées pour envelopper la nourriture durant la cuisson ou pendant le transport.

-Thomas et ai. 1989




L'exportation des produits agricoles représente une grande proportion des revenus du commerce extérieur dans de nombreux pays d'Afrique au sud du Sahara. Dans certains cas, un ou deux produits agricoles constituent à eux seuls plus de la moitié de tous les revenus de l'exportation (voir Table 2). Même dans les pays à exportations plus diversifiées, la majeure partie des revenus du commerce extérieur provient souvent d'une liste restreinte de produits biologiques. Des exemples en sont le coton, le bétail, la gomme arabique, et les arachides au Tchad; le café, le coton, le thé, et le sisal en Tanzanie; les crevettes, les noix de cajou, le coton, le sucre, le copra, et les citrus au Mozambique; et le cacao, le café, le bois, les bananes, et le coton en Côte d'Ivoire (Fraser 1991).

Table 2. biologiques Pourcentage de devises étrangères provenant de la vente de produits

Gambie arachides 80%
Ghana cacao 60
Guinée équatoriale cacao; bois 63
lIe Maurice sucre 32
Kcnya café;thé 46
Malawi tabac 64
Mauritanie poisson 64
Ouganda café 95
Somalie bétail 44
Soudan coton 42

Source: Fraser 1991



Au Kenya, qui est relativement diversifié, le tourisme, un revenu important en devises étrangères, dépend largement de la présence des systèmes biologiques tels que la savane et les récifs de corail. Si l'on ajoute les devises étrangères provenant du tourisme aux revenus des productions de café et de thé, la dépendance totale du Kenya envers ses systèmes biologiques pour le commerce extérieur s'é lè ve à plus de 90%.

Une autre indication de la forte dépendance de la région envers sa base de ressources biologiques est le fait que l'énergie de la biomasse représente une bien plus grande proportion de la consommation d'énergie totale en Afrique que dans d'autres régions en voie de développement. Le bois combustible est de loin la plus grande source d'énergie dans les régions rurales, tandis que dans de nombreux cas, les consommateurs urbains dépendent du charbon de bois produit par le défrichement des forêts. Ces sources d'énergie produites biologiquement subviennent non seulement aux besoins des familles africaines, mais fournissent également l'énergie requise par les écoles, les hôpitaux, les restaurants, les boulangeries, les fours en brique, et de nombreuses autres activités industrielles de petite envergure. Dans certains pays, la biomasse - sous la forme de résidus des cannes à sucre et des scieries - représente également une importante source d'énergie pour les grandes opérations agro-industrielles.

L'absence de manufacture diversifiée ou de base industrielle dans la plupart des pays africains suggère que cette dépendance envers les ressources biologiques leur confère une certaine vulnérabilité. Dans le cas d'une productivité en déclin due à une dégradation écologique, rares sont les autres sources de revenus qui seront facilement disponibles, et les ressources financières et techniques requises pour réaliser un rétablissement de l'environnement seront sérieusement limitées. Une performance économique stagnante, et le niveau régional de dette extérieure le plus élevé du monde (voir Tableau 3), suggèrent que l'Afrique au sud du Sahara aura du mal à compenser les montants insuffisants de ses revenus nationaux en important des ressources ou des technologies d'autres régions.

La baisse de production alimentaire par personne dans l'ensemble de l'Afrique au sud du Sahara. donne à penser que la base de ressources biologiques est déjà soumise à des pressions, et qu'elle n' a pas pu subvenir aux besoins d'une population grandissante. Entre 1979 et 1989, la production alimentaire par personne en Afrique au sud du Sahara a diminué de 5 pour cent. Durant la même période en Asie de l'Est et du Sud, elle a augmenté de 23 et de 12 pour cent respectivement, et en Amérique Latine et aux Antilles, elle a augmenté de 5 pour cent (Banque Mondiale 1991).

Table 3. Croissance économique et dette extérieure

Région
Croissance annuelle en PIB
(par personne, 1965-1989)
Dette extérieure
(comme % du PIB, 1989)
Afrique au sud du Sahara
0,3%
96,9%
Asie de l'Est
5,2
23,7
Asie du Sud
1,8
29,6
Amérique Latine/Antilles
1,9
45,8

Source: Banque Mondiale 1991

Pourtant, comparée à d'autres régions en voie de développement, la superficie de la terre en Afrique n'est pas, dans l'ensemble, soumise à l'heure actuelle à de graves pressions du point de vue population. En fait, il n'y a qu'en Amérique Latine et aux Antilles où la densité moyenne de la population par rapport à la quantité de terre agricole disponible est inférieure qu'en Afrique au sud du Sahara (voir Table 4). Au Moyen Orient et en Afrique du Nord, la même superficie de terre agricole doit subvenir aux besoins de quatre fois plus de personnes, tandis qu'en Asie de l'Est et du Pacifique, ce chiffre est six fois plus élevé qu'en Afrique.

A l'évidence, il est important de reconnaître que des variations régionales importantes dans la densité des concentrations humaines existent en Afrique, de même que la qualité du sol se rapportant aux terres agricoles varie de manière considérable. Par exemple, la région des Grands Lacs de la Rift Valley de l'Afrique orientale et certains hauts plateaux ont des densités de population beaucoup plus élevées que la plupart des autres parties du continent. La population par kilomètre carré de terre agricole en 1980 s'élevait presque à 360 au Rwanda, et à 276 au Kenya (Banque Mondiale 1983). (Néanmoins, même ces deux chiffres sont considérablement inférieurs à ceux de beaucoup de pays dans d'autres parties du monde). Il existe également des différences importantes dans les types de concentration humaine et dans l'intensité de l'exploitation des ressources. En Tanzanie par exemple, qui a des frontières communes avec le Kenya et le Rwanda, la population par kilomètre carré de terre agricole était de 46 personnes, ce qui représente moins de la moitié de la moyenne enregistrée pour l'ensemble de l'Afrique au sud du Sahara.

Table 4. Population par kilomètre carré de terre agricole

Région Habitants/km2 (estimations de 1983)
Afrique au sud du Sahara 111
Moyen Orient/Afrique du Nord 451
Afrique Orientale/Pacifique 675
Asie du Sud 415
Amérique Latine/Antilles 80

Source: Banque Mondiale 1983.

Les faits cités ci-dessus sur la productivité, l'exploitation de l'énergie, et les revenus en Afrique mènent à conclure que les perspectives de développement dans l'avenir dépendent fortement du maintien des ressources biologiques qui constituent la base de la plupart des économies du sud du Sahara. En Afrique au sud du Sahara, les ressources biologiques représentent des ressources naturelles indispensables: l'alimentation, le combustible qui sert à préparer la nourriture, et les produits d'exportation qui rapportent les devises étrangères. Ceux-ci dépendent tous à un degré peut-être unique au monde de la santé et de la productivité continues des écosystèmes locaux.

Cependant, ces écosystèmes sont soumis à des pressions de plus en plus intenses, et il est évident que des moyens doivent être trouvés pour augmenter la productivité sans nuire à la base de ressources sous-jacente dont l'Afrique dépend si lourdement. En Afrique au sud du Sahara, le défi que doit relever le développement durable dépend de la résolution du problème de l'accroissement du rendement et des apports des ressources biologiques, tout en apprenant à mieux gérer la base des ressources biologiques.

Ressources biologiques et biodiversité: maintenir des systèmes écologiques sains et productifs

L'Afrique dépend, et continuera à dépendre, de ses ressources biologiques pour assurer l'alimentation et le logement de ses habitants, ainsi que son revenu. Ainsi, l'Afrique se doit de maintenir ses écosystèmes sains et productifs pour faire face aux défis que présentent les décennies à venir. Comment les préoccupations relatives à la biodiversité se rapportent-elles au but de maintenir des systèmes biologiques sains et productifs? Quels attributs précis de la biodiversité se rattachent au maintien de systèmes biologiques sains et productifs?

Les écosystèmes qui fournissent les produits biologiques si importants pour les Africains sont également des systèmes divers en termes de variabilité génétique, de la richesse des espèces, et, au niveau macro, des caractéristiques de l'écosystème. La diversité qui existe entre et parmi ces écosystèmes est un facteur important en ce qui concerne leur stabilité et leur productivité; en général, les systèmes plus complexes et plus diversifiés font preuve d'une plus grande résistance et sont moins vulnérables aux pressions écologiques que les systèmes moins complexes. Pour citer le biologiste E. O. Wilson, "Un écosystème qui maintient sa productivité grâce à des espèces multiples est un écosystème qui a moins de chances d'échouer" (Wilson 1992).

Autrement dit, il est possible que les fonctions écologiques importantes continueront à dépendre de la présence continue de la biodiversité. Les tendances qui influent sur le captage d'eau, sur l'érosion du sol, sur les cycles d'éléments nutritifs et d'énergie, et même sur le climat peuvent dépendre à un degré significatif de la présence de la biodiversité. Dans la plus grande partie du Sahel, et dans les régions montagneuses de l'Ethiopie et du Lesotho, la dégradation écologique et la perte de biodiversité ont eu des conséquences négatives pour la production agricole et l'accès au bois combustible (Stuart, Adams et Jenkins 1990). La biodiversité est également ce qui rend les écosystèmes africains si précieux pour les êtres humains. La flore et la faune tropicales hautement diversifiées, par exemple, offrent beaucoup plus de produits naturels à utilisation humaine que celles que l'on trouve dans les zones tempérées. La biodiversité est l'un des atouts naturels les plus importants de l'Afrique au sud du Sahara.

On a défini la biodiversité comme étant "la variété et la variabilité des organismes vivants et des complexes écologiques dans lesquels ils existent" (OTA 1987). (Voir le Résumé Exécutif et le Glossaire pour des définitions plus détaillées.) Comme l'Afrique s'étend sur une large gamme de zones topographiques et climatiques qui couvrent des latitudes tropicales et subtropicales, ainsi que des régions tempérées à climat méditerranéen, il existe de vastes niveaux de biodiversité à travers le continent. Des pays comme le Zaïre et le Gabon, qui possèdent de grandes étendues de forêts tropicales humides, présentent des nombres exceptionnellement élevés d'espèces de plantes et d'animaux ("richesse d'espèces"), et l'île de Madagascar abrite de nombreuses espèces uniques au monde (endémiques), telles que le lémur. Les régions montagneuses du Cameroun, de la Tanzanie, de l'Ethiopie, et du Rwanda contiennent également d'importantes concentrations d'endémies (Stuart, Adams et Jenkins 1990).

Même les régions possédant moins d'espèces que dans les zones à forêts tropicales humides hébergent un large éventail d'habitats et d'écosystèmes uniques. Les forêts tropicales arides sont plus répandues en Afrique au sud du Sahara que les forêts humides, et elles sont peut-être plus écologiquement complexes que les forêts humides, bien qu'elles soutiennent moins d'espèces (Janzen 1988). Autrement dit, une biodiversité importante au niveau génétique et sur le plan de l'écosystème peut exister même si la richesse en espèces n'est pas particulièrement élevée. De nombreux animaux et les cultures alimentaires exploitées par les êtres humains ont pour origine ces habitats, et personne n'est certain des conséquences à long terme de la perte des habitats à l'intérieur desquels ces ressources biologiques ont évolué.

L'activité humaine est souvent associée à la dégradation de l'environnement, et à la perte de biodiversité. Cependant, de nombreuses pratiques africaines traditionnelles ont aidé à conserver - et même à augmenter - la biodiversité. Par exemple, l'agriculture forestière se pratique en Afrique depuis plus de 1000 ans, et la distinction entre les forêts "naturelles" et celles qui ont été modifiées par l'activité de l'homme est souvent difficile à discerner. Dans les forêts humides de l'Afrique centrale, les cultures traditionnelles itinérantes ont peut-être augmenté la diversité biologique et fourni davantage de nourriture aux animaux de la forêt (Wilkie 1988). De même, les méthodes de cultures traditionnelles des régions boisées miombo en Afrique australe entraînent parfois une diversité d'espèces plus élevée que dans les anciennes régions de culture miombo (Chidumayo, en prép.; voir Tableau 3). Autrement dit, la définition de la biodiversité citée ci-dessus devrait être interprétée comme comprenant souvent des écosystèmes gérés par les êtres humains - un point souvent négligé.

La diversité génétique et l'adaptation écologique

Dans le passé, les Africains (et, plus récemment, leurs gouvernements) ont reconnu combien la diversité génétique des cultures et des populations animales est liée à la capacité des systèmes de production agricole de survivre les caprices de la maladie et du climat. Les avantages d'une réserve de graines diversifiée sont depuis longtemps reconnus par les cultivateurs africains, qui réduisent 1e risque de cultures insuffisantes en plantant de nombreuses sortes de graines à caractéristiques différentes (Cherfas 1992; Juma 1989) (voir Tableau 4).

Par exemple, les Leses du nord-est du Zaïre plantent jusqu'à 15 variétés différentes de plantains. Certaines d'entre elles poussent bien lors des grandes pluies, tandis que d'autres résistent à la sécheresse, et d'autres encore résistent aux insectes ou animaux nuisibles. De cette manière, les Leses sont capables de protéger leurs cultures contre les événement imprévisibles, et ils répartissent les rendements de la production sur une période de temps. D'autres variétés sont également plantées selon des critères tels que les conditions locales du sol, la pente et l'écoulement des eaux, et l'ombrage des arbres (Wilkie, communication personnelle 1992).

Un seul champ planté par les Ngbakas de la République centrafricaine peut contenir 19 variétés de plantains, 5 variétés cultivées d' igname, et 3 variétés de taro. De même, les Mvaes du sud du Cameroun cultivent 30 variétés de manioc, et tandis que les Yassas voisins ne font pousser que trois variétés cultivées de manioc, ils diversifient leur production de nourriture par de nombreuses cultures supplémentaires, y compris les arbres fruitiers, les bananes, les plantains, et les taros.

Tableau 3. Systèmes de cultures des régions boisées Miombo en Afrique Australe

Dans les Régions boisées miombo de l'Afrique australe, des systèmes de culture traditionnels utilisent des techniques différentes pour assurer la fertilité du sol. Les Bembas du nord du Zaïre emploient une forme de culture itinérante appelée chitemene, où un jardin de cendres, produit en faisant brûler des branches d'arbres provenant d'une grande étendue boisée, est exploité pour fertiliser des cultures telles que le millet et le manioc. La région périphérique est laissée en jachère et fait preuve d'une plus grande diversité d'espèces que dans les anciennes régions de culture miombo. Par une suite de cycles de défrichement, d'embrasement, de culture, de déplacement, et de jachère, le chitemene peut durer indéfiniment, tant que les densités de population humaine demeurent inférieures à environ 4 personnes par kilomètre carré.

Dans le nord-est de la Zambie, les Mambwes pratiquent le fundikila, un système de culture plus intense que le chitemene, et qui convient à des densités de population atteignant 30 personnes par kilomètre carré. Le fundikila utilise des entassements de compost et une rotation de cultures de légumes et de céréales pour maintenir la fertilité et la productivité du sol dans les régions boisées miombo qui ont été déboisées, et ceci durant des périodes de temps plus longues qu'il ne serait possible par la pratique du chitemene.

De plus, dans les régions agricoles communales du Zimbabwe, le fumier provenant du bétail ruminant est utilisé pour fertiliser les champs de maïs situés dans les régions boisées miombo qui ont été déboisées et dans la savane. Les agriculteurs plantent des cultures de pâturage indigènes dans les champs en jachère ainsi que dans les pâturages, augmentant ainsi la disponibilité des éléments nutritifs à l'intérieur même du système.

-Chidumayo, en prép.

Les habitants des collines de Nuba, au Soudan, ont traditionnellement cultivé des douzaines de variétés de sorgho, chacune d'elles étant reconnue et appréciée pour certains traits particuliers. Le remplacement de ces graines traditionnelles "inférieures" par des variétés modernes, avec l'appui des services d'extension gouvernementaux, à eu de sérieuses conséquences. Les variétés cultivées modernes sont beaucoup moins résistantes à la sécheresse et aux animaux et insectes nuisibles, et dépendent d'engrais et de pesticides qui ne sont pas souvent disponibles (Bedigian 1991).

La variété ou la diversité génétique présente au sein des populations animales ou des cultures augmente la résistance contre les maladies et les autres menaces à l'environnement, ce qui représente un attribut considérablement important du point de vue mondial. Dans les pays du Nord, les producteurs de graines hybrides à haut rendement qui sont utilisées dans l'agriculture commerciale dépendent de façon importante du plasma de germes provenant des parents sauvages des graines telles que le maïs, le blé, le riz, l'orge et le sorgho.

Une grande partie de ce plasma de germes provient des pays en voie de développement, y compris beaucoup de pays africains, afin de tenter de manière continue d'identifier et de transférer des caractéristiques génétiques spéciales, telles que la résistance à la sécheresse, à la maladie, ou aux animaux et aux insectes nuisibles. L'orge d'Ethiopie, par exemple, a protégé l'industrie de l'orge en Califorie contre un vims hautement destructeur, représentant une valeur annuelle de 160 millions de dollars US (Miller et Tangley 1991).

Tableau 4. Le Manque d'attention prêtée au rôle des femmes dans la conservation de la biodiversité en Afrique

Patricia McFadden (en préparation) remarque avec exactitude qu'il existe une absence quasiment complète de documentation et de discussion du rôle central que jouent les femmes en tant que conservatrices de la biodiversité, à travers la sélection et le maintien des variétés de cultures, et la perpétuation des formes indigènes de guérison à l'aide de plantes médicinales.

Comment cela est-il possible:

Les connaissances et les pratiques des femmes sont cruciales pour la préservation de la diversité génétique des cultures, pour l'exploitation durable des ressources naturelles, et pour la production alimentaire future en Afrique. Ces informations inestimables ont été transmises d'une génération à l'autre comme faisant partie du patrimoine culturel acquis par les enfants et renforcé durant la vie adulte (Alcom 1989). Cependant, étant donné les pratiques agricoles actuelles et les lois réglementant la propriété foncière, les connaissances des femmes deviennent aussi menacées que la biodiversité biologique qu'elles préservent.

Diversité des espèces et valeurs locales

La diversité biologique au niveau des espèces a des avantages économiques et culturels importants. Comme il a été décrit ci-dessus, la diversité dans la gamme des espèces cultivées permet aux agriculteurs de se protéger contre les risques associés aux pressions exercées par l'environnement, tels que les changements de précipitation habituelle (un phénomène qui devient de plus en plus fréquent et troublant dans de nombreuses régions en Afrique). En plus de la diversité des espèces cultivées, les Africains ruraux dépendent d'une grande variété d'espèces trouvées dans l'environnement naturel afin de maintenir un niveau de vie acceptable (voir Tableau 2). Par exemple, la plupart des Africains ruraux dépendent des arbres qui poussent naturellement pour obtenir les matériaux de construction de leurs logements. Diverses espèces d'arbres et de plantes sont utilisées à des fins différentes selon leur dureté, leur solidité, leur résistance aux termites, ou selon d'autres attributs recherchés pour construire des murs, des supports structuraux, des lames de toit, ou du matériel pour construire un toit.

Dans un village du Ghana, par exemple, plus de 36 espèces végétales ont été utilisées dans la construction de logements (Falconer, 1992). Divers attributs tels que la dureté ou la résistance sont également importants dans la sélection de bois destiné à fabriquer des outils, (houes, pilons, mortiers et paniers), des meubles, des objets d'artisanat (masques et statues), et du bois combustible.

La population africaine dépend d'une diversité importante en plantes et animaux sauvages pour suppléer leurs produits cultivés afin de subvenir à leurs besoins alimentaires de base. Dans de nombreuses régions en Afrique, les seules sources de protéines animales régulières proviennent du poisson, du petit gibier, et des insectes tels que les chenilles et les termites. Les fruits sauvages cueillis et mangés surtout par les enfants fournissent des vitamines et des minéraux importants durant les années critiques de croissance. Les herbes sauvages mangées comme "condiments" pour accompagner les cultures principales de manioc, de maïs ou de riz représentent souvent la seule source quotidienne de protéine végétale et de vitamine. Durant les périodes de la "faim" ou de sécheresse, lorsque les réserves d'approvisionnement se sont écoulées, les aliments sauvages sont souvent la principale source de calories et d'éléments nutritifs.

La population Africaine subvient à la plupart de ses besoins en soins médicaux grâce aux espèces végétales naturellement présentes. Des traitements communs sont connus et utilisés par la majorité des habitants avant de rechercher l'aide de guérisseurs spécialises ou de la médecine moderne. La responsabilité d'assurer la santé des familles revient aux femmes. Ces dernières héritent souvent de leurs mères une connaissance complexe des utilisations médicinales des feuilles, des racines, des écorces, etc. (Falconer 1992; Dianzinga et ai. 1992) (voir Tableau 4).

Comme ces éléments de construction et ces produits alimentaires et médicinaux sont destinés à la consommation locale, ils n'interviennent jamais au niveau de l'économie du marché ni des systèmes de comptabilité monétaire établis par les spécialistes nationaux ou internationaux de l'analyse économique. Cependant, la valeur de remplacement de ces espèces serait très élevée si elle était calculée en fonction de l'aide alimentaire future provenant des dons internationaux, ou si elle était exprimée en fonction des augmentations du revenu monétaire des habitants ruraux, et qui soient suffisamment élevés pour couvrir l'achat de produits alimentaires ou pharmaceutiques ayant la même valeur nutritive ou médicinale (Warshall 1989).

De plus, la disponibilité de divers produits de base au sein de l'économie nationale offre une certaine protection contre les conséquences des fluctuations des marchés mondiaux ou locaux. En Afrique centrale, par exemple, le marché du bois de feuillu rouge de l'ancienne Europe de l'est à marqué un net déclin à la suite des réalignements politiques de la fin des années 1980. Les exportateurs de bois doivent à présent chercher d'autres marchés pour ces espèces ou bien développer de nouveaux marchés pour des espèces auparavant inexploitées (BSP 1993). Rétrospectivement, les exportateurs d'Afrique centrale ont la chance de disposer d'un inventaire de forêt hautement diversifié avec lequel ils peuvent travailler: plus de 500 espèces d'arbres poussent jusqu'à atteindre des hauteurs de bois commerciales, bien que moins de 10 espèces soient régulièrement exploitées à l'heure actuelle (IIED 1988). Au Swaziland, en comparaison, des groupes d'arbres plantés dominent à présent l'industrie du bois, qui représente près d'un cinquième des exportations totales (Fraser 1991).

Diversité des écosystèmes et avantages économiques nationaux

Il existe des niveaux élevés de diversité des écosystèmes à travers l'Afrique au sud du Sahara. Cette diversité des écosystèmes est une caractéristique importante des bienfaits naturels des ressources biologiques du continent. L'Afrique au sud du Sahara comprend des zones de végétation dont les contrastes sont frappants, notamment les forêts tropicales, la brousse, et les déserts, ainsi que les forêts de montagne, les forêts de mangliers, les lacs intérieurs, les récifs de corail, et les marécages. Ces différents biomes soutiennent des communautés de plantes et d'animaux qui varient largement et qui sont exploitées de manières bien différentes par les êtres humains. Une exploitation judicieuse d'une telle diversité d'écosystèmes peut avoir de profondes implications économiques pour les populations africaines et leurs gouvernements.

Le Kenya est l'un des pays où les avantages économiques de la diversité des écosystèmes sont aisément visibles. Les activités économiques sont localisées dans certaines zones selon l'altitude, la précipitation, et d'autres caractéristiques du climat et du sol. La production de thé et de café prédomine dans les régions montagneuses, zones qui soutiennent également de nombreuses communautés qui pratiquent une agriculture de subsistance. Les plages de l'Océan Indien et les récifs de corail attirent de nombreux visiteurs possédant des devises étrangères, tandis que l'élevage commercial des ranchs de bétail et de gibier, et la production de maïs se trouvent dans les régions plus basses de l'intérieur. Les parcs nationaux, autre source majeure de revenus du tourisme, se situent surtout dans les régions de savanes sèches et herbeuses. La pêche est importante sur la côte et le long du Lac Victoria, et une industrie laitière importante se trouve dans les régions plus élevées.

Les baisses économiques enregistrées dans un secteur, ou les désastres naturels sévissant dans une région, ont moins de chances d'avoir des conséquences catastrophiques quand la base de production est plus diversifiée. Par exemple, la Kenya a dû affronter des problèmes économiques au cours de ces dernières années à cause de la réduction des prix du café, une exportation majeure (voir Table 2 ci-dessus). Pourtant, les implications ont été moins sévères que dans les pays voisins, l'Ouganda ou le Burundi. Ces deux pays possèdent des économies moins diversifiées et leurs revenus extérieurs dépendent presque entièrement du café 95 et 80 pour cent respectivement (Fraser 1991). Le Kenya a su, plus que la plupart des autres pays africains, profiter pleinement de la diversité de ses écosystèmes afin de se forger une économie relativement diversifiée et résistante.

L'Exploitation humaine des ressources biologiques en Afrique: la diversité culturelle et les connaissances autochtones

Les Africains attachent beaucoup de valeur à leurs ressources biologiques, et une base étendue de connaissances traditionnelles s'est développée concernant les caractéristiques et l'exploitation de ces matériaux. La diversité ethnique de l'Afrique est aussi un aspect important de l'exploitation des ressources biologiques, et certains groupes se sont distinctement adaptés aux aspects spéciaux de leur environnement. L'échange de produits naturels entre groupes ethniques est très répandu.

Parmi les groupes à vocation pastorale, la transhumance saisonnière et les fréquents déplacements quotidiens des troupeaux entre pâturages tendent à éviter une exploitation excessive de la biomasse d'une seule région. Ils diminuent également les risques de maladie pour le bétail. La multiplication des types d'animaux dans un même troupeau (bovins, chameaux, ovins, caprins, et ânes) regroupe simultanément des espèces qui broutent et qui paissent. Elle permet aussi qu'une maladie à elle seule élimine tout un troupeau. Dans le Sahel, les rapports symbiotiques qui existent entre pasteurs et agriculteurs (viande, lait, et fumier échangés contre céréales et droits de pâturage et d'abreuvement des bêtes) constituent des techniques efficaces pour exploiter de manière durable la base des ressources écologiques qui dépendent des pluies. (Voir le Chapitre 4 pour plus de détails.)

Les cultivateurs font preuve de connaissances détaillées de toutes sortes de plantes locales, et ils emploient des techniques de production spécialisées, fondées sur ces connaissances et sur leur compréhension de l'environnement. Les Bukusus de l'ouest du Kenya, par exemple, exploitent plus d'une centaine d'espèces différentes de fruits et de légumes. Ils ont développé un système de classification botanique hautement différencié pour la flore de la région (Juma 1991). En Afrique occidentale, les Dogons créent d'importants tas de compost et modifient et travaillent soigneusement la qualité et la structure de leurs sols.

Ils plantent et font également pousser des bosquets d'une des variétés de l'Acacia, qui enrichit le sol et dont les feuilles servent de fourrage et ombragent leurs récoltes, ayant pour résultat le fait que les Dogons aient vécu continuellement dans certaines régions du nord du Mali depuis des siècles.

Menaces à la biodiversité africaine

Bien que les liens entre la diversité génétique, la diversité des espèces et celle des écosystèmes, et le fonctionnement écologique soient rarement évidents et peu documentés, il est certain que les pertes en espèces d'une communauté à un niveau peuvent avoir de sérieuses conséquences ailleurs dans le système écologique. Les habitats qui ne sont pas spécialement riches du point de vue du nombre d'espèces, mais où quelques espèces occupent des niches écologiques importantes, peuvent être particulièrement vulnérables. Par exemple, la perte d'une espèce de prédateur dans une région de savane pourrait avoir pour résultat une explosion dans la population des rongeurs ou des singes, avec des effets ravageurs sur la production des récoltes locales. Un autre exemple est le rôle de l'Acacia kirkiia au Sahel, qui fournit non seulement l'alimentation du bétail, des branches pour fabriquer des pièges à poissons, et des oisillons en guise de nourriture supplémentaire, mais encore le matériel principal utilisé par les aigrettes dans la fabrication de leurs nids. Ces oiseaux se nourrissent dans les champs et peuvent réduire la sévérité des attaques de locustes sur les cultures de plantes et sur les pâturages. La présence de nombreux oiseaux d'eau qui nidifient fertilise les eaux sous les Acacia kirkiia avec du guano, ce qui à son tour augmente la production de poissons (Warshall 1989).

Il a déjà été souligné que les Africains dépendent fortement de la productivité de la base locale des ressources biologiques, et que ceci à son tour nécessite la présence continue de diversité à l'intérieur de ce système. Afin d'assurer la santé et la productivité continues de cette base, il faut comprendre à fond ses diverses composantes, et améliorer leur gestion. Pourtant, dans de nombreux cas, les systèmes biologique sont menacés par un certain nombre de facteurs. Un rapport publié par l'UICN L'Alliance mondiale pour la nature a identifié huit menaces principales à la biodiversité de l'Afrique (Stuart, Adams, et Jenkins 1990):

A un certain degré, ces menaces à la biodiversité africaine s'interprètent comme étant les manifestations différentes d'une tendance répandue et de plus en plus rapide, selon laquelle des changements se produisent de façon incontrôlée dans le paysage de l'Afrique, et des changements économiques et sociaux se manifestent de manière dramatique dans le monde. L'expansion des zones urbaines et des terres agricoles permanentes, la construction d'infrastructures telles que les réseaux routiers, et de nombreuses autres activités humaines ont pour résultat une perte souvent non intentionnelle de biodiversité. La conversion des forêts et des régions boisées, et le développement des régions a faible densité humaine ou d'accès difficile aux gens de l'extérieur, ont donné lieu à une fragmentation de nombreux habitats africains, menaçant les nombreuses espèces qu'ils contiennent. (Voir Tableau 5 pour la perspective africaine sur 1, accroissement de la population.).

Selon une étude, environ 65 pour cent de l'habitat originel de la flore et de la faune de l'Afrique au sud du Sahara ont été perdus à cause de diverses interventions humaines (MacKinnon et MacKinnon 1986). Bien que cette baisse soit en partie inévitable, étant donné l'accroissement de la population et le besoin de développement économique, il n'en demeure pas moins que les sources actuelles de perte de diversité et de dégradation écologique ne sont, pour la plupart, ni nécessaires, ni intentionnelles. Elles peuvent aussi provenir d'un transfert de systèmes de production du Nord qui n'est pas adapté aux conditions locales et sans qui ne tient pas compte des conséquences écologiques à long terme dans le contexte africain. (Voir Tableau 6)

La culture à grande échelle du coton dans le Sahel, du café dans les montagnes de l'Afrique orientale, du cacao en Afrique occidentale, et l'élevage en Afrique australe, ont entraîné la disparition et la transformation massive des habitats naturels, avec une perte sérieuse de biodiversité. Les monocultures à grande échelle ont déplacé les systèmes de production traditionnels de façon significative, alors que ceux-ci étaient, dans de nombreux cas, hautement diversifiés et mieux adaptés aux conditions écologiques locales. Quelques tentatives telles que le ranching d'animaux sauvages et les systèmes d'agrosylviculture sont en cours pour recréer ces modèles diversifiés de l'exploitation de la terre.

Tableau 5. Accroissement de la population et conservation de la biodiversité: une perspective africaine

L'opinion quasi prédominante de nos jours est que l'accroissement de la population est l'une des causes majeures de la diminution des ressources naturelles et de la dégradation de l'environnement. De nombreux spécialistes et certains organismes multilatéraux tels que la Banque Mondiale, qui depuis longtemps reconnaissent un rapport entre l'accroissement de la population et la pauvreté et le sous-développement, se tournent à présent vers la découverte d'un lien qui existerait entre la population et la dégradation de l'environnement. Selon la Banque Mondiale (1992b), les populations à accroissement rapide ont entraîné 'le sur-pâturage, le déboisement, la réduction des ressources d'eaux et la perte d'habitats naturels." Dans un autre rapport, l'Institut des Ressources Mondiales, l'UICN - L'alliance mondiale pour la nature et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, ont également identifié "les taux élevés et insoutenables de l'accroissement de la population humaine et de la consommation des ressources naturelles" comme étant la première des six causes fondamentales de la perte de biodiversité (WRI, IUCN, et UNEP 1992).

Une perspective un peu différente - une perspective africaine - relative au problème de la population et de l'épuisement de la biodiversité est présentée ici. L'argument de base est que, bien que la population soit certainement un facteur responsable de la perte de biodiversité, la question à résoudre demeure si elle en est la cause immédiate ou fondamentale. Divers facteurs socio-économiques modifient le rapport entre la population et la réduction ou la dégradation des ressources naturelles. Ainsi, le "problème de la population" doit être envisagé dans un contexte plus large qui s'étend au-delà du nombre absolu de personnes, et de leur densité ou taux d'accroissement. D'autres facteurs critiques tels que les modèles et l'accès aux moyens de production, de distribution, et de consommation doivent être incorporés au sein de toute analyse significative. Ceci est particulièrement pertinent en ce qui concerne la biodiversité, où les perceptions, les attitudes, et les valeurs des gens ont peut-être plus d'importance que leur nombre. En Afrique, les contextes socio-économiques et culturels sont peut-être aussi importants (ou plus importants) que le facteur démographique pour comprendre la perte ou la conservation de la biodiversité.

Il est vrai, par exemple, qu'une personne supplémentaire dans un pays développé consomme davantage et exerce plus de pression sur la base globale des ressources naturelles qu'une personne dans un pays en voie de développement. Selon le rapport de Brundtland, "un enfant dans un pays où le niveau d'exploitation de matériaux et d'énergie est élevé représente une charge plus lourde pour les ressources de la Terre qu'un enfant né dans un pays plus pauvre. Un argument semblable s'applique à l'intérieur des pays" (WCED 1987)

Clark et ses collègues (1991; cité dans Wiltshire et al. 1991), qui a examiné les données pour 12 pays de 1925 à 1985, identifie trois modèles réels de rapports entre la pollution, l'accroissement de la population et l'augmentation de la consommation. Le même chargement de pollution sur l'environnement provenait de combinaisons radicalement différentes de la taille de la population, de la consommation, et de la production industrielle. Ils ont donc conclu que le fait de faire des déclarations globales sur le rapport entre la population et l'environnement n'avait aucun sens. Une analyse effectuée par l'Institut de Recherche pour le Développement Social des Nations Unies (UNRISD 1990) des données basées sur les sources de la Food and Agriculture Organization (FAO) a révélé une absence frappante de toute corrélation étroite entre les taux de déboisement et les taux d'accroissement de la population totale, ou les taux d'accroissement de la population agricole.

De nombreuses études ont trouvé que la population n'est qu'un des facteurs d'un réseau complexe agissant pour contribuer au déboisement et à la dégradation des ressources (ODA 1991). La question qui reste sans réponse est la suivante: sous quelles conditions la pression exercée par la population entraîne-t-elle un déboisement et une dégradation plutôt qu'un boisement et une innovation?

...à suivre

Il n'existe pas de réponse simple, car il faut tenir compte de trop de facteurs. Selon la liste dressée par Wiltshire, et al. (1991), la réponse dépend d'au moins neuf variables ou d'un complexe de contingences précises.

Il est évident que la réponse varie d'un cas à l'autre, ce qui rend difficiles les généralisations qui soient à la fois simples et uniformément justes. Il est nécessaire d'examiner les mécanismes sociaux, économiques, et politiques qui interviennent entre la population et ses activités et qui influent sur les forêts et sur la biodiversité pour pouvoir tirer des conclusions valables des nombreux cas étudiés, et établir des mesures réelles sur la conservation de la biodiversité. Il est également important d'identifier les classes de personnes qui bénéficient des activités résultant de la perte de biodiversité, celles qui décident si ces activités se dérouleront ou non, et celles qui souffrent des conséquences.

Le problème africain de la population doit être vu dans le contexte plus large des systèmes globaux et nationaux de production, de distribution, et de consommation, qui déterminent largement pourquoi et comment les gens envisagent des activités qui entraînent la réduction de la biodiversité. Dans de nombreuses régions d'Afrique, le déboisement est souvent le résultat de l'affluence (et non de la taille) des groupes externes, principalement des pays industrialisés, qui exigent les produits des forêts africaines et utilisent les services de leurs entreprises multinationales pour extraire ces produits. En Afrique, l'essor des cultures commerciales pour l'exportation a souvent directement ou indirectement déplacé les forêts (Franke et Chasin 1980).

Une conséquence révélatrice se manifeste par les dettes énormes encourues par ces pays en voie de développement. En 1988, la dette s'élevait à plus d'un trillion de dollars. Ces pays transféraient alors 32,5 billions de dollars net aux pays industrialisés, sans tenir compte des transferts de ressources qui ne nécessitaient pas de rentrées ou de sorties financières directes (WRI, IUCN, et UNEP, 1992). Face à l'ampleur de cette dette et du taux incroyablement élevé de service de la dette, les pays concernés sont prêts à hypothéquer leurs forêts et leurs ressources. Par conséquent, ils mettent de côté tout souci de conservation ou de protection de l'environnement. Au Nigéria, par exemple, des lois sérieuses contre l'inflammation du gaz par les trépans des puits de pétrole ne purent être mises en vigueur. Les compagnies de pétrole polluent ainsi impunément le sol et les eaux du Delta du Niger, provoquant des pertes incalculables de biodiversité.

Du fait de la croissance de cette dette, les pays en voie de développement concernés doivent se serrer la ceinture et consommer encore moins. Cependant, la consommation inadéquate et la pauvreté ne signifient pas que la conservation en soit le résultat. Au contraire, l'exploitation devient excessive de manière a satisfaire les exigences des pays créditeurs, dont l'affluence plutôt que la taille de la population détermine leur consommation excessive au détriment des pays débiteurs. Ainsi, l'exploitation excessive des ressources naturelles serait liée beaucoup moins à l'alimentation ou à l'amélioration du bien-être des nombreuses populations locales, qu'à servir les marchés extérieurs ou entretenir la dette internationale. De même, la "consommation" du Nord - par exemple, de peaux pour la fabrication de produits de cuir de luxe, ou d'expéditions de chasse en safari pour des raisons de détente ou de tourisme, et d'ivoire pour en faire des objets d'art - a entraîné une exploitation excessive des espèces et la perte de biodiversité dans les pays africains dont les populations n'ont rien consommé.

Le problème central réside dans le fait que le système économique mondial a trop longtemps permis aux consommateurs riches et puissants de payer leur consommation à un prix beaucoup plus faible que le coût réel. Actuellement, les matériaux agricoles et primaires sont clairement sous-évalués. Les producteurs n'obtiennent pas une rémunération juste de leur travaux. Le cycle de pauvreté que ceci engendre pèse lourdement sur l'environnement.

... à suivre

Trois conclusions d'ordre général sont évidentes. Premièrement, la population "est une cause immédiate ou intermédiaire" de la dégradation des ressources naturelles, mais elle n'en est pas "la cause ultime, la seule cause, ou la cause la plus importante" (ODA 1991). Deuxièmement, la population n'est qu'une partie d'un réseau complexe de facteurs qui touchent (et sont touchés par) la biodiversité et sa perte. Enfin, et à partir des deux premières conclusions, l'attention prêtée au contrôle de la population en Afrique, comme étant la réponse à la perte de biodiversité et à la dégradation de l'environnement, est mal dirigée. L'importance ainsi attachée à la croissance de la population comme étant le facteur principal responsable de la perte de biodiversité correspond parfaitement au parti pris regrettable et de long terme de certains défenseurs de l'environnement, qui semblent considérer les populations locales comme étant les ennemis de la flore et de la faune - tels que les "braconniers", les "empiéteurs", et les violateurs de régions protégées.

Le point de vue selon lequel l'être humain constitue le problème doit être révisé pour le considérer plutôt comme étant la solution. La biodiversité et le développement ne doivent pas s'exclure mutuellement. La clef de la survie de la flore et de la faune réside dans leur valeur de plus en plus précieuse pour l'humanité. Les Africains n'accepteront jamais la conservation ou la préservation de la biodiversité sans exploitation. L'Afrique ne doit pas devenir un zoo mondial pour l'Europe et l'Amérique du Nord.

Salau, en prép.

Un grand nombre de ces menaces à la biodiversité sont le résultat de nombreux facteurs structuraux qui sous-estiment collectivement la biodiversité et stimulent les forces qui la réduisent. Un rapport identifie six tendances qui expliquent une partie importante de la perte de diversité dans le monde (McNeely, et al. 1990; voir aussi les Chapitres 3 et 6 de ce rapport):

1. La biodiversité est, en termes économiques, un bien public, et son exploitation n'est pas sujette aux indicateurs habituels du marché.

2. Les avantages de la conservation de la biodiversité ont tendance à être sérieusement sous- estimés, par rapport aux avantages anticipés des projets de développement qui minent la biodiversité.

3. L'ensemble des coûts de la dégradation de l'environnement et de la perte de la biodiversité sont rarement inclus dans les analyses financières et économiques. Ces coûts pèsent d'habitude plus lourdement sur l'ensemble de la société (et sur les générations futures), que sur les exploitants des ressources ou autres personnes directement responsables de la perte de biodiversité.

4. Les systèmes fonciers et de la gestion des ressources les plus faibles sont souvent situés dans les régions où les ressources naturelles sont sur-exploitées.

5. Les planificateurs de l'économie appliquent habituellement des taux de réduction qui sous estiment la consommation future et sur-estiment la consommation actuelle.

6. Les méthodes actuelles de comptabilité nationale du revenu (calcul du PNB ou du PIB) n'identifient pas le prix à long terme de la réduction des ressources naturelles, telle que le déboisement, et traitent l'exploitation non-durable au même niveau que la production durable.

Tableau 6. Conceptions historiques de la nature, provenant du Nord et de l'Afrique

La métaphore prédominante qui gouverne la conception du Nord sur l'univers et les rapports qui existent entre l'humanité et la nature trouve ses racines dans les fondements établis par un certain nombre de savants durant la Révolution Scientifique. La science était considérée comme un nouvel instrument capable de dominer, d'exploiter, et de changer la nature. La branche de l'économie d'avant-poste, par exemple, considérait les réserves de ressources biologiques et d'autres ressources de matériaux comme infinies. La notion des ressources infinies, jointe à la conviction grandissante selon laquelle la science était instrumentale, ont favorisé une opinion soutenant une croissance économique effrénée et un progrès infini pour l'humanité.

La capacité d'améliorer le contrôle de l'être humain sur l'environnement et en fait, son indépendance vis-à- vis de cet environnement, était une notion profondément ancrée dans l'idée du progrès, dans le Nord au 19ème siècle. L'idée du progrès impliquait non seulement une amélioration, mais supposait également que le progrès n'avait pas de limite. Par conséquent, dans le Nord, la nature a été traitée comme une ressource inépuisable destinée à être exploitée, conquise, et subjuguée pour le bienfait des êtres humains.

Dans le passé, les communautés traditionnelles en Afrique ont traité la nature comme faisant partie intégrante de leur existence quotidienne. Ces communautés possédaient une conception organique de la nature. Elles croyaient que le monde animé et le monde inanimé étaient inextricablement entremêlés. Les formes de vie animées et inanimées étaient toutes deux considérées comme sacrées, et devaient toutes deux être conservées et maintenues en symbiose mutuelle. En fait, certaines sociétés ne faisaient aucune distinction entre les préoccupations spirituelles et physiques se rapportant aux forêts et aux terres agricoles. Les âmes des ancêtres étaient supposées vivre dans des forêts prospères, qui étaient également exploitées pour subvenir aux besoins quotidiens d'une communauté. Un déséquilibre défavorable dans l'un de ces mondes, animé ou inanimé, aurait des répercussions sur l'ensemble du système. Ainsi, l'émergence de facteurs extérieurs négatifs a invariablement été interprétée comme la réaction spirituelle des ancêtres au déséquilibre d'une communauté dans son traitement de la nature.

-Khalil, en prép.

Les rôles des hommes et des femmes font également partie des modèles de conservation et de la perte de biodiversité en Afrique au sud du Sahara. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, ce sont les femmes qui cultivent, et ce sont elles qui ont été responsables de l'entretien de diverses races terriennes de plantes nutritives importantes (voir Tableau 4). Mais là où l'agriculture commerciale s'est introduite au détriment de l'agriculture de subsistance, les cultivatrices ont été remplacées par les hommes. Par conséquent, les hommes deviennent souvent agriculteurs de systèmes de monoculture, tandis que les connaissances héritées des femmes, et leurs responsabilités envers la diversité des plantes, se sont vues marginaliser et peut-être même disparaître. Un autre facteur est l'érosion des valeurs traditionnelles locales face aux pressions économiques et à l'influence des forces extérieures.

La perspective des changements climatiques représente une autre menace potentielle à la productivité des écosystèmes africains. Une étude récente a conclu qu'un réchauffement de l'atmosphère pourrait entraîner une réduction importante des rendements des cultures dans les régions tropicales, touchant sérieusement l'Afrique. A partir d'un modèle de simulation, l'étude a trouvé que certains pays africains verraient leurs rendements agricoles diminuer de 30 à 50 pour cent avant l'an 2060, malgré l'introduction de modestes adaptations technologiques et gestionnaires pour tenter de faire face aux changements de climat. Bien que de telles études représentent, il est vrai, des tentatives extrêmement préliminaires pour comprendre des tendances complexes de l'environnement, elles indiquent que l'Afrique devient de plus en plus vulnérable aux changements qui sont au-delà de son contrôle (Monastersky 1992).

Les menaces précises à la biodiversité - et les actions nécessaires pour y remédier - varient d'un pays à l'autre et d'un endroit à l'autre. Pourtant, les tendances générales de méthodes inadéquates de production et de transformation incontrôlée du paysage sont vastement répandues en Afrique au sud du Sahara. Les facteurs structuraux cités ci-dessus ont une influence importante sur la persistance de ces tendances. La conservation de la biodiversité en Afrique dépend à un degré considérable de l'application de moyens plus durables du développement économique.


Développement durable et conservation de la biodiversité en Afrique

Le développement économique en Afrique au sud du Sahara, qui se base largement sur l'exploitation des ressources biologiques et qui continuera à le faire, n'est pas durable actuellement car une grande partie de ces ressources biologiques est mal gérée, et ne peut être longtemps soutenue aux taux d'exploitation actuels. Un mouvement dans la direction d'un état durable est essentiel. Ce mouvement devrait logiquement commencer par les facteurs identifiés ci- dessus qui contribuent à la perte de biodiversité en Afrique.

De nombreuses réformes sont nécessaires pour aborder la façon dont les décisions d'ordre économique influent sur les ressources biologiques de l'Afrique. Ces réformes sont examinées en détail dans le Chapitre 6. Cependant, de façon générale, la transition vers une croissance économique durable exige un vaste changement dans la manière dont on considère la base des ressources naturelles de l'Afrique, ainsi que dans les manières de prendre des décisions concernant l'investissement et l'exploitation. La section suivante discute certaines des manières dont la conservation de la biodiversité a été abordée, et elle suggère des moyens par lesquels celles-ci pourraient être améliorées et rendues plus pertinentes face à la gamme de paysages différents au sein desquels la biodiversité africaine est en train de se dégrader.


Approches à la conservation de la biodiversité

Des programmes gouvernementaux pour préserver certaines ressources biologiques en Afrique au sud du Sahara ont été introduits durant l'époque coloniale, lorsque des sites spécialement choisis furent mis de côté, et presque toute exploitation humaine y fut interdite. Des restrictions semblables ont eu lieu dans le passé dans certaines sociétés traditionnelles africaines - par exemple dans les forêts sacrées du Ghana et dans les anciennes régions de chasse royales en Zambie (voir le Chapitre 4).

Cependant, les initiatives de conservation modernes différaient des approches africaines traditionnelles pour plusieurs raisons. Les régions mises de côté par les autorités coloniales étaient généralement beaucoup plus grandes que les zones traditionnelles à exploitation restreinte. En outre, la manière dont elles étaient établies et gérées soulevait souvent le mécontentement des populations locales. Les parcs nationaux et les réserves modernes furent imposés de l'extérieur au lieu d'être intégrées au système social alors en existence.

Bien que les initiatives de protection modernes reflètent parfois un véritable souci de préservation de la flore et de la faune africaines face à l'exploitation, il est évident qu'elles étaient souvent motivées aussi par des raisons moins altruistes. Par exemple, les réserves de chasse servaient principalement les intérêts des chasseurs européens, qui ne se souciaient guère des besoins de subsistance des populations locales. Les représentants coloniaux chargés de la sylviculture et de l'agriculture forcèrent les populations locales à faire pousser des espèces exotiques pour l'exportation vers l'Europe et les Etats-Unis, en se servant de méthodes de culture qui ne convenaient pas aux écosystèmes locaux. Ces représentants étrangers étaient souvent ignorants des bases écologiques des pratiques africaines de l'horticulture, et encouragèrent ainsi à leur place des pratiques de culture et de gestion des forêts fort destructrices (Anderson et Grove 1987).

La mise en réserve de terres africaines pour des raisons de conservation fit partie d'une tendance plus large de restructuration coloniale des systèmes africains de l'exploitation foncière. Les pratiques telles que l'interdiction de procéder à des attaques sur le bétail, de conférer à 1'Etat la possession des arbres et des animaux sauvages, et l'allocation des terres arables aux agriculteurs commerciaux européens, tout en déplaçant les populations africaines vers des terres marginales, furent des éléments très insultants de la part de l'administration coloniale (Anderson et Grove 1987). Etant donné les antécédents historiques du système actuel des zones protégées en Afrique au sud du Sahara, il n'est pas si étonnant de constater que les attitudes des populations locales, vivant à proximité des parcs nationaux et des réserves, suscitent souvent un soupçon et un manque de confiance envers les programmes de conservation.

Cet héritage du passé est l'une des raisons pour lesquelles de nouvelles démarches favorisant la conservation ont été présentées au cours des dernières années. Bien que beaucoup de systèmes et de techniques différentes puissent être identifiées, ces nouvelles approches ont tendance en général à souligner l'importance de la participation des populations locales au processus de prise de décision. La participation locale est recherchée lorsqu'il s'agit de décider où les zones protégées seront situées, comment elles seront gérées, et dans l'intérêt de qui. Dans certains cas, on offre aux populations locales un intérêt économique dans l'application de mesures de conservation qui ont du succès. Certaines communautés locales reçoivent un pourcentage des revenus du tourisme ou de l'exploitation du bois. Dans d'autres cas, des méthodes non-destructrices pour favoriser les ressources naturelles (telles que la production forestière autres que le bois) sont présentées pour assurer l'exploitation durable à long terme des ressources biologiques. Le Chapitre 5 de ce rapport s'étend sur des approches de conservation récentes, en soulignant l'importance de la conservation de la biodiversité partout en Afrique, à l'aide des méthodes les plus participatives et les plus durables dans chaque cas.

La planification et la gestion des paysages

Dans l'ensemble de l'Afrique au sud du Sahara, environ 4,5 pour cent de la surface de la terre fait actuellement partie d'une forme de programme officiel de gestion de la conservation, tel que les parcs nationaux ou les réserves forestières ou de chasse. Le pourcentage des zones protégées varie largement d'un pays à l'autre: au Botswana, la surface de terre. protégée d'une façon ou d'une autre dépasse les 17 pour cent, et au Malawi, en Namibie, au Rwanda, au Sénégal, en Tanzanie, et au logo. ce chiffre varie entre il et 14 pour cent. Par contre, il n'existe à l'heure actuelle aucune zone protégée en Guinée équatoriale, en Guinée-Bissau, ou au Mozambique (Groombridge 1992).
Pourtant, le problème fondamental de la perte de biodiversité en Afrique (comme ailleurs) ne résulte peut-être pas tant de la surface sous protection que des méthodes d'exploitation de la terre employées sur le reste du paysage, qui dans presque tous les cas représente des régions bien plus étendues que celles qui sont classées dans la catégorie de zones protégées. Le défrichement des forêts pour l'agriculture commerciale et la production de charbon, l'incendie destructeur des savanes en saison sèche, la monoculture des récoltes et de la forêt, la pêche excessive et l'introduction d'espèces étrangères, l'emploi abusif des engrais chimiques et des pesticides, et de nombreuses autres activités humaines à travers les paysages africains produisent des changements écologiques qui minent sérieusement l'avenir de la biodiversité en Afrique.

Différentes formes d'exploitation de la terre ont des effets bien différents sur l'environnement et sur la conservation de la biodiversité. La Table 7, au Chapitre 5, illustre le degré comparatif des effets destructeurs de la biodiversité typiquement associés à certaines exploitations ordinaires de la terre, allant de l'exploitation minière des puits de mine ouverts hautement destructeur, ou de l'expansion urbaine, jusqu'aux activités relativement bénignes telles que celles des groupes de chasseurs-cueilleurs. De nombreuses activités de production, telles que l'agriculture commerciale, la sylviculture, et la pêche, recouvrent une gamme étendue de cette échelle, et leurs effets sur la biodiversité peuvent varier de manière importante selon les circonstances locales et les régimes de gestion. Pour un certain nombre de raisons qui sont analysées en détails dans les chapitres de la 2ème Partie de ce rapport, beaucoup de ces types d'exploitation de la terre sont actuellement plus nuisibles à la biodiversité qu'ils ne devraient l'être s'ils étaient gérés convenablement et s'ils étaient mieux associés aux conditions précises des sites particuliers. Par conséquent, de nombreuses activités contemporaines de développement en Afrique au sud du Sahara ne sont pas durables, parce qu'elles nuisent directement ou indirectement à la base de ressources biologiques dont la santé et la productivité à long terme est si essentielle aux Africains.

C'est en présentant une meilleure planification de l'aménagement de la terre et une harmonisation plus judicieuse des technologies de production et des contraintes écologiques locales qu'il sera peut-être possible de stabiliser et même de renverser la situation. Une planification stratégique des ressources naturelles et de l'aménagement de la terre, au niveau national aussi bien qu'au niveau local ou provincial, est nécessaire afin de s'assurer que le patrimoine biologique unique de l'Afrique ne soit pas sacrifié inutilement aux actions commises par inadvertance ou par l'intermédiaire de programmes mal dirigés de développement économique. Les recommandations sur un certain nombre de réformes et d'interventions susceptibles d'accomplir ce genre de planification sont énoncées en détails au Chapitre 2.


 

CHAPITRE DEUX

UN PROGRAMME D'ACTION POUR LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE EN AFRIQUE

Introduction

Afin d'améliorer la conservation de la biodiversité en Afrique au sud du Sahara, il est essentiel d'élaborer un cadre nouveau de soutien de la conservation. Ce cadre doit pouvoir s'appliquer à tous les pays de la région et intégrer la conservation de la biodiversité au développement durable. De plus, un tel cadre doit refléter les priorités, les points de vue, et les réalités de l'Afrique.

Le but de ce chapitre est de souligner un programme d'action fonde sur ce type de cadre pour la conservation. Ce programme devrait permettre à ceux qui auront des décisions à prendre de redoubler leurs efforts pour maintenir la biodiversité africaine en élaborant des stratégies solides pour le développement durable, basées sur une gestion judicieuse des ressources biologiques. Orienté à partir d'une perspective africaine, ce programme lie les meilleurs aspects des exploitations traditionnelles et modernes des ressources biologiques - c'est à dire celles qui sont productives à la fois économiquement et socialement tout en protégeant simultanément la biodiversité. Les recommandations et les actions proposées qui suivent ont pour but de fournir des principes directeurs généraux, qui pourront servir de point de départ pour mettre en oeuvre un programme complet pour la conservation de la biodiversité en Afrique au sud du Sahara. Les détails relatifs à la manière dont le programme serait mis en oeuvre varieront d'un pays à l'autre et à l'intérieur d'un pays même, selon les conditions écologiques et humaines.

L'importance d'un environnement capable

Le programme d'action suivant est dérivé des sept questions identifiées dans la 2ème Partie (Chapitres 3 à 9). Ces questions sont cruciales pour le succès à long terme des efforts de conservation et de développement en Afrique, et doivent constituer le fondement de tout programme d'ensemble pour la conservation. Cependant, tout effort pour la conservation de la biodiversité ne réussira à long terme que s'il existe un environnement convenable et capable. Il faut se tourner vers deux éléments clef si l'on veut établir ce type d'environnement: l'essor de la démocratisation sociale et l'allégement de la pauvreté accablante qui continue à suffoquer la productivité africaine.

La volonté politique et un "contrat social" démocratique de responsabilités et de droits communs et des responsabilités à tous les niveaux du gouvernement et des constituants sont importants à la direction durable des ressources biologiques. La réapparition actuelle d' institutions démocratiques en Afrique offre la possibilité d'initier une véritable conservation de la biodiversité à caractère participatif. Cependant, ce changement de climat politique entraîne d'éventuels dangers aussi bien que des avantages. Il se peut que les mouvements politiques populistes soient partisans de gains économiques à court terme, au détriment de la protection à long terme de la biodiversité.

Pour obtenir un équilibre entre les intérêts internationaux, nationaux, régionaux, et locaux, qui touchent à la biodiversité, une direction habile, la dissémination d'informations pertinentes, et le respect mutuel s'avèrent nécessaires. Certains gouvernements africains se dirigent actuellement vers les types de mesures, d'institutions, et d' attitudes préconisées dans ce rapport. Même dans les pays où les institutions démocratiques n'ont pas encore été instaurées, la possibilité existe de commencer des interventions programmatiques ou à petite échelle pour favoriser la conservation de la biodiversité et les moyens d'existence ruraux.

La pauvreté est l'une des forces principales qui mine la biodiversité en Afrique. Elle touche tout le monde - depuis la cultivatrice rurale qui, puisqu'elle ne peut s'offrir les apports qui permettraient une production agricole plus intensive, doit continuellement défricher de nouvelles terres toutes les quelques années - jusqu'aux gouvernements nationaux qui se voient obligés d'utiliser la majeure partie de leurs revenus en devises étrangères pour entretenir la dette extérieure, ce qui paralyse leur capacité de développer une infrastructure adéquate pour les zones protégées. Le développement peut représenter une force considérable pour la conservation, à condition que la croissance économique améliore le bien-être de tous les membres de la société, y compris les femmes et les pauvres. Tandis que l'agriculture et les pratiques gestionnaires de l'aménagement de la terre changent, la disponibilité et l'exploitation des ressources sauvages changent également, entraînant des répercussions profondes sur la sécurité alimentaire et économique des populations marginales, ainsi que sur la biodiversité. Ainsi, une partie importante du développement d'un environnement capable d'assurer la conservation de la biodiversité consiste en un progrès significatif vers la réduction de la pauvreté en Afrique.


Principes directeurs

A partir de la discussion des sept questions critiques figurant dans la 2ème Partie de ce rapport, il se dégage huit principes importants qui seront utiles pour établir des priorités et appliquer des initiatives de conservation de la biodiversité en Afrique. Ils sont généraux et fondamentaux à toute action de conservation de la biodiversité, et devront être pris en considération dans la mise en oeuvre de toute recommandation énoncée dans la section suivante.


Recommandations et points d'action

Ce rapport identifie de nombreuses recommandations à suivre pour ralentir la perte de biodiversité en Afrique et pour rendre le développement plus durable. Ces recommandations, ainsi que des points d'action précis illustrant en détail les modes d'application de ces mesures sont discutées dans cette section.

Six recommandations méritent une attention particulière à cause de leur rôle fondamental dans la préparation d'autres mesures pour conserver la biodiversité en Afrique au sud du Sahara. Bien que ces six actions ne soient pas nécessairement des conditions préalables aux autres recommandations, en ce qui concerne le calendrier ou les phases des activités, ces actions favoriseraient considérablement leur mise en oeuvre. Dans ce sens, ces recommandations devraient être considérées comme prioritaires pour mettre en oeuvre le cadre de ce rapport pour la conservation dans chaque pays africain.

Tableau 7. Recommandations prioritaires pour la conservation de la biodiversité africaine

Les recommandations suivantes sont nombreuses, et certaines seront peut-être difficiles à mettre en oeuvre à court terme, mais ceci représente un cadre pour la conservation et non le plan de conception d'un projet. Dans certains cas, il sera possible de mettre toutes ces actions en application, dans d'autres cas seulement quelques unes. Cependant, les décideurs devront tenir compte des conséquences qui découleraient du fait qu'ils n'ont pas abordé dans leurs pays de nombreuses questions clef énoncées ici. Ces conséquences pourraient être la perte permanente de ressources vitales aux intérêts locaux ou nationaux. Les recommandations représentent un cadre autour duquel et dans lequel les caractéristiques spécifiques du pays ou de la localité pourront être dressées. Le cadre est constitué des concepts fondamentaux suivants, chacun d'eux représentant une composante inextricable d'un système intégré.

Chaque pays africain doit posséder un milieu politique qui permette la gestion des ressources biologiques par les communautés locales, avec le soutien d'une planification de l'aménagement de la terre au niveau national. Les plans au niveau national et les activités locales devraient être le produit de négociations participatives par tous les intéressés en ce qui concerne l'exploitation de ces ressources: depuis les agriculteurs au niveau local, aux planificateurs de l'économie au niveau national, jusqu'aux spécialistes de la conservation au niveau international. A chaque niveau, les valeurs que les individus attachent à la biodiversité devront être reconnues, respectées, et incorporées dans la planification et dans les activités. Les plans et les activités doivent reconnaître et respecter les systèmes de connaissances traditionnels, et devront les intégrer aux systèmes de connaissances scientifiques de l'Occident afin d'assurer les approches les plus adéquates et les plus durables vis-à-vis de la conservation. Une étude des techniques de conservation actuelles devra être effectuée, en particulier les systèmes des zones protégées en existence, afin de déterminer si et comment elles servent les intérêts locaux, nationaux et internationaux. De nouvelles techniques de conservation requises pour développer des actions fructueuses sous les conditions sociales, économiques, et écologiques actuelles devraient ensuite être identifiées. Ces
techniques pourront être élaborées par l'intermédiaire de la recherche et de l'expérimentation. Les projets qui mettront en oeuvre ces nouvelles techniques devraient incorporer un système de surveillance et d'évaluation qui permettraient à ceux qui les mettent en pratique d'adapter les activités du projet de manière à refléter les leçons apprises et à comprendre les conséquences de leurs actions et de leurs investissements. Une formation et un enseignement postscolaire à tous les niveaux de la société doivent être soutenus afin que les populations comprennent et participent pleinement aux projets et au processus de planification, et qu'elles apprécient l'importance de la biodiversité dans leurs vies.

Les recommandations énumérées ci-dessous ont été tirées de l'analyse des questions critiques soulignées ci-dessus et développées pleinement dans la 2ème Partie. Chaque recommandation est discutée en détail plus loin dans le chapitre, puis suivie de points d'action précis. Les points d'action varient entre des activités très précises, qui peuvent être réalisées dans l'immédiat et des actions plus complexes, qui devront être appliquées à long terme avec un appui étendu au niveau international et gouvernemental. La mise en action des programmes visés peut commencer dès maintenant, mais les planificateurs et ceux qui sont chargés d'établir ces programmes ne doivent jamais perdre de vue le fait que sans programmes qui s'adressent aux questions plus difficiles et a long terme, l'investissement placé dans les activités à court terme aura été futile si la biodiversité disparaît de façon permanente.

Résumé des recommandations

Conservation de la biodiversité dans le paysage

Participation

Développement des ressources humaines

Recherche, surveillance, et évaluation
Coopération régionale et internationale

Conservation de la biodiversité dans le paysage

Jusqu'à présent, la conservation de la biodiversité s'est largement axée sur la création et le maintien des zones officiellement désignées comme protégées. Récemment, l'attention se tourne également de plus en plus vers le soutien d'activités de conservation dans des zones de sécurité situées autour des zones protégées. Cependant, il est essentiel d'étendre la conservation de la biodiversité même au-delà des zones de sécurité et des zones protégées, pour inclure tous les éléments du paysage africain et tous les écosystèmes. Dans le cadre de ce rapport, les zones protégées ne représentent qu'un seul élément de l'ensemble de la stratégie pour la conservation.

Recommandation 1: Etablir un système de planification stratégique pour l'exploitation des ressources naturelles et l'aménagement de la terre au niveau national qui incorpore les questions de biodiversité au niveau local et national.

De nombreux pays africains se sont embarqués sur une ou plusieurs voies de stratégie générale ou sectorielle pour l'exploitation des ressources naturelles, telle que les Stratégies de Conservation Nationales, les Plans d'Action Nationaux pour l'Environnement, ou les Plans d'Action pour les Forêts Tropicales. En général, la coordination de ces programmes aurait besoin d'être améliorée, et il serait parfois préférable de les combiner pour ne former qu'un seul plan stratégique. Une telle stratégie devrait adopter une approche de planification au niveau du paysage pour identifier les types et les lieux où se situent les systèmes de protection, de conservation, et de production les plus appropriés aux régions différentes, en tenant compte des caractéristiques locales sur le plan écologique, économique, et social. Les plans devraient être négociés de manière participative, en sollicitant l'apport de tous les niveaux de la société (Chapitre 5).

Au niveau national, les connaissances et les talents professionnels relatifs à la biodiversité sont souvent dispersés parmi les ministères gouvernementaux, les ONG, les universités, les musées, les herbiers, et d'autres institutions. Lorsqu'un tel corps n'existe pas, il serait peut-être utile d'établir des comités techniques pour la coordination de la biodiversité. Ces comités pourraient maintenir une vue d'ensemble stratégique sur les questions nationales relatives à la biodiversité en tant que l'un des éléments de planification des ressources naturelles, et attirer l'attention sur les événement imprévisibles qui pourraient menacer la biodiversité. De plus, les pays devraient adopter des systèmes d'évaluation écologique ou socio-écologique lors des étapes préalables à l'investissement des principaux projets. Ces évaluations jugeraient des effets potentiels du projet sur la biodiversité. Le contenu de ces évaluations relatif à la biodiversité pourrait être révisé par les comités de coordination recommandés ci-dessus. Afin d'assurer que ces comités possèdent une reconnaissance et une objectivité adéquates, il serait peut-être justifié de les convoquer auprès du Bureau du Président ou du Premier Ministre du pays.

Actions:

Recommandation 2: Développer un programme pilote pour évaluer et démontrer l'approche de planification du paysage envers la conservation de la biodiversité.

Comme dans le cas de nombreuses interventions de développement dans les milieux écologiques et culturels complexes, l'approche suggérée dans le Chapitre 5 est expérimentale. La planification stratégique de l'aménagement de la terre au niveau national est une tâche de grande envergure, et la mise en application de tels plans est extrêmement complexe. Les tentatives initiales doivent être exécutées de manière très soignée et souple sur une échelle relativement limitée. Si l'approche réussit, on voudra l'adopter ailleurs. Au fur et à mesure que les institutions des communautés locales et du secteur privé jouent un rôle de plus en plus important, le volume d'aide extérieure requis pour reproduire le projet s'affaiblira.

Actions:

Recommandation 3: Créer un milieu politique favorable aux systèmes d'aménagement de la terre et de production, capables de conserver la biodiversité.

L'action au niveau politique est nécessaire pour assurer un système d'aménagement stratégique tel qu'il a été recommandé ci-dessus. Les mesures provenant des secteurs autres que la conservation et la protection des ressources peuvent aussi avoir des répercussions imprévisibles et souvent adverses à la biodiversité (Chapitre 6). De tels effets doivent être identifiés et évalués et les mesures modifiées en vue des dangers à la biodiversité. Des systèmes appropriés d'évaluation sont également nécessaires pour estimer les avantages de l'exploitation des ressources naturelles par rapport aux pertes culturelles et écologiques qui pourraient en résulter. Trop souvent, de simples analyses de coûts et bénéfices ont grandement exagéré les projections de gains financiers, en prêtant peu d'attention aux pertes écologiques, culturelles et financières.

Actions:

Recommandation 4: Développer et adopter des systèmes de production qui tiennent davantage compte de la biodiversité dans l'ensemble du paysage.

L'exploitation de la terre peut être à la fois rentable et capable de conserver la biodiversité. La manière d'aborder la conservation par une "mise de côté" des terres dans les zones protégées se fonde sur l'hypothèse d'autres terres maintiendront relativement peu de valeur en ce qui concerne la biodiversité. La stratégie développée dans ce cadre envisage une approche à l'aménagement qui se servira de zones dans lesquelles la production et la protection des ressources biologiques seront combinées en proportions différentes sur divers éléments du paysage, permettant également de conserver la biodiversité en dehors des zones protégées (Chapitre 5). Une synthèse des systèmes de production et de conservation traditionnels et modernes devrait être adoptée afin d'optimiser l'équilibre de ces systèmes dans des zones à usages différents.

Actions:

Recommandation 5: Re-examiner l'efficacité des systèmes des zones protégées pour conserver la biodiversité.

Le système officiel des zones protégées dans la plupart des pays africains a été utile à la conservation de la biodiversité au cours des cinquante dernières années. Cependant, les méthodes utilisées autrefois, et l'aliénation continue de vastes étendues de terre destinées aux zones protégées présentent de nombreux problèmes. Dans les pays de savane, par exemple, les zones protégées reflètent largement la distribution des grands mammifères et des oiseaux, et une priorité insuffisante a été accordée à la flore et aux éléments plus petits de la faune.

De plus, l'interdiction d'exploiter les ressources traditionnelles dans les zones protégées a exercé une pression supplémentaire ailleurs, sur la terre et sur la biodiversité. Les populations locales méprisent souvent l'existence des zones de conservation car elles en retirent peu d'avantages, ou bien elles ont été forcées de se déplacer sans compensation pour leurs terres ancestrales.

Actions:

Participation

Au cours des dix dernières années, les activités de développement ont accorde la priorité a la participation locale élargie. Cependant, comme l'indique le Chapitre 7, ce concept n'est pas facile à exécuter. Dans cette section, le terme est employé de manière générale, et comprend tous ceux que la conservation de la biodiversité intéresse. Une conservation efficace ne peut être réalisée en remettant simplement toute responsabilité envers les ressources biologiques entre les mains de "communautés" rurales, dont le concept est vague. Dans la plupart des cas, plusieurs communautés (ou des membres différents d'une même communauté) exploiteront le même ensemble de ressources biologiques de manières différentes. Le gouvernement local peut jouer un rôle pour résoudre ces différences. Le gouvernement national et la communauté internationale ont des intérêts stratégiques plus vastes concernant la biodiversité, et ceux-ci s'étendent au-delà de la portée des communautés locales. Le secteur commercial privé a également un rôle à jouer.

La participation comprend des accords mutuels entre tous ces groupes qui entreprennent l'exploitation durable des ressources biologiques et la conservation de la biodiversité. Cependant, dans la plupart des cas, il est clair que la gestion quotidienne des ressources biologiques au niveau local s'organise le mieux par les institutions reconnues de la communauté.

Recommandation 6: Décentraliser la responsabilité et les compétences afin de gérer les ressources biologiques au niveau local, motivant ainsi et permettant davantage aux communautés de gérer ces ressources de manière durable; et augmenter la capacité du gouvernement d'aider à réaliser ce processus.

Il est largement reconnu que les bureaucraties hautement centralisées ne constituent pas un moyen efficace de gouverner les ressources biologiques au niveau local. Cependant, l'autonomie complète des exploitants de ressources est rarement une option viable. Une meilleure approche est de développer une association de travail entre les représentants gouvernementaux locaux et les groupes de la communauté, dans le cadre de la politique et des directives nationales. Une proportion importante de la responsabilité envers la direction des ressources locales devrait être placée entre les mains des institutions aux niveau de la communauté, en passant par la filière du gouvernement local ou des ONG pour ce qui est de l'aide technique et financière.

Actions:

Recommandation 7: Développer des structures de gestion participatives pour les zones officiellement protégées ainsi que des systèmes de production sur terres non-protégées.

Les projets gouvernementaux à grande échelle qui s'effectuent dans les régions rurales - qu'il s'agisse des zones officiellement protégées, de la sylviculture de production, ou de l'agriculture - ont généralement employé une approche gestionnaire allant du haut vers la base. Les populations locales ont soit été aliénées de leurs anciennes terres ou n'ont eu que peu à dire au sujet de la direction des ressources biologiques. Une approche qui a de plus grandes chances de réussite est d'habiliter les communautés locales à participer à la gestion de ces activités, qu'il s'agisse d'un parc national, d'une forêt à production, de la gestion des pâturages, ou d'un projet d'irrigation.

Actions:

Recommandation 8: Développer des motivations appropriées pour stimuler la participation locale dans la conservation de la biodiversité.

Il est peu probable que les populations incorporent de nouveaux systèmes d'exploitation de ressources biologiques et de conservation de la biodiversité à moins d'en tirer des avantages directs. De tels avantages peuvent être financiers - par exemple, le partage des revenus d'un parc national, ou une compensation pour une production irréalisée à cause des activités de la conservation. D'autres motivations souvent moins directes, telles que le bail sûr de la terre ou l'accès aux ressources qui soit officiellement reconnu, sont également cruciales.

Actions:

Recommandation 9: Renforcer le rôle du secteur privé dans la conservation de la biodiversité.

Les institutions des communautés locales, telles que les coopératives, représentent un élément du secteur privé qui devrait être inclus dans la conservation de la biodiversité. Les ONG et les entreprises privées devraient également être mobilisées pour participer à la conservation de la biodiversité. Par exemple, les activités touristiques ayant trait à la nature sont souvent mieux dirigées par les entreprises privées. Cependant, des garanties adéquates doivent être mises en place pour assurer que les communautés et les entrepreneurs locaux soient les principaux bénéficiaires des activités commerciales, en tant que propriétaires ou concessionnaires des ressources de la biodiversité. Des codes de conduite appropriés sont également nécessaires pour s'assurer que les entreprises exploitent les ressources biologiques et les atouts de la biodiversité de manière durable.

Actions:

Recommandation 10: Assurer que l'ensemble du processus du projet, depuis l'identification à la conception, à la mise en oeuvre, et à l'évaluation, comprenne la participation des communautés locales, des particuliers, du gouvernement, et du secteur privé.

La nature même des activités participatives implique qu'elles s'opéreront principalement au niveau local. Les activités de conservation de la biodiversité doivent s'assurer que toutes les institutions et exploitants de ressources locales soient identifiés, et qu'on leur accorde un rôle dans la gestion des ressources biologiques. Même un projet de petite taille verra sans doute naître des conflits au sujet de l'exploitation des ressources parmi différents utilisateurs. Des systèmes de résolution de disputes mutuellement acceptables et adaptables sont essentiels à la gestion durable des ressources biologiques et de la biodiversité.

Actions:

Développement des ressources humaines

Les renseignements sur la nature et la pratique de la conservation de la biodiversité doivent atteindre toute la population touchée par le développement. Ce qui est le plus essentiel dans une société démocratique (que cela soit au niveau d'un groupe de la communauté, ou d'un organisme national ou international), c'est de permettre à tout le monde d'avoir une compréhension claire des questions liées à l'environnement et à la biodiversité, afin de pouvoir prendre des décisions basées sur l'information. De plus, ceux qui sont en mesure de prendre des décisions, les techniciens du gouvernement, et les exploitants des ressources biologiques, ainsi que les institutions auxquelles ils ont affaire, doivent posséder de solides compétences techniques afin d'assurer une conservation rentable de la biodiversité. Des programmes d'enseignement et de formation scolaires et post-scolaires appropriés sur la biodiversité sont essentiels au succès de la conservation.

Un trait fondamental de la communication efficace de l'information est que celle-ci doit s'effectuer de manière bilatérale. Les idées scientifiques du Nord sur la biodiversité et la gestion des ressources biologiques ne représentent qu'un aspect des connaissances. Tout aussi importants sont les systèmes de connaissances autochtones qui ont produit des informations précises sur les lieux ou les ressources, et qui ont trait à l'exploitation et à la conservation des ressources biologiques (Chapitres 4 et 8).

Recommandation 11: Lier au mieux les systèmes de connaissances autochtones et modernes pour développer une compréhension plus profonde et des solutions à l'ensemble des problèmes liés à la conservation de la biodiversité.

Les connaissances autochtones sur la biodiversité et sur la gestion des ressources biologiques ont largement été ignorées dans le passé. Pourtant, les systèmes traditionnels contiennent souvent des éléments importants de connaissances sur le maintien et sur la biodiversité. Ceux qui mettent en application les activités liées à la conservation doivent respecter, comprendre, et incorporer de manière efficace et dans le cycle du projet les connaissances autochtones, ainsi que ceux qui la pratiquent. Dans l'avenir, les systèmes de conservation de la biodiversité devraient joindre les meilleurs éléments compatibles des systèmes traditionnels et modernes de gestion des ressources biologiques.

Actions:

Recommandation 12: Etendre les programmes d'enseignement scolaire et non-scolaire sur l'environnement pour y inclure des renseignements sur la biodiversité à tous les niveaux.

Les communautés rurales possèdent une compréhension intime des ressources biologiques qui les entourent. Cependant, des millions d'Africains ont grandi dans des régions urbaines ou se sont d'une manière ou d'une autre éloignés de leurs racines traditionnelles. D'autres ont passé leurs vies dans des environnements dégradés, se servant de systèmes de gestion qui ne sont plus viables. Dans la plupart des pays, les programmes d'études sont faibles dans le domaine des renseignements sur la biodiversité. Etant donné ces antécédents, un enseignement efficace sur l'environnement, qui combine le meilleur des connaissances autochtones et modernes, représente peut-ètre l'activité la plus importante de toutes pour assurer la conservation de la biodiversité à long terme.

Actions:

Recommandation 13: Offrir une formation appropriée au personnel des programmes et des projets, aux communautés, et aux particuliers.

Les projets de biodiversité sur le terrain doivent inclure des programmes de formation appropriés pour le personnel et les exploitants des ressources biologiques. Outre les compétences techniques, les institutions au niveau de la communauté et les ONG locaux ont souvent besoin d'aide pour développer des systèmes financiers et de gestion acceptables aux yeux du gouvernement ou des financiers de prêts ou de dons. Il est particulièrement important d'assurer que les membres marginalisés de la communauté participent pleinement aux programmes de formation.

Actions:

Recommandation 14: Fournir des ressources adéquates au développement des carrières des experts en matière de biodiversité dans les gouvernements africains, les ONG, et les agences de prêts et de dons.

Dans la plupart des pays africains, le travail accompli par le personnel gouvernemental dans les régions rurales ne reçoit pas la reconnaissance qu'il mérite. En fait, ceux qui demeurent dans les bureaux centraux sont souvent favorisés en ce qui concerne la promotion et la formation. Il faut fournir des impulsions pour assurer que ceux qui sont qualifiés dans la pratique de la biodiversité désirent travailler sur le terrain. Une telle motivation est de permettre au personnel d'entreprendre des stages de visite ou d'apprentissage qui soient en rapport avec l'amélioration de leurs aptitudes à travailler sur le terrain.

Ce n'est que récemment que les agences de développement internationales ont commencé à modifier leurs politiques à l'égard du personnel, afin de refléter l'importance de la biodiversité en tant qu'élément de la gestion des ressources biologiques. De nombreux autres professionnels sont indispensables à ces agences pour assurer que les pratiques de conservation appropriées soient instaurées.

Actions:

Recommandation 15: Améliorer la sensibilisation des administrateurs et des spécialistes et techniciens en matière de ressources naturelles dans les domaines qui ont trait à la biodiversité.

De nombreuses personnes qui travaillent dans les domaines de la gestion des ressources naturelles, telles que les agronomes, les forestiers, et les directeurs des régions de pâturage, sont mal informées en ce qui concerne la biodiversité. Afin d'assurer la collaboration et la coopération efficaces et nécessaires aux systèmes de conservation de la biodiversité au niveau du paysage (Chapitre 5), tout membre du personnel et administrateur de ressources naturelles doit comprendre l'importance de la biodiversité et comment elle se rapporte à divers domaines liés aux ressources naturelles.

Actions:

Recommandation 16: Incorporer des composantes de sensibilisation au sein de tous les projets basés sur le terrain et liés à la biodiversité.

Il faut de nombreuses années pour pleinement réaliser les campagnes de sensibilisation nationales. Ainsi, il est essentiel que les projets sur le terrain incorporent des activités au niveau local qui puissent atteindre tous les membres de la communauté.

Actions:

Recommandation 17: Améliorer la communication des informations relatives à la biodiversité.

Le transfert d'informations entre pays africains est généralement assez pauvre. En fait, la communication est souvent plus facile entre les capitales africaines et l'Europe ou les Etats-Unis qu'entre pays africains voisins. Ce problème est accentué encore davantage entre régions africaines, ou entre l'Afrique et les pays en voie de développement d'autres régions. Même à l'intérieur d'un pays, le succès des programmes de conservation de la biodiversité est ignoré par des communautés qui autrement souhaiteraient peut-être les imiter. Les agences internationales devraient prendre l'initiative et développer des actions visant à faciliter la communication des pays développés vers les pays en voie de développement. Les pays africains pourraient également aider en développant des institutions régionales (Chapitre 8) et situées dans le pays, qui fonctionneraient comme centres de réseaux d'informations. Les ONG pourraient bien être des institutions appropriées pour stimuler la dissémination locale d'informations.

Actions:

Recherche, surveillance, et évaluation

Les données de base, la surveillance, et l'évaluation sont fondamentaux pour comprendre les progrès en matière de conservation de la biodiversité en particulier, et le développement en général. Au niveau national, il est essentiel de comprendre les atouts et les tendances actuelles de la biodiversité. Cependant, la nécessité d'obtenir des données de base de recherche ne doit pas retarder les efforts de conservation et de développement. Un vaste éventail de renseignements est accessible dans la plupart des pays. Bien que leur qualité, quantité, et exactitude varient, il existe habituellement suffisamment de renseignements pour identifier les faiblesses importantes. Dans la plupart des cas, la recherche et ses données de base peuvent être développées dans le cadre d'un programme de mise en oeuvre.

Recommandation 18: Incorporer au sein des projets relatifs à la biodiversité des composantes efficaces de recherche, de surveillance et d'évaluation qui puissent mesurer le progrès en termes de conservation et de bien-être de la communauté.

La réussite d'un projet ne peut être évaluée sans le comparer aux données de base adéquates et obtenues grâce à une surveillance à long terme (Chapitre 9). Le succès devrait être évalué en terme de biodiversité et d'autres objectifs de développement, plutôt qu'en atteignant, par exemple, des buts de déboursements financiers ou des niveaux de formation élevés. Il est également important d'assurer que la surveillance et l'évaluation soient durables institutionnellement et financièrement au-delà de la durée du projet ou du programme.

Actions:

Recommandation 19: Développer et initier un agenda de recherche appliquée sur la biodiversité au niveau national

Actions:

Recommandation 20: Développer des programmes appropriés pour la surveillance l'évaluation et le suivi de la conservation de la biodiversité au niveau national.

Un système national et complet pour la surveillance des ressources naturelles nécessite un important investissement financier et de nombreuses capacités techniques (Chapitre 9). Là où de tels systèmes nationaux existent, il faudrait inclure des indicateurs de la biodiversité. Afin d'optimiser les résultats avec des fonds limités, il serait peut-être possible de développer des institutions régionales comprenant l'apport des pays voisins pour fournir les talents spécialisés et le matériel. Un approche moins coûteuse pourrait être d'intégrer les communautés rurales et les agences de rassemblement de données déjà en existence (telles que les services d'extension) qui utilisent régulièrement les ressources biologiques, et de former des groupes de surveillance. Un service national de surveillance serait alors principalement responsable de coordonner, compiler, analyser, et évaluer les données.

La surveillance de données est utile seulement si celles-ci sont analysées, évaluées, et présentées de manière à être utilisées par ceux qui sont en mesure d'ajuster et de corriger les activités sur le terrain. Un service national de surveillance doit être capable de disséminer les informations étudiées, de manière appropriée, à ceux qui pourront en bénéficier.

Il faut du temps pour développer des systèmes efficaces de recherche, de surveillance, et d'évaluation au niveau national. Cependant, les projets devraient tenir compte des systèmes nationaux et compatibles qui sont déjà en existence ou en train d'être développés dans les domaines de la recherche, de la surveillance, et de l'évaluation.

Actions:

Coopérations régionale et internationale

La plupart des actions recommandées qui suivent ont trait à la communauté internationale et à ses rapports avec les nations africaines. Cela n'exclut toutefois pas la possibilité et le désir d'établir des initiatives de mesures provenant du niveau local.

Recommandation 21: Les pays africains et la communauté internationale devraient adopter des mesures précises qui favorisent la conservation de la biodiversité.

Plusieurs traités et conventions importantes liées à la biodiversité ont été rédigés aux cours des dernières années (Chapitre 6). Les récentes "Convention sur la Diversité Biologique" et "Convention Africaine" sont particulièrement importantes. La plupart de ces mécanismes présentent des problèmes de formulation et de mise en application qui sont encore discutés. Néanmoins, les membres africains sont importants pour assurer la protection de la biodiversité et pour exprimer une voix aux révisions futures de ces conventions.

Les subventions, plutôt que les prêts, devraient constituer les moyens d'assistance principaux aux activités de conservation de la biodiversité dans les pays les plus pauvres. Les mécanismes de financement possibles comprennent l'indulgence envers la dette, les fonds en fidéicommis et les fondations, les projets à long terme, les échanges dette-nature, et la Global Environmental Facility (Chapitre 6).

Les politiques économiques à court terme entrent souvent en conflit avec les objectifs à long terme de la gestion durable des ressources biologiques. Par exemple, des modifications structurelles peuvent avoir des conséquences néfastes à la biodiversité (Chapitre 9). Les politiques internationales qui augmentent la pauvreté rurale tendent également à miner la biodiversité.

Les termes de commerce internationaux opèrent clairement au détriment des producteurs primaires ruraux en Afrique. Les désastres naturels ou induits par l'être humain tels que la sécheresse, la guerre, les changements climatiques et la famine ont également des influences négatives sur la biodiversité, outre le nombre épouvantable de victimes humaines.

Actions:

Recommandation 22: Développer des mesures et des institutions régionales de coopération qui renforcent les efforts de conservation de la biodiversité.

La biodiversité et autres questions écologiques ne coïncident pas avec les frontières internationales. L'introduction de poissons exotiques dans les eaux internationales a des répercussions sur la biodiversité aquatique des états voisins. Le déboisement ou la pollution qui ont lieu en amont peuvent avoir des conséquences adverses sur les écosystèmes des pays en aval.

Les institutions spécialisées exerçant certaines fonctions (telles que la taxonomie, les systèmes de connaissances traditionnelles, la détection à distance), la formation, et les services consultatifs n'ont pas besoin d'être reproduits à grands frais dans tous les pays africains. Des institutions régionales, établies par consentement mutuel entre les groupes de pays voisins, pourraient être créées ou celles qui existent déjà pourraient être renforcées. Ces institutions devraient être des centres pratiques, modestes, et dirigées vers le peuple. Les écoles de formation sur la gestion de la flore et de la faune, situées à Mweka, en Tanzanie, et à Garoua, au Cameroun, sont des modèles convenables à l'échelle et à l'orientation requises.

Actions:

continue