CHAPITRE TROIS

VALEURS AYANT TRAIT A LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE

Le sujet

Les êtres humains apprécient les ressources biologiques de manières différentes: spirituellement, économiquement, esthétiquement, culturellement, et scientifiquement. Les valeurs qu'on attache peuvent également être influencées par des perspectives différentes situées au niveau local, national, ou international. Les valeurs collectives et individuelles peuvent, à leur tour, influencer les tendances touchant à l'exploitation des ressources naturelles, pour former le fondement de la conservation de la biodiversité.

Le concept de valeur englobe tout un univers de normes sociales et d'attitudes individuelles, qui peuvent toutes jouer un rôle dans la conservation de la biodiversité. Les planificateurs et les décideurs ont besoin de techniques pour clarifier et évaluer les différences de valeurs liées à la conservation de la biodiversité. Cependant, l'étude empirique des valeurs ayant trait à la conservation de la biodiversité se limite généralement à l'heure actuelle à l'analyse micro-économique, étant donné que d'autres disciplines ont été lentes à développer des techniques convenables.

Valeurs et niveaux d'analyse

Les valeurs attachées à la biodiversité peuvent différer au niveau local, national, et international. La conservation de la biodiversité touche directement les résidents locaux, pour qui les ressources biologiques représentent la source principale de vie, de médicaments, et de valeurs spirituelles. Les états-nations peuvent également exprimer la valeur qu'ils attachent aux ressources biologiques, souvent en rapport avec les avantages économiques provenant de l'exploitation des ressources biologiques - que celle-ci soit liée à la consommation (abattage de bois, chasse) ou non (tourisme). La conservation de la biodiversité est également devenue une question internationale, basée sur un souci mondial de maintenir la richesse des espèces existant sur la terre, et exprimée en terme de patrimoine commun à tous les êtres humains (Johnson, en prép.). Les divergences d'opinions en ce qui concerne les valeurs peuvent être difficiles à réconcilier. Il est important de pouvoir clarifier les différentes valeurs qui sont à la base des prises de position des divers côtés d'une question donnée relative à la biodiversité, et de comprendre comment ces valeurs peuvent influencer le désir d'adopter différents modèles d'exploitation de ressources ou de parvenir à des compromis.

Les divergences d'opinions en ce qui concerne les valeurs dépendent souvent du rapport avec la ressource en question. Pour les résidents locaux, une certaine ressource biologique peut représenter une activité économique essentielle tout en étant importante pour des raisons culturelles ou religieuses. Si d'autres options ou remplacements ne sont pas facilement accessibles, s'ils coûtent trop cher, ou s'ils ne sont pas acceptables, les exploitants des ressources naturelles défendront sans doute vigoureusement leur droit d'accès (voir tableau 8).

Au niveau international, la protection d'une ressource donnée peut se justifier par associations symboliques, ou bien parce qu'elle joue un rôle important dans l'ensemble de l'environnement, ou bien pour les deux raisons citées ci-dessus. Par exemple, la forêt tropicale du bassin de l'Amazone remplit une fonction qui influe sur le climat mondial, et pour beaucoup son déboisement est devenu un symbole de destruction irresponsable de ressources. Souvent, on dit que ces facteurs dépassent les avantages tirés de l'exploitation au niveau des individus, des entreprises, ou des nations. De ce point de vue, on pourrait penser que ceux qui sont directement responsables de l'exploitation des ressources naturelles pourraient modifier leur comportement en faveur de tendances moins nuisibles, un processus qui, dit-on souvent, nécessite un changement de valeurs, d'attitudes, ou de morale envers l'environnement (Nelson 1979).

En général, les changements de tendances concernant l'exploitation des ressources locales sont plus facilement préconisés quand on se déplace du niveau local au niveau national ou international. Bien que la tâche de trouver des alternatives incombe souvent aux résidents locaux, beaucoup des avantages ("valeur d'option", "valeur d'existence", et certains services écologiques) se répartissent à tous les niveaux.

Méthodes d'étude des valeurs

Dans le sens sociologique, les valeurs sont "les suppositions abstraites et souvent inconscientes de ce qui est juste et important" (Rodgers et Burdge 1972). Un système de valeurs est "un système de valeurs, de normes, ou de buts établis qui existent dans une société" (Webster 1986). Les valeurs représentent un phénomène social et culturel, et leur influence sur la conservation de la biodiversité peut être subtile et difficile à vérifier. Les questions ayant trait à l'environnement et à la conservation sont souvent classifiées de conflits de valeurs (Petulla 1980). Les articles publiés sur la conservation mentionnent souvent le besoin de changer les valeurs.

Les valeurs attachées à l'environnement ou les attitudes envers la nature - ainsi que les valeurs concernant la richesse, la postérité, et le développement - peuvent se refléter par diverses tendances d'exploitation des ressources. Elles peuvent également indiquer d'éventuels conflits là où les valeurs et les actions sont en contradiction, ou là où les systèmes de valeurs de divers groupes sont en désaccord. Trois niveaux d'analyse peuvent être employés pour étudier les valeurs: (1) les expressions individuelles des obligations de chacun envers ses valeurs, (2) le comportement du groupe qui reflète des valeurs sous-jacentes, et (3) l'expression culturelle à travers l'art, la littérature, ou autres formes symboliques qui révèlent les valeurs (Means 1969).

En principe, l'étude de ces valeurs devrait s'effectuer de façon multiculturelle ainsi qu'interdisciplinaire, mais en pratique les techniques les plus répandues sont celles des économistes. Les valeurs économiques associées à la biodiversité peuvent se mesurer par le prix qu'on serait prêt à payer pour obtenir divers attributs ou fonctions de cette diversité, ou par ce qu'on accepterait en compensation de leur perte (Randall 1988). Cependant, il est difficile de dresser un lien entre les systèmes de valeurs et les transactions économiques concernant les ressources biologiques, et de nombreuses valeurs importantes peuvent se perdre ou être obscurcies en cours du processus.

Cela est dû en partie au fait que l'économie néoclassique suppose que les gens attachent de la valeur à quelque chose pour des raisons privées et rationnelles (Randall 1988). Par conséquent, l'analyse économique prend au pied de la lettre les déclarations individuelles concernant l'utilité et les préférences. En ce sens, l'économie est une discipline individualiste, traitant la société en tant qu'ensemble arithmétique d'individus, ou en tant que "consommateurs souverains". La dynamique des groupes et les valeurs collectives ou nationales ne sont pas des sujets qui se prêtent à l'analyse économique.

L'étude des valeurs reflète les limites arbitraires de diverses disciplines comprises dans le domaine des sciences sociales. L'anthropologue Cyril Belshaw a décrit comment ce problème entrave l'application de l'analyse des sciences sociales à la création de mesures au niveau de la politique nationale:

Une grande partie des questions touchant à la vie de la famille peuvent et devraient être considérées en termes de la structure des relations sociales (sociologie et anthropologie), de la création de valeurs (anthropologie et éducation), de l'analyse des groupes de petite taille (psychologie sociale), des interactions du pouvoir (science politique), du choix des fins et des moyens (économie), des influences antérieures (histoire), du statut juridique (sociologie et droit), de l'influence et de l'importance de l'espace relatif aux relations sociales (géographie), et de l'application des modèles mathématiques - tels que l'analyse de systèmes, la programmation linéaire, etc. - dispersée à travers toutes les disciplines (Belshaw 1976).

La plupart des techniques discutées ci-dessus ont été développées par des économistes, et sont utilisées pour évaluer des projets financés par l'état (par exemple, un nouveau barrage, un aéroport, ou la création d'un parc national). Ces techniques, qui peuvent être très complexes, durent longtemps et par conséquent coûtent cher, fournissent une "vue instantanée" des valeurs et des préférences saisies au moment de l'analyse. Peu de techniques existent à l'heure actuelle pour surveiller et évaluer les valeurs sur une période de temps, ni pour les appliquer à des situations politiques ou administratives plus vastes, bien que ces dernières se rapportent peut-être davantage à la conservation de la biodiversité en Afrique.

Tableau 8. Conflits de valeurs: l'embargo sur le commerce de l'ivoire

La controverse actuelle sur la gestion des éléphants en Afrique illustre clairement un conflit de valeurs. Pour plusieurs pays d'Afrique australe, l'éléphant constitue une ressource économique susceptible d'être gérée de manière durable. D'autres membres de la communauté internationale soutiennent que les éléphants possèdent un statut spécial parmi les espèces du monde et qu'ils ne devraient pas être exploités par l'être humain.

La Convention sur le Commerce International des Espèces en Voie d'Extinction (CITES) gouverne le commerce mondial des espèces en voie de disparition en interdisant ou réglementant le commerce de certaines espèces ou populations, basé principalement sur le niveau de menace qu'elles subissent. A travers le monde, 113 pays sont signataires de ce traité (Groombridge 1992), y compris 34 des 48 pays africains situés au sud du Sahara (Stuart, Adams, et Jenkins 1990). L'éléphant africain est actuellement inscrit à l'Appendice I de la CITES, interdisant effectivement tout commerce international de l'ivoire. Cependant, plusieurs pays en Afrique australe ont proposé une reprise du commerce de l'ivoire et d'autres produits provenant de l'éléphant dans les pays où la taille des troupeaux augmente due au succès marqué par le contrôle des braconniers. Selon ces pays, l'augmentation des revenus engendres par les secteurs de la flore et de la faune, par l'intermédiaire de la vente contrôlée de l'ivoire, inciterait considérablement les populations locales à participer à la gestion et à la protection de cette ressource. La politique actuelle de la CITES restreint quiconque de bénéficier économiquement du succès de la gestion, ce qui pourrait éventuellement provoquer des répercussions sous forme de perte d'habitat, de braconnage pour la viande, de contrôle de pertes agricoles, et pour d'autres raisons. De plus, à cause de l'extrême sécheresse de la région, un grand nombre d'éléphants mourront probablement de faim, et, selon ces pays, une réponse humaine à cette question serait de permettre la vente contrôlée de l'ivoire, sous stricte surveillance.

Cependant, la communauté internationale et d'autres pays africains adoptent un point de vue différent. Selon ces derniers, certains des pays partisans de lever l'embargo de la CITES n'ont ni convenablement géré leurs populations d'éléphants, ni éliminé le braconnage. Dans de nombreux cas, on ne peut pas se fier aux estimations sur les tailles des troupeaux, et l'argument évoquant la mort probable de beaucoup d'éléphants est basé sur des recherches insuffisantes. De plus, même l'action de lever l'embargo de manière limitée entraînerait une nette hausse du prix mondial de l'ivoire, stimulant une reprise du braconnage et du commerce illégal, accompagnée du risque que cela pourrait également avoir des conséquences sur les autres espèces en voie d'extinction. Dans le passé, l'éléphant africain figurait à l'Appendice II de la CITES, signifiant qu'un commerce contrôlé de l'ivoire était permis, et que des tentatives visant à introduire des quotas durables avaient été faites. Ces quotas n'ont jamais été mis en vigueur de manière efficace, et l'éléphant africain fut éventuellement transféré à l'Appendice I, où il demeure actuellement (Groombridge 1992).

Il n'a pas été possible de trouver de solution à ce dilemme, en partie dû au fait que les vues divergentes sont basées sur des valeurs différentes. Les partisans de la production et de la vente contrôlée de l'ivoire estiment que cette activité devrait être traitée comme toute autre forme d'exploitation de ressources naturelles: sous les conditions imposées par une gestion durable, et étant donné l'application de techniques humaines, pourquoi y aurait-il opposition à l'exploitation de cette ressource particulière? Ils soutiennent que l'échec précédent du système de la gestion des quotas pour l'éléphant africain pourrait être redressé en instituant un régime de gestion plus efficace.

D'autre part, certains membres de la communauté internationale pour la conservation considèrent le commerce de l'ivoire avec répugnance, semblable à celle qu'évoque la pêche à la baleine ou l'industrie de la fourrure. Certaines espèces de flore et de faune, telles que l'éléphant, ont atteint un statut spécial dans ce système de valeurs qui ne permet, sous aucune circonstance, l'exploitation par l'être humain.

De plus, en pratique, ces techniques sont souvent appliquées de manière plutôt simpliste, ignorant certains facteurs sociaux et autres qui ne sont pas facilement quantifiés. Par conséquent, les décisions prises par les projets ont souvent été basées sur de fausses suppositions, et les résultats obtenus par les techniques micro-économiques à l'égard des décisions politiques ont été, au mieux, variables.

Evaluation économique de la biodiversité

Les actions qui produisent des changements dans le bien-être collectif peuvent être évaluées par analyses coûts-avantages (ACA), pour déterminer leur effet sur le rendement économique (Hyman et Stiftel 1988). Ceci s'effectue en comparant les tendances de coûts et d'avantages sur une période de temps, ajusté par un taux de réduction souvent défini comme étant le coût d'amortissement du capital. Les prix du marché peuvent être ajustés pour compenser les imperfections du marché, ou pour refléter les objectifs politiques ou sociaux. Ainsi, les prix fantômes et les taux de réduction sociaux élargissent l'analyse financière, en comprenant les avantages qui n'apparaissent pas au niveau du marché, et en soulignant les conséquences pour l'ensemble de la société plutôt que pour les individus ou les firmes (Hufschmidt, et al.1983). Par exemple, les avantages de la protection de la ligne de partage des eaux peuvent être estimés, incorporant les services écologiques au sein de l'analyse. Un taux social sur la préférence en matière de temps, qui diffère du coût d'amortissement du capital, peut également être choisi pour appuyer les soucis de la société envers le bien-être des générations futures (Pearce, Barbier, et Markandya 1990).

Une ACA étendue sur le Parc National de Korup, au Cameroun, démontre que la perte de services écologiques, telle que la protection de la ligne de partage des eaux, peut fournir une justification économique pour arrêter le déboisement (WWF-UK 1989). Une analyse de la région de la plaine inondable d'Hadejia-Jama', dans le nord du Nigéria, montre également que les rendements de l'agriculture, de la pêche, et du ramassage du bois combustible dépassaient ceux qui avaient été proposés par le développement en amont (Aylward et Barbier 1992). Aylward et Barbier ont également proposé que l'attribut de la diversité biologique devrait être davantage souligné dans l'analyse économique des services écologiques (Aylward et Barbier 1992).

Lorsqu'il n'est pas possible de quantifier les avantages, on pourra effectuer une analyse de rentabilité pour sélectionner le choix le moins coûteux à partir d'une gamme de choix qui parviennent tous au même but (Dixon et Sherman 1990). Si un niveau donné de biodiversité pouvait être choisi pour la conservation dans un cas précis, une analyse de rentabilité pourrait indiquer les moyens les plus économiques d'atteindre ce niveau de conservation, sans être obligé d'identifier et de quantifier tous les avantages appropriés en terme de valeur d'option, de valeur d'existence, et ainsi de suite. Dans les cas où on choisissait une approche de "niveau mininum sûr" vis-à-vis de la conservation de la biodiversité (Randall 1988), une analyse de rentabilité pourrait être une technique appropriée pour étudier les options. De même, lorsque la quantification est difficile et les analystes ne sont pas d'accord sur les mesures précises, les valeurs de limites inférieures peuvent souvent fournir une base suffisante pour la prise de décision (Hyman et Stiftel 1988).

Diverses techniques indirectes sont également disponibles pour analyser les valeurs écologiques qui n'apparaissent pas dans le marché. Parmi celles-ci figurent les sondages, les enchères, et autres techniques où figurent des participants-observateurs, pour étudier les préférences de ceux qui seraient touchés par les projets de développement proposés (Hyman et Stiftel 1988; Hufschmidt, et al. 1983). Beaucoup de techniques ont été développées avec l'appui des analyses de l'effet sur l'environnement dans les pays industrialisés, et la plupart d'entre elles sont fondées sur la théorie micro-économique, bien que certains déclarent également s'être servi de la théorie de l'information ou de la décision, de la psychologie sociale, ou d'autres disciplines (Hyman et Stiftel 1988). A l'aide de ces techniques, les options écologiques peuvent être empiriquement analysées même en présence de conflits de valeurs (Nelson 1979). Cependant, de telles méthodologies peuvent être sujettes à plusieurs sources manquant d'objectivité (Hyman 1981), et la façon dont elles s'appliqueraient aux problèmes de la conservation de la biodiversité en Afrique au sud du Sahara n'est pas évidente.

Changement de valeurs et biodiversité

Les valeurs et les systèmes de valeurs peuvent influencer la manière dont les ressources naturelles sont exploitées et abusées, conservées ou gaspillées. Ces tendances peuvent changer au cours d'une période de temps donnée, et d'autres tendances peuvent également influencer le rapport entre les valeurs et l'exploitation des ressources. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, l'exploitation des ressources naturelles nuisait peu à la biodiversité, en partie à cause de la faible densité démographique. De plus, ces sociétés entretenaient des systèmes de croyances et des normes sociales qui encourageaient ou même imposaient des limites à l'exploitation. Certains des mécanismes par lesquels ces valeurs étaient exprimées comprenaient la fermeture saisonnière de la chasse ou la mise de côté de certaines régions à l'intention exclusive du roi ou d'autres dirigeants (Musonda 1987).

Les changements économiques, l'accroissement de la population, et d'autres facteurs, ont causé des bouleversements d'une portée considérable aux tendances traditionnelles. On accuse en particulier l'urbanisation comme étant responsable des changements de styles de vie et de systèmes de valeurs, et de l'éloignement des rapports ordinaires entre l'être humain et la nature. Même dans les régions rurales, le rôle grandissant des gouvernements nationaux a déplacé les responsabilités traditionnelles envers l'allocation et la gestion des ressources (Little et Brokensha 1987).

Dans la région qui est actuellement la Zambie, le chitemene, ou système de culture itinérante, représente depuis des siècles, sinon plus, un système de production stable et durable (voir Tableau 3, Chapitre 1). Dépendant de la biomasse forestière pour l'obtention d'engrais naturel, le système du chitemene était écologiquement durable pour de faibles densités de population. Cependant, pour les densités supérieures à environ trois personnes par kilomètre carré, il peut se produire un déboisement lorsque la biomasse forestière devient surexploitée et quand les périodes de jachères deviennent trop courtes pour permettre une régénération naturelle (Chidumayo, en prép.).

De telles méthodes de production, ainsi que les valeurs qui sont à leur base et qui les renforcent, étaient autrefois bien adaptées aux conditions locales, mais dans certains cas au moins, deviennent à présent désuètes et entravent peut-être même la productivité. L'un des problèmes les plus urgents des nations africaines est la façon dont elles devront conserver les meilleurs attributs de leurs sociétés traditionnelles tout en faisant face à une modernisation et à une urbanisation rapides. Aussi difficile que ce défi puisse être, il s'avère néanmoins nécessaire car les valeurs et les méthodes modernes ont prouvé, dans de nombreux cas, qu'elles étaient considérablement nuisibles à la biodiversité et qu'elles étaient incapables de fournir des niveaux de vie acceptables à de nombreux Africains.

Dû à la composition éthnique riche et variée des sociétés africaines au sud du Sahara, les généralisations ayant pour sujet les valeurs et les systèmes de valeurs "africains" peuvent être trompeuses. De telles généralisations ne sont souvent que des stéréotypes simplistes qui n'éclairent point les distinctions et les subtilités importantes. Ainsi, en tant que base de recommandations politiques, la recherche des valeurs traditionnelles susceptibles de renforcer la conservation de la biodiversité doit éviter de comparer les sociétés africaines les unes aux autres ou aux sociétés non-africaines. Il s'agit plutôt d'évaluer les différentes manières dont les pratiques culturelles et les systèmes de valeurs ont favorisé la conservation dans des endroits précis, et d'étudier comment de tels cas pourraient être encouragés, renforcés, et reproduits de façon appropriée.

Les forêts sacrées du Ghana offrent un exemple des avantages tangibles de la conservation, résultant de l'observance continue des croyances traditionnelles. Egalement au Ghana, les tabous ont exercé une influence restrictive sur la pisciculture de certaines espèces de poissons ou de mollusques dans les lagunes sacrées. Ces cas-ci, ainsi que d'autres, sont discutés au Chapitre 4, accompagnés de suggestions pour mieux comprendre les idées autochtones et pour les appliquer à la conservation de la biodiversité (voir Tableau 9). Bien que des études anthropologiques considérables aient été effectuées sur les systèmes de croyance et les pratiques agricoles en Afrique au sud du Sahara, davantage de recherche qui se pencherait explicitement sur le rôle de la biodiversité au sein des systèmes traditionnels est nécessaire.

Les changements de valeurs dépendent peut-être aussi, à un certain point, d'une connaissance et d'une compréhension accrues de l'exploitation des ressources biologiques et des systèmes écologiques où ces ressources sont obtenues. Quand la connaissance d'une nouvelle utilisation importante d'une ressource est reconnue, sa valeur augmente souvent. Par exemple, le bienfait de certaines plantes pour le développement de médicaments, ou en tant que sources génétiques de nouvelles variétés de récoltes, a augmenté leur valeur à tous les niveaux de la société. De même, la valeur de certaines fonctions écologiques augmente au fur et à mesure que le niveau de compréhension augmente, tel que la valeur des forêts intactes pour la gestion des lignes de partage des eaux vis-à-vis de l'agriculture locale et de la stabilisation du climat sur des régions entières. Ce lien entre les changements de valeurs et l'éducation ou l'augmentation de la sensibilisation sera développé davantage au Chapitre 8.

Valeurs et développement durable

Pour que le développement devienne durable en Afrique, le taux de perte de biodiversité actuel doit être maîtrisé. L'adaptation de certains aspects des systèmes de productions africains traditionnels aux conditions actuelles peut constituer un moyen pratique d'accomplir ce but. Dans ce sens, il est important de souligner les systèmes de valeurs africains traditionnels, ainsi que les rôles spécialisés des producteurs et des pourvoyeurs de connaissances au sujet des systèmes survivants de la biodiversité. En fait, ces systèmes et ces rôles traditionnels sont peut-être aussi importants que les techniques de conservations spécifiques pour aider à renverser les tendances actuelles de destruction de la biodiversité. Cependant, ces systèmes de valeurs doivent également être capables de fonctionner au sein des sociétés qui changent et qui s'industrialisent rapidement. Il n'est pourtant pas facile de modifier ou de joindre les aspects des systèmes de valeurs traditionnels et modernes, et il n'est pas évident de déterminer qui devrait en assumer la responsabilité. De plus, il est certain que de meilleurs outils pour analyser de manière empirique les valeurs et leur rapport à la conservation de la biodiversité sont nécessaires.

Il est important de se rappeler que les valeurs africaines ne sont pas statiques. Des valeurs modernes ou contemporaines, aussi bien que traditionnelles, existent aujourd'hui en Afrique, et l'on ne devrait pas présumer que tout changement s'effectuera dans la même direction, du "traditionnel" vers le "moderne". On ne peut pas prescrire des systèmes de valeurs compatibles avec le développement durable. Ils doivent émerger par le biais de la participation locale et en respectant les croyances et les pratiques traditionnelles qui ont conservé la biodiversité de manière rentable pendant des siècles. De ce point de vue, la grande diversité ethnique de l'Afrique constitue l'un de ses atouts les plus importants. Chaque culture distincte représente une "solution" humaine unique aux défis lancés par la vie dans une zone écologique particulière, et pourtant ces connaissances - et les valeurs qui en sont à la base - commencent à peine à être reconnues dans ce processus de développement. Ces facteurs seront discutés dans le Chapitre 4.

Tableau 9. Les valeurs de la biodiversité au Ghana

Pour les Africains occidentaux, l'importance des forêts, de la flore et la faune, est bien documentée. Les produits de la forêt et les animaux sauvages fournissent de précieuses sources de revenus, d'alimentation, de matériel de construction, et de nombreux outils de maison. Au Ghana, l'industrie du bois se place au troisième rang des revenus des changes étrangers après le cacao et l'or, représentant plus de 4,5 % du PIB (GEPC 1991; lIED 1992). Les produits de la forêt et la flore et la faune contribuent encore beaucoup plus aux moyens d'existence du Ghanéen rural. Une étude des perceptions et des valeurs envers les forêts et la flore et la faune dans quatre communautés villageoises à proximité des réserves forestières/naturelles au Ghana occidental révèle que la flore et la faune sont considérablement prisées en tant que ressources alimentaires et sources de revenus, et que les forêts sont grandement appréciées à cause du maintien qu'elles apportent à la stabilité écologique, et en tant que source de bois, de terres agricoles, et de nourriture (Tables 5 et 6). Plusieurs espèces d'animaux sauvages sont considérés comme symboles de l'identité culturelle des populations, et un nombre important d'espèces animales et végétales sont utilisées pour produire des médicaments pour traiter toutes sortes de maladies.

Table 5. Valeur des animaux sauvages pour les conununautés vivant à proximité des réserves forestières/naturelles au Ghana occidental

 

Valeur Score % Total
Source d'alimentation 257 53
Génération directe de revenu 92 19
Culturelle 48 10
Détente/esthétique 38 8
Maintien de la stabilité de l'environnement/écologique 17 4
Médicinale 17 4
Educative/scientifique 12 2
Total 481 100

Plus de 90 pour cent des 334 répondants considèrent que l'établissement de zones protégées par le gouvernement central constituait un pas utile, et ils estiment qu'il ne resterait plus de forêts primaires dans la région si le gouvernement n'avait pas pris de mesures pour établir des réserves. 97 pour cent des personnes interrogées étaient partisans de la protection des animaux sauvages. Ils ont souligné le besoin de protéger les espèces qui ne sont pas très prolifiques, mais ont protesté contre la protection des espèces considérées comme nuisibles aux récoltes, ainsi que les espèces perçues comme étant dangereuses à la vie humaine.

Il est certain que les ressources de la flore et de la faune sont énormément importantes pour les Ghanéens ruraux. Il est aussi clair que les populations apprécient le besoin de protection et le rôle des zones protégées. Elles sont habituées au concept de la préservation de la forêt et de l'exploitation durable des ressources. Malgré tout cela, les communautés vivant à proximité des réserves continuent à manifester leur antagonisme envers les activités protectives des agences gouvernementales. Les rapports entre les habitants des communautés étudiées au Ghana occidental et le personnel du service de la flore et de la faune sont particulièrement tendus. La pression exercée sur les zones protégées provenant de l'empiétement de la population locale continue à augmenter, et les conflits entraînent souvent des attaques sur le personnel.

(...à suivre)

Table 6. Valeur des forêts pour les communautés vivant à proximité des réserves forestières/naturelles au Ghana occidental

 

Valeur Score % Total
Maintien de la stabilité de l'environnement/écologique 173 27
Source de bois 171 27
Source de terre pour l'agriculture 118 18
Source de nourriture 76 12
Source d'instruments fonctionnels 57 9
Médicinale 26 4
Génération directe de revenus 17 3
Culturelle 1 -
Total 639 100


La question qui émerge est pourquoi ces populations continuent-t-elles à détruire les forêts et à surexploiter les ressources forestières qui sont si essentielles à leur propre survie, et pourquoi demeurent-elles antagonistes envers un système qui tente de conserver ces ressources. Six facteurs principaux peuvent être identifiés qui expliquent pourquoi ces populations militent contre la gestion des zones protégées, et qui sont à la base de la pression continue exercée sur la forêt, et de l'antagonisme et des conflits entre les populations locales et les représentants de la conservation. Ceux-ci sont:

Il est clair que des questions aussi fondamentales que celles-ci doivent être examinées, non seulement au Ghana mais dans l'Afrique toute entière, afin de créer un système de zones protégées que les populations pourront accepter, et qui se maintiendra pour assurer la survie des ressources biologiques en Afrique pour le monde entier.
- Ntiamoa-Baidu, en prép.


CHAPITRE QUATRE

CONNAISSANCES AUTOCHTONES ET BIODIVERSITE

Le sujet

La dégradation de l'environnement et la perte de biodiversité en Afrique sont le résultat de divers facteurs, comprenant, et peut-être de façon la plus importante, le fait d'avoir manqué de reconnaître, de comprendre, et d'utiliser les connaissances, les technologies, et les pratiques autochtones à l'Afrique. Les connaissances et les compétences développées par les Africains au cours de milliers d'années d'adaptation et de manipulation de leur terre, de leur flore et de leur faune, constituent une ressource inestimable. Les connaissances et les compétences autochtones sont les ressources clef qui devraient être utilisées conjointement avec leurs équivalents du Nord afin d'élaborer des programmes de conservation de la biodiversité qui soient durables.

De nombreux aspects de la biodiversité et de sa conservation se trouvent gravés dans les taxonomies, les méthodes de production alimentaire, et les religions autochtones. L'attention prêtée à la diversité des espèces se reflète dans la classification hautement détaillée des espèces animales et végétales. Le souci de maintenir et de développer la diversité des variétés cultivées et des troupeaux est bien documentée par de nombreuses populations. Enfin, les concepts affirmant un équilibre écologique ou une interdépendance entre la vie des êtres humains, des plantes, et des animaux peuvent être relevés dans de nombreuses religions autochtones.

Respecter les connaissances autochtones

La reconnaissance des connaissances autochtones constitue la première étape de l'évaluation et de l'utilisation sélective de ces connaissances dans les programmes de conservation de la biodiversité. Les connaissances autochtones sont disponibles depuis longtemps, mais jusqu'à recemment, une grande partie de ces renseignements a été vastement ignorée pour diverses raisons:

Les connaissances autochtones de la flore

Les espèces cultivées

La diversité des variétés cultivées est hautement appréciée par les cultivateurs africains. Dans le bassin du fleuve Zaïre, on rapporte que les cultivateurs ont planté 60 variétés cultivées différentes dans leurs champs, et qu'il était courant de trouver des champs contenant plus de 30 variétés cultivées (Miracle 1967). En Afrique occidentale, il se peut que les cultivateurs de riz individuels plantent 8 à 10 variétés différentes par ferme, en veillant à ce que les types de riz correspondent aux conditions spécifiques de l'humidité du sol (voir Tableau 10). A n'importe quel moment donné, un seul village peut utiliser entre 25 et 50 variétés de riz (Richards 1985). En Afrique orientale, les Bukusus s'alimentent de plus d'une centaine de fruits et de légumes différents provenant d'au moins 70 genres (Juma 1989).

Les cultivateurs africains soulignent davantage la diversité et la sûreté de leur nourriture qu'un rendement élevé de l'exploitation de leurs ressources. Leurs techniques comprennent l'exploitation judicieuse des espèces agricoles et de la diversité des variétés cultivées, les périodes de semailles et de moissons échelonnées sur le temps, la polyculture et l'alternance des produits agricoles et des variétés cultivées sur le même terrain, et la semaille de cultures dispersées sur divers microenvironnements. Ils possèdent également de nombreuses techniques pour contrôler les insectes. Les cultivateurs pratiquent l'interculture pour stabiliser les fluctuations de rendements, pour faciliter le contrôle des animaux et des insectes nuisibles, des mauvaises herbes et des maladies, pour fournir un recouvrement de la terre plus durable que les monocultures, et pour optimiser l'humidité du sol pour le rendement agricole.

Les Dogons du Mali créent d'importants tas de compost, et travaillent et modifient avec soin la structure et la qualité de leurs sols. Ils plantent et font également pousser des bosquets d'une des variétés de l'Acacia, qui enrichit le sol et dont les feuilles servent de fourrage et ombragent leurs récoltes. Ces techniques leur ont permis de vivre continuellement dans certaines régions du Mail depuis des siècles.

De nombreuses techniques qui autrefois étaient qualifiées de "primitives" se sont fait valoir par les sciences modernes du sol, et en particulier celles qui sont associées aux cultures itinérantes. En ne défrichant pas entièrement les champs, et en y laissant des souches et quelques grands arbres, le système des racines demeure intact pour permettre au sol de se fixer au moment des pluies, réduisant ainsi les risques d'érosion. Un autre exemple de pratiques traditionnelles appropriées, l'ancienne technique de labourage en surface, a plus récemment acquis le nom de "labourage minimum" (Lal 1979). C'est une technique supérieure, en particulier dans le cas des sols de faible qualité et à pluies intenses. Après 30 ans d'essais, les agronomes belges ont enfin conclu que la technique consistant à "couper et brûler" était la meilleure méthode de défrichement et de culture. L'incendie, dans les zones forestières, enrichit le sol de manière plus efficace que l'entassement de compost vert.

Tableau 10. Cultiver la biodiversité en Afrique occidentale

Les cultivateurs africains ont développé des techniques qui ont tendance à "suivre plutôt qu'à outrepasser la diversité naturelle" (Richards 1979). Dans la zone d'escarpement accidentée de la Sierra Leone, les cultivateurs Mendés ont innové le mélange de riziculture de riz sec dans les régions élevées, et de riz mouillé dans les régions plus basses. Ils distinguent soigneusement entre les sols rocailleux (koti) et pierreux (ngoye) des pentes situées sur les hauteurs, ainsi qu'entre les sols limoneux (tumu), sablonneux (nganya) ou mixtes (kotindumu) des pentes moins élevées, et enfin entre les sols marécageux (potopoto) et hydromorphiques au bas des vallées. Ces derniers sont encore subdivisés en prairies saisonnièrement inondées (bâti), en marécages "peu profonds" des saisons de pluie (kpete), ou en marécages "profonds" et détrempés de façon permanente (yenge gbete).

On associe de près les variétés de riz aux types de sol. On plante du riz à durée moyenne sur le gravier des pentes plus élevées, du riz qui mûrit vite sur les pentes limoneuses moins élevées, et des variétés à longue durée marécageuses dans le fond des vallées. Ainsi, la diversité des variétés cultivées correspond soigneusement à la diversité naturelle du paysage.

Les Mendés font de nombreuses expériences avec leurs réserves de variétés cultivées et tâchent d'en créer de nouvelles. En 1983, un chercheur a rencontré un cultivateur qui faisait des essais avec du matériel extrait d'une récolte antérieure de riz mûrissant vite, appelé jewule. Il sélectionnait pour obtenir du riz à longue barbe et à longues glumes extérieures, qui sont des traits que les livres cherchent généralement à éliminer. Cependant, les agriculteurs locaux considéraient ces propriétés comme désirables car elles fourniraient un moyen de protection contre les oiseaux, fortement nuisibles au riz qui mûrit vite.

De telles traditions d'expérimentation ne se limitent pas uniquement aux Mendés, et elles ne sont pas nouvelles. La propagation de nouvelles variétés de riz à partir de sélections des rizières des agriculteurs de la région de Scarcies en Sierra Leone avait été signalée par un représentant agricole colonial en 1938 (Glanville 1938). Il remarqua également l'adoption volontaire de la technique de transplantation de graines par les groupes voisins, et l'invention indépendante d'un instrument fourchu pour planter les graines transplantées. La culture autochtone du riz en rizière inondée fut si adaptée à son environnement qu'un agriculteur venu des Indes, envoyé par le bureau colonial en 1922 pour enseigner aux agriculteurs locaux les techniques asiatiques supérieures, rapporta que les rendements des agriculteurs locaux dépassaient déjà de loin ceux de Madras. Il déclara qu'il n'avait rien à conseiller que les agriculteurs ne connaissaient pas et ne pratiquaient pas déjà (Richards 1985).

Autres variétés de flore

Les plantes sauvages sont de précieuses sources de nourriture et de médicaments, et elles servent à de nombreux autres usages. Les études sur les chasseurs-cueilleurs !Kung d'Afrique australe ont documenté leurs connaissances riches et détaillées de la flore locale. Les individus interrogés par un spécialiste de la taxonomie des plantes ont fourni les noms de 206 variétés de plantes cueillies, sur un total de 211. Les !Kungs firent souvent des distinctions plus fines entre les plantes que le taxonomiste. Selon un sondage récent sur les Bukusus du Kenya, 47% des familles pratiquent la cueillette des fruits et des légumes sauvages. 12% cultivent des plantes qui poussent àl'état sauvage, et 32% avaient fait venir des plantes sauvages sur leurs propriétés pour les domestiquer (Juma 1991a).

Les connaissances des cultivateurs sur les caractéristiques et les habitudes des arbres et des herbes médicinales sont vastes. Souvent, ces connaissances sont le domaine des femmes. En Afrique occidentale, on a documenté que les connaissances des femmes au sujet des plantes médicinales ne sont généralement pas reconnues (Marilyn Hoskins, cité chez Norem, et al. 1989). En Afrique orientale, un inventaire détaillé de ces plantes a été compilé, avec un index des termes botaniques employés par le Nord ainsi que par les Africains.

Les groupes tels que les Mbeeres du Kenya classifient les arbres selon les critères de taille, de fleurs, d'apparence générale, et notamment, d'utilité. Les arbres sont classifiés comme étant des sources de: charbon de bois dur, qui brûle lentement, et qui est essentiel à l'industrie locale des forgerons, de piliers pour la construction de maisons, de bois d'aubier utilisé dans la construction de ruches en forme de barriques pour ramasser le miel, de fourrage pour le bétail, de feuilles et de fruits comestibles, de bois qui résiste aux termites et qui sert à fabriquer des anses d'outils, et de bois de coeur pratiquement indestructible qui sert à fabriquer des objets rituels et des meubles. Les Mbeeres font même germer et planter les graines du Mukau pour profiter de son bois précieux. Il faut reconnaître que bien que le déboisement agricole soit un problème grandissant, des modèles autochtones d'exploitation de ressources favorables à la biodiversité peuvent être identifiés.

Les connaissances autochtones de la faune

Les troupeaux domestiqués

Les pasteurs africains, tout comme les cultivateurs africains, maintiennent des troupeaux génétiquement divers, et varient la composition de leurs troupeaux pour correspondre aux caractéristiques de l'environnement local. De telles connaissances aident les pasteurs à s'adapter à leur environnement de manière à soutenir la conservation à long terme. La transhumance saisonnière et les fréquents déplacements quotidiens des troupeaux entre pâturages aident à éviter la surexploitation de la biomasse d'une seule région. La diversification des troupeaux (bovins, chameaux, ovins, caprins, et ânes) assure la présence d'animaux qui broutent et qui paissent, et elle évite qu'une maladie à elle seule élimine tout un troupeau.

Les pasteurs recherchent les rares pâturages en surveillant les éléments de l'environnement tels que les changements de température, l'apparition du brouillard ou des nuages, les mouvement aériens, ou les couleurs et les conditions du ciel. De nombreux groupes de pasteurs possèdent des termes spécifiques pour désigner différentes sortes de pâturages. Les pasteurs du sud du Soudan, par exemple, classifient le bétail selon les critères de couleur, de taches sur leurs peaux, de cornes, de sexe, et d'âge.

Dans le Sahel, des rapports symbiotiques qui existent entre pasteurs et agriculteurs (viande, lait, et fumier échangés contre céréales et droits de pâturage et d'abreuvement des bêtes) constituent des techniques efficaces d'exploitation durable de la base des ressources qui dépendent des pluies. Comme les stratégies "modernes" d'exploitation de ressources dans la région (monoculture commerciale et sédentarisation des nomades) se sont avérées désastreuses du point de vue écologique, les pasteurs sédentaires et indigents appliquent avec succès des stratégies et des pratiques autochtones afin de rétablir leurs troupeaux. Au Niger, en imitant la pratique locale du partage des troupeaux, 1'"animal de l'amitié", ou le Habbanaie, achète les animaux localement, puis les prête aux pasteurs sans ressources. Après la naissance de trois petits, chaque emprunteur rend l'animal original ou son équivalent en espèce ou en nature, et garde les trois petits (Scott et Gormley 1980).

Les pasteurs africains ont également développé des techniques sophistiquées pour maintenir la santé de leurs animaux. Des études ethno-vétérinaires, effectuées parmi les pasteurs d'Afrique orientale, ont documenté des classifications détaillées de maladies bovines et de leurs remèdes (Mathias-Mundy 1980). Au Nigéria, une enquête a identifié 92 herbes et plantes utilisées en médecine ethno-vétérinaire. Les Fulanis, les WoDaabes, et les Masaïs vaccinent tous leurs animaux contre la pleuropneumonie bovine, et les Masaïs vaccinent également contre la peste bovine. Ces techniques pastorales autochtones de vaccination par le nez se sont avérées supérieures aux premiers vaccins commercialisés par le Nord, et donnés dans la queue; ceux-ci résultaient souvent en nécrose, et l'animal perdait sa queue (Mathias-Mundy 1980).

Quelques groupes pratiquent l'élevage. Au Sahel, les connaissances des Touaregs sur le cycle de reproduction du mouton, et son rapport au cycle des saisons, leur donne un contrôle considérable sur l'élevage de leurs animaux. Les Touaregs sont également capables de placer de manière sélective des gaines sur le pénis des béliers pour s'assurer que les agneaux ne naissent pas à la fin de la saison sèche, lorsque les brebis ne sont pas en état de nourrir leurs petits.

Autres variétés de faune

Les connaissances des !Kungs d'Afrique australe sur les espèces animales et sur leurs comportements sont étendues, en particulier en ce qui concerne les espèces d'animaux de proie. Les chasseurs distinguent nettement, par exemple, entre les comportements des ongulés qui cachent les nouveaux nés et entre ceux qui suivent la naissance. Les comptes rendus sur les comportements des carnivores, qui consistent à traquer, tuer, manger, enterrer ou cacher la viande, correspondaient, à une exception près, aux observations effectuées sur le terrain par des ethnologues ailleurs en Afrique. En traquant le gibier, les !Kungs tiennent compte des éléments du milieu - moment de l'année, moment de la journée, chaleur, direction du vent, terrain, profondeur, forme et déplacement des traces, condition des excréments, condition et déplacement de l'herbe, brindilles et arbustes le long de la piste, quantité, position, et couleur du sang sur le sol, herbes, et buissons - ainsi qu'une quantité de connaissances sum le comportement et l'habitat (Blurton-Jones et Konner 1976).

Parmi les chasseurs/agriculteurs du nord et du centre du Zaïre, le milieu forestier est hautement différentié. Les Apagibetis font la distinction entre trois types de forêts différents - notamment la forêt blanche, la forêt noire, et la forêt de vignes - selon la prédominance des espèces d'arbres spécifiques dans chacune d'elles. Et au sein de cette pmemière division, les Apagibetis distinguent une multiplicité d'autres domaines. Il existe la forêt avec ou sans kongo (une feuille essentielle au toit des abris), avec ou sans eau, (c'est à dire non seulement une absence de ruisseau, mais également le manque d'une demi-douzaine de vignes ou d'arbres contenant de 1'eau et dont dépendent les chasseurs), avec ou sans woke (lacs forestiers peu profonds, qui sont alimentés par les ruisseaux puis se vident, et dont les berges servent d'habitat à des espèces spécifiques et recherchées par les chasseurs), avec ou sans wume (clairières herbeuses aimées des buffles et d'autre gibier), et ainsi de suite.

On peut identifier une exploitation des ressources de gibier contenant de nettes implications pour la conservation de la biodiversité dans ces différentes zones forestières. Certains chasseurs/agriculteurs du Zaïre conservent leurs ressources forestières en interdisant la chasse durant la saison sèche pour "laisser les animaux se reposer" jusqu'à la prochaine saison de pluie. Ils alternent également les sections de la forêt dans lesquelles ils piègent le gibier pendant la saison de pluie, une fois de plus explicitement pour que "les animaux puissent se reposer" ou pour que "les animaux puissent donner naissance à leurs petits" (Almquist 1991).

Comprendre les connaissances autochtones

Une recherche de base sur les connaissances, les technologies, et les pratiques autochtones constitue un élément prioritaire des programmes pour une conservation durable de la biodiversité. Il est essentiel de compiler les contenus des connaissances sur l'environnement d'une communauté. Il faut établir des méthodes pour obtenir, analyser, et élucider ce que les habitants locaux savent, ainsi que le processus qu' us emploient pour acquérir ces connaissances.

Méthodologies et projet de recherche

Les méthodologies de recherche devraient respecter la complexité des milieux humains. C 'est seulement après avoir examiné au moins rudimentairement les conventions gouvernant la communication du groupe étudié que les techniques de rassemblement d'informations devraient être choisies. Comme dans le cas de 1'agriculture et de la chasse, les activités qui consistent à parler et à interroger se basent sur une culture donnée et suivent leurs propres règles. Ces règles deviennent claires aux yeux des chercheurs par le biais des études ethnographiques sur le langage et la linguistique. Si de telles études à long terme ne sont pas faisables, il convient de considérer des méthodes qui permettent une structuration autochtone de la communication d'informations, telle que les questionnaires ouverts ou la présentation de scénarios à suppositions. Idéalement, toute méthode de recherche choisie devrait d'une manière ou d'une autre être analogue aux conventions de communication locales.

Les projets de recherche devraient considérer les moyens par lesquels les connaissances sont réparties au sein d'un groupe social. Parmi les Mbeeres, par exemple, les femmes âgées savent le plus sur les petites herbes annuelles, les pasteurs sur la gamme de fruits sauvages comestibles, et les ramasseurs de miel sur les séquences de fleurs du milieu local. Le sexe, l'âge, et le métier peuvent tous influencer la répartition des connaissances. Il est particulièrement important que les chercheurs se rappellent que, dans le passé, leurs homologues ont négligé les connaissances autochtones des femmes sur les espèces végétales et leurs utilisations (Norem, Yoder et Martin 1989).

Les chercheurs devraient se servir à fond des bases de données en existence sur les systèmes de connaissances autochtones, telles que celles qui se situent au Center for Indigenous Knowledge for Agriculture and Rural Development (CIKARD) à l'Université d'Etat de 1'Iowa. Il existe actuellement neuf centres semblables dans le monde, et 18 autres sont en cours (Warren 1992).

Tableau 11. Faire correspondre la distribution de la population à la distribution des ressources

Les pratiques sociales peuvent constituer un instrument clef à l'adaptation et à l'aménagement de l'environnement. Pour les !Kungs, la pratique de concentrer la population pendant la saison hivernale sèche, et de la disperser pendant la saison des pluies, associée à un ensemble de règles et de pratiques permettant l'accès réciproque ou joint aux ressources clef, leur a permis d'effectuer une exploitation rentable mais non destructrice de la biodiversité présente dans leur environnement.

Une étude effectuée dans les années 1970 a identifié 11 groupes de !Kungs - ayant chacun son propre territoire centré autour d'une source d'eau - dispersés sur le territoire. Cependant, seulement deux d'entre eux possédaient des sources d'eaux capables de résister à la sécheresse rigoureuse de l'hiver. La souplesse de l'organisation sociale permettait aux individus de se déplacer facilement d'un camp à l'autre. Des groupes entiers avaient le droit de s'installer autour des trous d'eaux des autres, et ils le faisaient lorsque la sécheresse l'exigeait. Les règles exhortant le partage de la nourriture entre tous les membres du camp assuraient que tous auraient droit à la nourriture disponible. L' accès réciproque permettait de soutenir une densité de population beaucoup plus élevée que si le territoire de chaque groupe devait posséder une source d'eau permanente; dans ce cas, 11 groupes pouvaient être soutenus plutôt que deux. Cependant, les déplacements fréquents évitaient la surexploitation des ressources végétales et animales d'une région donnée (Lee 1976).

Possession des connaissances

Les connaissances peuvent appartenir soit à 1'individu, soit à la communauté. Les connaissances peuvent également incarner des rapports de pouvoir. L'importance de qui possède et qui reçoit les avantages du savoir est illustrée par la controverse en cours dans les pays en voie de développement, concernant l'exploitation par les entreprises pharmaceutiques du Nord des connaissances autochtones sur les précieuses plantes médicinales. Si, par exemple, un programme de conservation de la biodiversité comprend un sondage sur la flore, il est important que les questions de possession des connaissances locales uti1isées dans ce sondage soient abordées (voir Chapitre 6).

Appliquer les connaissances autochtones aux programmes de conservation

Les connaissances et les pratiques autochtones qui conservent ou favorisent la biodiversité devraient servir de base au développement et à l'application des programmes de conservation de la biodiversité dont les origines sont autochtones. Les connaissances autochtones peuvent être utilisées au sein d'un programme de biodiversité dès le départ. Non seulement cela intègre-t-il les connaissances locales au programme, mais cela augmente également les chances que le programme soit durable. Les programmes de conservation ou de régénération des forêts pourraient se servir et exploiter les traditions autochtones sur le soin et la culture des arbres, plutôt que de se baser exclusivement sur les modèles non africains.

Le personnel des projets nationaux ou internationaux pourrait servir d'agents catalyseurs pour disséminer et adapter les connaissances autochtones sur la biodiversité d'un groupe à l'autre. Les connaissances locales peuvent aider à encourager les efforts de conservation de plusieurs manières. Par exemple:

Appliquer les idées autochtones

Les zones protégées

On trouve parmi les sociétés africaines une démarcation de vastes étendues de terre servant de zones de chasse limitées aux élites autochtones, comme chez les Lozis, et cette démarcation a parfois servi de base pour la création des parcs modernes. Beaucoup moins connues sont les nombreuses régions plus petites et dispersées, protégées contre la chasse et l'exploitation agricole, par la force des croyances locales. A travers une grande partie du continent, on trouve encore des régions protégées perçues comme étant la résidence d'agents spirituels. Bien que leurs petites tailles les empêche généralement de servir de réservoirs substantiels de biodiversité, elles servent parfois à préserver des espèces individuelles de plantes et d'animaux, et sont des rappels utiles et visibles aux populations locales de la précieuse valeur de la flore et de la faune locales (voir Tableau 12).

Le sanctuaire naturel de Boabeng/Fiema, au Ghana protège une espèce locale de singe. Ce sanctuaire fut établi par les communautés locales de Boabeng et de Fiema, qui considèrent ce singe comme étant représentant des esprits locaux de la forêt et de la terre. Ce modèle mérite une attention toute particulière en tant qu'exemple de programme de conservation de la biodiversité établi "du bas vers le haut".

Conservation marine en Afrique occidentale

Dans les régions côtières de l'Afrique occidentale, certaines lagunes étaient traditionnellement considérées comme lieux sacrés par les habitants locaux. Des espèces spécifiques de poissons et de mollusques y étaient protégées, et leur pêche était contrôlée par un système de saisons de fermeture, de jours sacrés, et de tabous. Les anciennes lois et règles ne sont cependant plus respectées, et la plupart des régions de pêche dans les lagunes ont été lourdement surexploitées. Pourtant, les espèces taboues continuent à être protégées (Ntiamoa-Baidu 1991b). Des tabous semblables sont répandus en Afrique, et leur utilité possible aux programmes de conservation de la biodiversité devrait être évaluée par les planificateurs de la conservation de la biodiversité.

Cultes territoriaux

Les Shonas, ainsi que d'autres peuples de l'Afrique centrale et australe, croient que les ancêtres des habitants autochtones de la terre parlent aux vivants par l'intermédiaire de médiums et d'esprits. On identifie le médium à une colline, à un rocher, ou à un bosquet spécifique - et ses environs territoriaux sont protégés contre toute perturbation. Dans le passé, on consultait les médiums sur la pluie ou sur des pratiques d'exploitation de la terre. Dans certains cas, les médiums se sont activement opposés à certaines politiques coloniales sur l'aménagement et aux techniques de labourage (Ranger 1985).

Joseph Matowanyika, du Zimbabwe, affirme que ces cultes territoriaux articulent une idéologie de l'environnement implicite des Shonas:

Tous ceux qui vivent dans une région précise doivent participer au travail du culte territorial. En vertu du fait qu'on y réside, on partage avec les autres habitants le même environnement et les mêmes responsabilités envers lui. On s'attend à ce que ceux qui immigrent dans cette région témoignent d'un acte de reconnaissance formel envers le culte territorial local, qu'ils s'y soumettent, et qu'ils observent les devoirs communaux. Ce sont les aspects fondamentaux de l'éthique Shona, une éthique qui mérite davantage de recherche sur ce qu'elle pourrait apporter au maintien local (Matowanyika 1991).

Exploitation réglementée des ressources

Les programmes éducatifs sur la conservation de la biodiversité peuvent s'inspirer d'une gamme étendue d'idées autochtones. Les proscriptions sur l'extraction de plantes et sur la tuerie de gibier sauvage chez de nombreux groupes Masaï sont basées sur l'idée qu'ils sont les cadeaux d'un dieu-créateur et qu'ils doivent être respectés. L'idée que le bien-être d'une lignée individuelle dépende de comment ses membres maintiennent une relation de respect envers une espèce d'animal particulière (en s'abstenant de le tuer et de le manger; en s'éloignant ou en évitant l'endroit où un tel animal est mort ou a été tué) est un autre phénomène vastement répandu. Même dans les régions où cette pratique se détériore, l'affirmation de la vérité écologique selon laquelle le bien-être humain dépend du bien-être des plantes et des animaux mérite bien d'être notée et soulignée.

Le domaine de ce que les milieux universitaires appellent "la magie" offre des sources semblables d'idées pour élaborer des programmes éducatifs de conservation de la biodiversité. Chez les chasseurs/agriculteurs Pagibetis du Zaïre, par exemple, certaines techniques qui ont la réputation d'augmenter de manière dramatique le nombre d'animaux tués dans la forêt, et en particulier celle qu'on appelle pomoli, sont redoutées à cause de leurs effets mortels sur la communauté de ceux qui l'utilisent. L'emploi de cette technique est sensé garantir une augmentation du nombre d'animaux tués par le chasseur qui l'utilise, mais au prix de provoquer une augmentation correspondante de décès parmi les membres de la famille du chasseur. Le pomoli peut servir dans les programmes de conservation de la biodiversité en tant que précieuse métaphore pour représenter La destruction à long terme que les techniques d'exploitation de ressources présentent à La vie humaine, bien qu'il remporte de vifs succès à court terme.

Soutenir les initiatives de conservation autochtones

Les agences gouvernementales africaines qui sont les précurseurs des tentatives visant à fournir un soutien légal aux sanctuaires ou aux régions naturelles gérées localement et basées sur l'idéologie autochtone (par exemple, le Conseil de Protection de l'Environnement au Ghana) devraient être récompensées de leurs efforts. Le soutien des défenseurs de l'environnement non Africains pour de telles initiatives devrait inclure le respect envers les priorités qui sembleraient ne pas correspondre aux priorités internationales vis-à-vis de la conservation. Plus précisément, il faut se pencher sur les perspectives africaines relatives au besoin d'exploiter amsi que de conserver les ressources existantes avant de lancer de nouvelles initiatives sur la conservation de la biodiversité.

Tableau 12. Systèmes de zones protégées autochtones au Ghana

Autrefois, de petites parcelles de forêt étaient mises de côté, normalement à proximité des villages, pour en faire des terres sacrées qui ne pouvaient pas être touchées, et qui étaient strictement protégées par les lois coutumières. De telles régions existent toujours dans le Ghana rural, et reçoivent diverses appellations vernaculaires telles que Abosompow/Asoneyeso (lieu sacré), Mpanyinpow (forêt ancestrale), Nsamanpow (cimetières), et on les appelle collectivement forêts sacrées ou fétiches. Un certain nombre de forêts sacrées ont été détruites par le développement urbain ou par d'autres infrastructures, mais de nombreuses ont survécu.

Les critères selon lesquels on déclare une parcelle de la forêt comme étant sacrée varient, et il en existe plusieurs catégories (Dickson 1969; EPC 1976; Dwomoh 1990; Ntiamoa-Baidu et al. 1992). Beaucoup sont très petites (moins d'un hectare), comprenant souvent un objet (par exemple un arbre, une pierre, un rocher, etc.) considéré comme étant un dieu ou la demeure d'un dieu, et ses environs immédiats, qui ensemble constituent un lieu sacré (par exemple, la forêt sacrée de Malshegu, près de Tamale dans le nord du Ghana [Dorm-Adzobu 1991b; Ntiamoa-Baidu et al. 1992]). De telles régions de petite taille ne sont peut-être pas importantes en terme de conservation de l'habitat et de la flore et la faune, mais l'unique arbre du lieu sacré, qui peut avoir plusieurs centaines d'années, peut représenter une source précieuse de matériel génétique pour la reproduction de certaines plantes.

Plus communément, la parcelle de forêt dans laquelle on enterrait les membres de la famille royale d'un village particulier était protégée par respect pour les morts, et à cause de la croyance selon laquelle les esprits des ancêtres habitaient cette forêt. Il était formellement interdit de pénétrer à l'intérieur de ces forêts, et seule une classe limitée de personnes de la communauté y avait accès (par exemple, les membres de la famille royale, les aînés du villages, et les chefs de clan), et seulement pour y enterrer un membre de la famille royale. Le chef du village ou l'Abusuapanyin (aîné) du clan dirigeant y autorisait l'accès après avoir versé une libation et offert des sacrifices. Les restrictions sur l'accès aidaient également à s'assurer que les personnes sans scrupules ne touchent aux ornements traditionnellement utilisés pour enterrer les morts. Dans de nombreux cas, ces forêts veuves sont les seules forêts naturelles qui restent dans la région.

De nombreuses rivières et ruisseaux qui fournissent la source principale d'eau potable à une communauté villageoise étaient considérés comme sacrés, et les terres forestières avoisinantes étaient protégées car on croyait que l'esprit de la rivière résidait dans la forêt. Les tabous associés à de tels lieux comprenaient l'interdiction de cultiver, de couper les arbres, et d'exploiter les terres forestières le long des berges de la rivière, ainsi que des restrictions d'accès à la rivière certains jours et à certaines personnes sous conditions particulières (par exemple, les femmes pendant leurs menstruations). La plupart de ces tabous avaient pour but d'empêcher de souiller les ressources, telle que l'interdiction de se baigner dans la rivière et de manger les poissons provenant de ces rivières. De tels tabous assuraient que la source principale d'eau potable du village ne serait pas polluée. Ainsi, bien que la protection des forêts autour des rivières était basée sur des croyances religieuses et culturelles, elle représentait également un cas net d'aménagement du corridor de la rivière, et elle ne diffère aucunement des réserves forestières protégées établies sous l'administration du gouvernement central afin de préserver les sources d'eau des rivières principales.

Souvent, les parcelles de forêts étaient protégées car elles soutenaient des espèces d'animaux sauvages considérés comme sacrés, totem, ou tabous. Les espèces totem/taboues possèdent des valeurs et des associations spirituelles ou culturelles spéciales, et on leur accorde une protection spéciale. L'importance de ces espèces, et le respect ou le sentiment de peur/haine qu'on ressent envers eux, ont toujours été basés sur les croyances en ancêtres communs, et sur les superstitions associées à une sorte d'acte de protection ou de mal où les espèces jouaient un rôle dans le passé. Par exemple, le Léopard Panthera pardus est le symbole du clan Bretuo du peuple Akan, et les membres de ce clan identifient leurs ancêtres spirituels avec le Léopard; le symbole du clan Asona est un Corbeau Pie, Corvus alba; le Buffle Syncerus c. nanus est le symbole du clan Ekoona; le perroquet gris africain, Psittacus erithacus, est le symbole du clan Agona; et le palmier de Raphia, Raffia hookeri, symbolise le clan Qyoko.

Traditionnellement, de telles espèces étaient strictement protégées, et dans certains cas, il était interdit de les manger, de les tuer, ou même de les toucher. Souvent, les animaux totem/tabous et la forêt où ils vivaient étaient strictement protégés. Le Sanctuaire de Singes de Boabeng-Fiema est un exemple de forêt sacrée protégé car elle soutient le Colobe noir et blanc Colobus polykomos et le Cercopitheque Mone Cercopithecus mona, qui sont considérés comme sacrés, et que les populations des villages de Boabeng et de Fiema protègent et respectent strictement (Ntiamoa-Baidu 1987; Fargey 1991; Ntiamoa-Baidu et al. 1992). Un certain nombre de forêts sacrées ont pour origine un événement historique lié à la culture d'une communauté. Celles-ci ont tendance à être des étendues forestières de bonne taille, et deviennent souvent associées à des fétiches et à des croyances religieuses. Des exemples de tels sites sont la forêt sacrée de Pinkwae (près de Katamonso), la forêt sacrée de Nkodurom (Paakoso), et la forêt sacrée d'Asantemanso. La forêt de Pinkwae s'étend sur 1,2 km2, et a été le champ de bataille d'une guerre menée entre le peuple Katamanso et les Ashantis en 1826. Elle est sensée être la demeure des esprits des ancêtres morts à la guerre, ainsi que du dieu Afiye dont les pouvoirs spirituels permirent au peuple Katamanso de vaincre les Ashantis (Lieberman, 1979; Dorm-Adzobu, 1991b; Ntiamoa-Baidl et al., 1992). La forêt de Nkodurom est supposée être la source des plantes médicinales guerriè d'Okomfo Anokye (le grand prêtre fétiche associé à l'histoire de Ashantis), qui rendirent les Ashantis victorieux à le guerre. La forêt d'Asantemanso est supposée contenir la grotte d'où émanèrent les sept clans de la tribu Ashanti (Aduana, Asona, Bretuo, Asakyiri, Ekoona, Oyoko et Asene) (Ntiamoa-Baidu et al., 1992).

Il est évident que l'établissement et la protection des forêts sacrées étaient principalement basés sur des croyances culturelles et religieuses, mais un bon nombre de celles-ci ont soit intentionnellement, soit par inadvertance, protégé les écosystèmes naturels et favorisé la conservation des ressources biologiques. On ne connaît pas le nombre exact de forêts sacrées au Ghana. Un questionnaire préparé par la Commission Forestière du Ghana rapporta un chiffre s'élevant à 1904, 79,1 % desquelles étaient situées dans les parties sud du pays. Les renseignements provenant d'un certain nombre de districts n'étaient pas disponibles. Bien que beaucoup de forêts soient trop petites pour être importantes du point de vue biologique, un certain nombre d'entre elles présentent des possibilités apparentes pour la conservation de la biodiversité, et celles-ci doivent être explorées et développées.

- Ntiamoa-Baidu, en prép.


CHAPITRE CINQ

SYSTEMES DE CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE

Le sujet

Diverses méthodes sont actuellement employées pour ralentir la perte de biodiversité en Afrique, chacune d'elles possédant ses propres avantages et inconvénients. Les planificateurs de la conservation de la biodiversité doivent comprendre ces méthodes existantes, ainsi que plusieurs nouvelles approches pour étendre la conservation de la biodiversité des zones protégées à elles seules jusqu'aux régions de terre et d'eau se trouvant en dedans et au-dehors des zones protégées. Ces nouvelles approches sont basées sur:

Méthodes établies pour ralentir la perte de biodiversité

Systèmes des zones protégées

Dans de nombreuses régions d'Afrique, les Africains ont traditionnellement protégé la biodiversité par le biais des règles culturelles et religieuses. Comme il a été discuté au Chapitre 4, les arbres ont été protégés dans les forêts sacrées, les tabous ont limité la récolte de certaines espèces de plantes et la chasse de certaines espèces d'animaux, les terres agricoles ont pu être périodiquement laissées en jachère, et certaines variétés de plantes locales ont été favorisées.

A partir de l'époque coloniale, les réserves forestières et de gibier ont été établies pour conserver la flore et la faune. En 1915, par exemple, l'administration coloniale du Kenya a adopté une législation concernant les parcs nationaux dont le but était de protéger le gibier de la détérioration. En 1919, trois territoires du Kenya avaient été désignés comme étant des parcs nationaux - Nairobi, Tsavo, et Mt. Kenya (Khalil, en prép.).

Aujourd'hui, les zones protégées remplissent la fonction vitale de préserver des concentrations de biodiversité, et de fournir de nombreux avantages supplémentaires. Ils servent de réservoirs de plantes et d'animaux sauvages. Les forêts et les régions boisées des parcs nationaux et des autres zones protégées réduisent l'érosion du sol en le protégeant, et elles influencent le climat en agissant sur la température et sur le cycle de l'eau. Au cours du temps, les lieux qui ne sont pas exploités par les êtres humains fournissent aux chercheurs et aux planificateurs des points de référence pour identifier certaines tendances des écosystèmes qui ont été dérangés. Enfin, les réserves naturelles strictes et les parcs nationaux - ainsi que certains types de réserves forestières, de zones de sécurité, et de régions contrôlées - sont également importantes à l'éducation et au tourisme.

Pourtant, dans de nombreuses zones protégées, la biodiversité est soumise à une sérieuse pression. L'établissement de parcs nationaux et des zones protégées a souvent pour résultat le déplacement des communautés de leurs terres traditionnelles, et par conséquent peut donner naissance à des rigueurs économiques locales et à des sentiments de mécontentement. Peu de communautés participent à l'établissement ou à la gestion des zones protégées avoisinantes. Il s'en suit que les communautés locales ont tendance à être peu motivées pour protéger les ressources des zones protégées, surtout en périodes de conditions économiques ou climatiques en dégradation. De plus, on ne peut pas s'attendre à ce que de nouvelles zones protégées puissent conserver la richesse de la biodiversité en dehors des zones protégées en existence.

Exploitation durable de la flore et de la faune

De plus en plus, des efforts sont effectués pour gérer et évaluer avec exactitude la taille des populations animales, afin de définir des limites de chasse durables (surtout en dehors des zones protégées). Dans les zones de chasse contrôlée qui sont adjacentes aux Parcs Nationaux d'Arli et de "W" dans l'est du Burnika Faso, et dans les régions qui pratiquent la gestion du gibier situées en Zambie et au Zimbabwe, le gouvernement impose des quotas de chasse et loue des parcelles de terre aux organisateurs de safari privés (Pascal Roamba, comm. pers.). En Afrique australe, où les agriculteurs se sont rendus compte que la valeur des animaux sauvages au niveau de la viande, de la capture d'animaux vivants, et des trophées peut plus que compenser les pertes dues aux ravages infligés à la flore et à la faune sur les fermes, le ranching de gibier commercial a évolué. Dans le sud du Burnika Faso, un ranch de gibier appartenant à l'état, et établi sur et autour des lieux de l'ancienne Réserve Forestière de Nazinga, a démontré que la gestion des animaux sauvages en vue d'un élevage durable peut rapporter un bénéfice tout en conservant la biodiversité (voir Tableau 13). Malheureusement cependant, de nombreuses tentatives d'exploitation durable de la flore et de la faune ont été instituées en tant que remplacements des systèmes de production traditionnels, et par conséquent ont donné lieu à des tensions entre les communautés locales et le gouvernement, ou entre les communautés locales et les propriétaires terriens privés.

Réformes des systèmes de production modernes

Les systèmes de production traditionnels africains - tels que la chasse et la cueillette, le pastoralisme, l'agriculture de subsistance, et la pêche de subsistance - nécessitent et favorisent généralement le maintien de la biodiversité. Cependant, les systèmes de production modernes - tels que la monoculture qui se sert de graines hybrides, d'engrais, et de pesticides - sont en train de remplacer les systèmes traditionnels au fur et à mesure que les demandes de niveaux de production supérieurs dus à l'accroissement des populations et à l'exportation augmentent.

A l'heure actuelle, on dispute largement le fait que l'introduction des systèmes agricoles spécialisés et mécanisés, l'abattage de bois dans les forêts naturelles, le ranching de bétail à grande éhelle, et la pêche mécanisée ne soient pas des voies durables pour parvenir au développement économique de l'Afrique au sud du Sahara. Même dans les pays industrialisés en dehors de l'Afrique, on se tourne de plus en plus vers une modification des systèmes de production alimentaire - par exemple, pour contrôler l'érosion du sol et réduire l'apport des engrais et des pesticides. De plus, de nouvelles méthodes d'abattage de bois, telles que l'abattage sélectif et à faible intensité d'arbres dans les forêts naturelles, s'avèreront peut-être plus compatibles avec la conservation de la biodiversité. Cependant, ces réformes ne se réalisent que très lentement.

Techniques de conservation ex situ

On utilise actuellement deux approches fondamentales en Afrique pour aider à conserver les ressources biologiques - in situ (dans son milieu naturel) et ex situ (hors du milieu). Sous conditions optimales, les deux devraient être considérées ensemble. II existe, par exemple, d'importants rôles liés aux jardins botaniques (ex situ) et à la conservation des habitats naturels (in situ). En général, cependant, les techniques ex situ ne remplacent pas la conservation de la biodiversité au niveau de l'écosystème et du paysage par le maintien de l'habitat.

En situations de crise, il se peut que les techniques ex situ aident à sauver certaines espèces ou races terriennes de l'extinction. Les banques de gènes et l'élevage en captivité sont des méthodes de dernier recours pour sauvegarder un plasma de germes menacé. Dans la Corne de l'Afrique, par exemple, de nombreuses races terriennes de plantes agricoles ainsi que des espèces d'animaux et plantes sauvages sont en voie de disparition à cause des troubles civils, des famines et des migrations de populations qui en résultent. En cas de conflits civils ou de désastres naturels, les méthodes ex situ peuvent jouer un rôle important, en particulier pour les espèces ou les variétés qui possèdent une valeur économique.

Le Plant Genetic Resources Center (PGRC), en Ethiopie, a démontré comment établir des banques de gènes pour obtenir du matériel génétique agricole et d'autres espèces de plantes. Le PGRC a développé une vaste collection de plasmas de germes des races terriennes agricoles pour des espèces indigènes et non, notamment de café et de céréales, ainsi que des additions plus limitées d'herbes, d'épices, et de plantes médicinales. Le Conseil International pour les Ressources Génétiques Végétales a nommé le centre comme étant l'institution de coordination pour la conservation de plasmas de germes agricoles en Afrique. Avec l' aide de fonds extérieurs, le PGRC encourage également l'exploitation et la selection de races terriennes de récoltes indigènes par les petits exploitants.

D'autres techniques ex situ, telles que l'élevage en captivité pratiqué par les zoos et autres institutions, sont utiles à la préservation des espèces d' animaux plus grands qui sont menacées. Cependant, l'élevage en captivité, suivi de réintroductions dans le milieu naturel, coûte très cher. De plus, le succès à long terme de la conservation de la biodiversité par cette méthode n'a pas été prouvé, et il n'existe que peu de cas de réintroductions d'animaux qui aient réussis. Enfin, de nombreux pays africains manquent encore d'expertise technique et de ressources financières nécessaires à la plupart des interventions ex situ.

Tableau 13. Le ranch de gibier de Nazinga

Le ranch de gibier de Nazinga, au Burnika Faso, est une zone protégée où l'on fait l'élevage des animaux sauvages. Il couvre une surface de 940 km2 dans le sud et le centre du Burkina Faso, et est adjacent à la frontière du Ghana. Le gouvernement du Burkina Faso a fondé le ranch de gibier avec la collaboration de la African Wildlife Husbandry Development Association (AWHDA), un organisme canadien à but non lucratif, en tant qu'expérience de développement rural pour fournir une source fiable de viande de gibier aux résidents locaux, tout en conservant simultanément la biodiversité. Bien qu'il existe de nombreux ranchs privés en Afrique australe, et qu'il y en ait plusieurs en Afrique orientale, Nazinga est actuellement le seul ranch de gibier en Afrique occidentale.

Par opposition aux réserves naturelles, les dépenses administratives, de recherche, et de services chargés de faire respecter la loi à Nazinga sont couvertes par la vente de produits d'animaux, de la chasse, et du tourisme. Nazinga fonctionne comme un ranch de gibier dirigé par l'état, mais le gouvernement a donné son accord pour transférer ses droits de propriété du ranch aux communautés locales sur une période de cinq à dix ans, donnant aux communautés avoisinantes le contrôle des systèmes de production et une plus grande part des bénéfices. Le projet comprend également des provisions pour que les communautés engagent des spécialistes pour gérer le ranch de gibier, pour que son fonctionnement soit efficace, rentable, et en accord avec les lois nationales et les conditions requises par la conservation de la biodiversité.

Le ranch de Nazinga illustre de plusieurs façons comment le ranching de gibier peut contribuer à la conservation de la biodiversité:

1) Taille de l'écosystème. Le ranch de gibier de Nazinga rejoint les réserves forestières de Sissili et de Nazinga et, avec l'aide d'un corridor proposé de 10 km de longueur, il sera bientôt relié au Parc National de Tambi (Po) et à la Réserve Forestière de Nazinon (Frame et Herbison Frame 1990). Le fait de créer un ranch de gibier qui soit adjacent à une zone protégée a permis d'y ajouter la superficie du ranch de gibier, et a également permis d'ajouter les zones de chasse et les zones pastorales du village avoisinant à la zone protégée, ce qui a considérablement augmenté la taille réelle de l'écosystème conservé (WAGREP 1992).

2) Rétablissement des habitats. Les programmes prescrits pour incendier et pour construire de petits barrages aident à rétablir les espèces et les habitats. La diversité de la végétation naturelle à Nazinga est maintenue en effectuant des brûlis contrôlés de manière dispersée et à des périodes différentes durant la saison sèche. Seulement environ la moitié du ranch de gibier est incendiée dans le courant d'une année. La construction de 11 petits barrages dans le Ranch de Gibier de Nazinga a assuré la disponibilité permanente de l'eau. A présent, la nourriture, l'eau, et la protection sont plus abondantes et disponibles aux animaux tout le long de l'année. Par conséquent, la capacité écologique de soutenir les mammifières, les oiseaux, les poissons, les reptiles, les batraciens, et probablement les invertébrés, a considérablement augmenté (Frame et Herbison Frame 1990).

3) Préservation des espèces. En rétablissant les habitats, les espèces sont préservées. A Nazinga, la réduction de fréquence des incendies destructeurs en saison sèche a évité que certaines espèces végétales ne disparaissent. De façon encore plus visible, la création du ranch a sauvé la population des éléphants du sud du Burkina Faso de l'extinction. Environ 400 éléphants vivent actuellement à l'intérieur du ranch. Certains de ces éléphants ont toujours vécu à proximité, mais d'autres ont apparemment immigré à Nazinga du Parc National voisin de Kaboré Tambi, pour échapper aux braconniers et pour profiter des meilleures sources de fourrage et d'eau disponibles au ranch de gibier. Les éléphants sont à présent rares dans le parc national, mais ils représentent une attraction touristique populaire dans le ranch de gibier, où ils peuvent être observés mais pas chassés. Par conséquent, le tourisme a rapidement augmenté (Jachmann 1988, 1989, 1990; Jachmann, Q'Donoghue, et Rood 1989).

4) Réintroduction d'animaux. Le rétablissement des habitats permet aux oiseaux rares ou localement en extinction, aux mammifères, et à d'autres espèces animales de se rétablir par le biais de l'immigration. Au Ranch de Gibier de Nazinga, le cobe de Buffon, qui récemment avait été extirpé, fut réintroduit en transplantant huit cobes du voisinage du Parc National d'Arli en 1983. La réintroduction a réussi, et la nouvelle population de cobes à Nazinga grandit - atteignant peut-être à présent environ une centaine (Frame 1989).

5) Soutien de l'aménagement. Le ranching de gibier contribue aux améliorations économiques des résidents locaux, tout en maintenant la base de ressources dont dépend leur bien-être culturel, social, et spirituel (WAGREP 1992). L'un des buts du Ranch de Gibier de Nazinga est de fournir de la viande. Une source de viande importante provient des phacochères, l'animal de grande taille le plus abondant au ranch. On y trouve également des hippotragues, des bubales, des antilopes harnachées, des cobes à croissants, des cobes, des reduncas, des ourébies, des céphalophes couronnés, des céphalophes à flancs roux, des buffles, et des éléphants. Les chasseurs locaux, qui ont reçu une formation conçue par le projet, abattent environ 5 pour cent de chaque espèce par an (selon un système de quotas rigoureux), pour que la viande puisse être vendue localement et à Ouagadougou, la capitale. Le quota de chaque espèce est établi à un niveau qui ne réduira pas les troupeaux. Les peaux et les cornes sont également vendues. Les éléphants, cependant, ne sont pas chassés pour leur viande, puisque les braconniers parviennent encore tous les ans à atteindre le nombre permis par le quota, et que l'état interdit de tuer les éléphants. La chasse limitée en tant que sport est permise sur le ranch, fournissant des emplois de guides et d'aides aux résidents locaux. Les chasseurs doivent payer des montants élevés pour chaque animal tué, et une partie des recettes est versée aux communautés locales. Bien que la gestion du ranch de gibier dépende principalement des technologies modernes et introduites, certaines technologies traditionnelles y sont utilisées, telles que la pêche au filet, à l'hameçon, et au panier; la cueillette de produits végétaux pour des raisons médicinales ou alimentaires, et pour obtenir du bois combustible, de la chaume, et des poteaux de construction; et le remassage du miel.

Innovations pour une conservation efficace de la biodiversité

Les parcs nationaux et de nombreux autres types de zones protégées remplissent une fonction vitale dans la conservation de la biodiversité. Cependant, comme la grande majorité de la biodiversité existe sur les terres et dans les eaux situées en dehors des zones protégées, la conservation de la biodiversité doit s'étendre au-delà des parcs nationaux et des autres zones protégées. Les méthodes actuellement employées pour réduire la perte de biodiversité ne suffiront pas pour faire face aux nombreuses menaces à la biodiversité en Afrique.

Des changements d'approches sont nécessaires tant à la production des ressources biologiques qu'à leur conservation. De nouvelles manières de conserver la biodiversité à travers un aménagement durable et d'autres alternatives doivent être examinées à l'intention de toutes les régions situées en dehors des zones strictement protégées. De plus, un virement de tendance général doit s'effectuer, pour s'éloigner de la gestion de crise et se tourner vers la planification stratégique (voir la discussion de Soulé 1991). La conservation de la biodiversité en Afrique devrait inclure des mesures à plus long terme, plus complètes et proactives, plutôt que constituer des réponses fragmentées et manquant de coordination face à la perte d'espèces et d'habitats. De plus, un changement de perspective devrait s'effectuer, selon lequel il ne suffit pas de conserver principalement les animaux et les plantes les plus visibles, mais il s'agit plutôt de reconnaître le besoin de conserver toutes sortes d'organismes vivants de toutes tailles, ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils ont évolués.

Tous les pays africains possèdent de précieux écosystèmes. Ces écosystèmes sont importants non seulement sur le plan local ou national, mais également, et dans de nombreux cas, sur le plan mondial. Chaque pays africain devrait formuler et adopter une politique et une stratégie nationale pour conserver ses ressources naturelles. Heureusement, certains pays possèdent déjà une stratégie. La conservation de la biodiversité doit faire partie des Stratégies de Conservation Nationales et des Plans d'Action Nationaux sur l'Environnement (voir Chapitre 6), et les mesures de conservation de la biodiversité doivent figurer clairement et précisément dans chaque plan de projet. Les composantes de la conservation de la biodiversité doivent également être incorporées au sein des Plans de Développement Nationaux, et dans les plans de développement au niveau du district et au niveau local.

Gestion de la biodiversité dans l'aménagement de la terre

Une amélioration de l'aménagement de la terre au niveau national doit s'effectuer et elle représente une étape importante dans le processus de la conservation de la biodiversité. Les populations doivent utiliser les ressources naturelles, il faut donc trouver des moyens de les exploiter de façon à les détruire le moins possible.

La Table 7 catégorise divers types d'aménagements de la terre selon l'importance de l'influence qu'ils ont sur la biodiversité. On peut prédire le taux d'effet destructeur de certaines formes d'aménagement. Cependant, l'influence sur la biodiversité qu'ont la plupart de ces formes varie considérablement, selon le biome ou le type d'écosystème en question, et selon les détails propres à l'aménagement et à la gestion concernées. Bien que certaines activités soient en elles-mêmes plus nuisibles à la biodiversité que d'autres, la plupart des activités de production pourraient être améliorées en ce qui concerne la manière dont elles remplissent les besoins de l'être humain et dont elles contribuent à la conservation de la biodiversité

Un modèle d'aménagement de la terre serait d'entourer les zones protégées de zones concentriques ou adjacentes d'exploitation en expansion, et par conséquent par degrés de protection de la biodiversité allant en diminuant. Par exemple, un parc national central ou une zone noyau de non-exploitation pourrait être entourée de zones de conservation (ou de corridors on de zones tampons), et celles-ci pourraient être contiguës à une zone traditionnelle de chasseur/cueilleurs ou à une zone pastorale. A leur tour, ces zones-là pourraient être entourées de ranchs de gibier, de réserves forestières, d'agrosylvicultures, et de cultures traditionnelles. Encore plus loin du noyau, il pourrait y avoir des zones de cultures spécialisées et mécanisées, des zones urbaines, et des industries de manufacture. Certains systèmes d'aménagement ou de production pourraient chevaucher plusieurs zones, tel que le pastoralisme traditionnel recouvrant partiellement une zone traditionnelle de chasseurs/cueilleurs, une zone de chasse contrôlée, et une zone de ranching de gibier. Chaque pays africain possède ses propres ressources de biodiversité uniques, et l'ensemble des biomes d'un pays doit être pris en considération dans un plan d'aménagement. A l'intérieur de chaque biome, il peut exister plusieurs types importants d'écosystèmes.

Dans un pays donné, le processus qui consiste à incorporer la conservation de la biodiversité au sein de l'aménagement de la terre devrait commencer par le choix d'un paysage contenant un écosystème ou plus. Puis, à l'intérieur du paysage choisi, les zones peuvent être aménagées selon la valeur de leur biodiversité et leur sensibilité à la perte de biodiversité. L'aménagement de la terre devrait être varié, et devrait comprendre une protection stricte, diverses formes d'exploitation durable, et des lieux soigneusement sélectionnés et destinés à l'exploitation intensive.

Table 7. Effets relatifs de divers types d'aménagement de la terre sur la biodiversité

Effet potentiellement destructeur sur la biodiversité à un site particulier
Type d'aménagement de la terre Léger Moyen Intense

Exploitation minière à puits de mine ouverts

     

Exploitation minière à puits profonds

     
Extraction pétrolière      
Sylviculture commerciale      
Développement urbain      
Infrastructure nationale      
Industrie de la manufacture      
Barrages      
Détournement de l'eau      
Agriculture commerciale      
Agriculture de subsistance      
Pastoralisme      
Pêche commerciale      
Pêche de subsistance      
Viande provenant de l'abattage      
Chasse en tant que sport      
Tourisme      
Chasse et Cueillette      
Recherche      
Spirituel et esthétique      

 

Remarque: L'effet destructeur d'une activité d'aménagement ou de production varie selon les conditions du site, selon les détails qui s'appliquent à l'aménagement, et selon la gestion. __ = la portée approximative de l'effet sur la biodiversité selon diverses combinaisons et conditions.

Une telle zone d'aménagement pourrait avoir pour résultat un système d'activités de production réparties autour d'un noyau d'exploitation moins intense. A l'intérieur d'un réseau proposé de systèmes de production employant des technologies mixtes, les zones devraient être clairement définies, et elles devraient specifier à quel endroit la préservation de la biodiversité devrait être considérée comme prioritaire, et de même préciser où la production devrait l'être. Des informations de base sur la biodiversité, l'aménagement de la terre, la participation de la part des communautés locales, et des preneurs de décisions habiles sont indispensables pour pouvoir décider de la meilleure combinaison alliant l'aménagement de la terre et les méthodes de conservation. Les traditions et les conditions locales sont des facteurs importants au processus de planification de l'aménagement de la terre, et la population locale doit participer à chaque étape, depuis la planification jusqu'à la mise en oeuvre.

Des mesures doivent être instaurées pour décentraliser la gestion des ressources et la donner aux communautés locales. On assiste déjà à un virement dans ce sens: la Namibie se sert actuellement de 1'approche axée sur le paysage et des techniques de gestion basées sur la communauté pour planifier la conservation de la biodiversité (Namibia 1992). Ceci a également été recommandé par plusieurs projets destinés à l'Ethiopie et au Burkina Faso, où on a donné à cette approche le nom de "gestion des terroirs" (Faure 1992). (Pour obtenir davantage de renseignements sur les paysages protégés, la prise de mesures politiques, et la planification, consulter Lucas 1992).

Il ne convient pas, bien sûr, de recommander un plan qui s'appliquerait à tous les paysages car les détails varient selon les poches d'endémie, les communautés traditionnelles en existence, les centres d'urbanisation, et d'autres variables telles que les gisements minéraux. Il n'est pas nécessaire non plus d'inclure tous les systèmes d'exploitation et de production présents dans un paysage donné. La meilleure recette dépend des caractéristiques de chaque paysage. En général, les systèmes de technologie modernes à production intense devraient être situé dans des zones déjà modifiées, plutôt que dans des lieux contenant encore de hauts niveaux de biodiversité naturelle. Enfin, la participation de la communauté et une planification écologique et économique judicieuse peuvent avoir pour résultat un réseau de systèmes de production qui, à long terme, seront à la fois durables et sensibles à la biodiversité.

Combinaisons nouvelles des systèmes traditionnels et modernes

Afin de contrôler le taux de perte de biodiversité et d'augmenter la production, les technologies de conservation étrangères devront être adaptées au contexte africain pour suppléer les technologies traditionnelles. Ni les méthodes de production traditionnelles, ni les méthodes de production modernes ne peuvent, à elles seules, accomplir cette tâche. Ces nouvelles combinaisons de méthodes traditionnelles et modernes peuvent être sensibles à la conservation de la biodiversité tout en fournissant des niveaux adéquats de production durable. Une fois de plus, cependant, cette approche ne peut réussir qu'avec la participation locale. Les populations locales doivent avoir une voix, et elles doivent prendre part, au processus de développement et de mise en oeuvre de ces nouveaux systèmes. Elles doivent également en être les principales bénéficiaires.

Des exemples de systèmes mixtes, qui emploient des combinaisons de technologies et de valeurs traditionnelles et étrangères, sont décrits ci-dessous. La conservation de la biodiversité peut, à des niveaux différents, être ajoutée à l'ensemble des activités de production. Les systèmes discutés ci dessous font partie des plus simples à appliquer dans le but d'atteindre une conservation de la biodiversité qui soit rentable et efficace.

En tant que points de départ pour un développement durable et pour la conservation de la biodiversité, les systèmes de production et d'exploitation suivants peuvent être employés pour assembler diverses combinaisons de technologies traditionnelles et modernes afin de former de meilleurs systèmes de production. La meilleure combinaison et la meilleure distribution spatiale des systèmes de production visant à satisfaire tous les besoins de l'être humain le plus longtemps possible est probablement celle qui tend également à conserver la biodiversité à long terme.

Réserves naturelles strictes à accès limité

Dans la plupart des cas, une réserve naturelle stricte, à accès limité, convient en tant que noyau de l'écosystème qu'on veut conserver. L'usage d'une telle zone peut se limiter à la recherche (par exemple un site riche en espèces à l'intérieur d'un parc national), et à des fins religieuses ou esthétiques (tel que les forêts sacrées), continuant ainsi à rendre le noyau de la région accessible aux utilisations modernes ainsi que traditionnelles. Cependant, on devrait reconnaître que même ces utilisations imposent un faible niveau d'exploitation; aucune utilisation n'a lieu sans conséquence et sans coût. Le tourisme devrait probablement être interdit, ou du moins strictement limité et contrôlé dans la zone du noyau. Les zones d'exploitation plus intenses (par exemple, le tourisme, la chasse et la cueillette, ou même le ranching de gibier) pourraient entourer la réserve naturelle stricte à accès limité.

Parcs nationaux

La forme d'exploitation la plus largement acceptée dans les parcs nationaux est le tourisme, dont les avantages et inconvénients ont été examinés (par exemple Boo 1990a,b et IRG 1992). L'observation touristique des animaux sauvages, des forêts tropicales, des hauts de montagnes, et de récifs de corail produit d'importants apporte beaucoup de devises étrangeres et donne de l'emploi à des milliers de personnes. Ces régions contribuent également au maintien des processus écologiques (par exemple, le climat et de cycle hydrologique) et esthétiques, et font l'objet de fierté nationale.

D'autres formes de production légale provenant des parcs nationaux, tels que les produits de la chasse aux animaux et des récoltes végétales, ont lieu dans certains pays. Au Malawi, par exemple, les relations entre la communauté et le personnel du Parc National se sont vivement améliorées lorsqu'on a permis à la communauté d'accéder au parc pour y ramasser, de façon durable, des produits hautement prisés tels que les chenilles, la chaume, et le miel. Dans le Parc National de Krug, en Afrique du Sud, les ongulés sont abattus conformément à la gestion des populations animales du parc, et la viande est vendue. Cependant, le parc de Kruget fait exception à la règle. Dans d'autres régions, la chasse a lieu ordinairement en dehors des parcs nationaux, dans des zones tampons et dans d'autres régions désignées pour l'exploitation durable.

Dans certains parcs et réserves, la capture de mammifères et d'oiseaux vivants s'effectue dans le but de réapprovisionner d'autres zones protégées, ou de les vendre à des zoos ou à des commerces d'animaux domestiqués. Dans les parcs nationaux de pratiquement tous les pays africains, une considérable tuerie illégale et non enregistrée de mammifères, de poissons, et de plantes s'effectue par les communautés locales et par les braconniers venus de pays voisins. Le grand inconvénient des parcs nationaux, ainsi que de toutes les autres catégories protégées décrites par l'UICN-L'Alliance mondiale pour la nature (dans, par exemple, UICN 1987), est que le petit nombre d'activités qui y sont permises ne fournissent qu'un revenu minimal aux communautés avoisinantes, même lorsque des efforts spéciaux sont fait pour augmenter ces bénéfices.

Réserves forestières

La valeur des réserves forestières vis-à-vis de la conservation de la biodiversité varie. Dans certains pays, tels que le Cameroun et la Tanzanie, beaucoup de réserves soutiennent encore la végétation indigène. Par contraste, au Togo, beaucoup de réserves forestières sont gérées par le gouvernement pour l'exploitation commerciale, et la végétation originale a été remplacée par des plantations d'espèces indigènes et exotiques, telles que le teck, Terminalia, Anacardium, Kaya senegalensis, Gmelina arborea, et au moins trois espèces d'Eucalyptus, de cafe, de cacao, et de coton (Tanghanwaye et Frame 1991).

Dans beaucoup de pays africains, les réserves forestières ont été déclassifiées parce que la terre ne contient plus de forêt. Les animaux sauvages ne sont protégés que dans quelques réserves forestières du Togo, et certaines réserves forestières contiennent des villages et des écoles. Pourtant, les réserves forestières offrent des possibilités créatrices. Au Ghana, par exemple, la conservation d'animaux sauvages pourrait être introduite dans les réserves forestières.

Régions de conservation à exploitation traditionnelle

Ces régions comprennent les terres utilisées traditionnellement pour la chasse ou la cueillette, pour le pastoralisme et l'agropastoralisme, ou pour des usages religieux, sacrés, et culturels. Ces types de systèmes de production et d'exploitation pourraient, dans certains cas, chevaucher les zones de production adjacentes. Par exemple, les déplacements saisonniers de populations et de troupeaux pourraient être permis dans les régions de ranch de gibier ou de chasse contrôlée adjacentes. De tels lieux, où les résidents locaux ont le droit de tuer les animaux modérément, s'appellent parfois des "réserves extractives".

Les régions désignées pour la gestion d'exploitation traditionnelle devrait être souples en ce qui concerne les méthodes de production, car les pratiques traditionnelles changent avec le temps. Parfois, de simples interventions peuvent occasionner des améliorations souhaitées, tel que l'apport technique mineur de l'introduction de manguiers dans la région de la Rivière Tana, au Kenya, qui put produire des revenus supplémentaires en espèce et évita de défricher davantage de terre pour l'agriculture. En arrêtant complètement la pêche à la dynamite et l'ancrage de bateaux sur les récifs de corail, l'exploitation locale deviendra peut-être plus durable. Bien que certaines régions de conservation à exploitation traditionnelles soient de taille limitée, elles peuvent être fondamentalement importantes au bien-être de certaines communautés africaines.

La chasse et la cueillette sont des activités importantes dans les biomes s'étendant des forêts tropicales, aux régions boisées semi-arides, et jusqu'à la zone marine côtière. Les produits sauvages de la terre comprennent la viande de brousse et d'autres aliments d'origine animale (oiseaux, poissons, et invertébrés), le bois combustible, les matériaux de construction (poteaux, chaume, fibres), les aliments d'origine végétale (légumes, fruits, graines), les plantes médicinales, le miel, et les produits d'animaux autres que la viande (Woodford 1990). Dans les régions sèches et à basse altitude de 1' Ethiopie, on ramasse les gommes et les résines provenant des abres tels que 1 'Acacia, le Commiphora, et le Boswellia; plus de trois millions de tonnes ont été récoltées commercialement en 1988-89, représentant une valeur de plus de 7 millions de dollars US, et employant des centaines de personnes. Le miel et la cire d'abeille sont produits en Ethiopie à des taux annuels de 3300 et 3500 tonnes respectivement, représentant une valeur totale d'environ 70 millions de dollars US par an (Ethiopie 1992). Au Burkina Faso, le fruit appelé karité (Vitellaria paradoxa) est récolté et exporté pour son huile. Au Kenya, les coquilles de mollusques marins représentent un produit important de la vente touristique.

Dans plusieurs pays d'Afrique australe, y compris la Namibie, la Zambie (le Programme ADMADE), et le Zimbabwe (le Programme CAMPFIRE), un type d'activité de conservation communément appelé "conservation communautaire" renforce les droits et les capacités des communautés locales de réaliser des bénéfices financiers et autres à partir de la gestion durable des ressources naturelles se trouvant sur leurs terres. Ces bénéfices peuvent représenter le résultat de recettes provenant de la chasse en safari, du tourisme, ou de la vente de produits d'animaux éliminés ou abattus. Dans chaque cas, un pourcentage important, ou bien tous les bénéfices de ces entreprises, sont rendus à la communauté, la motivant directement à continuer de gérer ses ressources de manière durable. Le pastoralisme pur est en train de disparaître en Afrique, et les sociétés pastorales deviennent sédentaires et dépendent de plus en plus de nourriture supplémentaire. L'agropastoralisme peut être souhaitable dans certaines régions pour augmenter la production en ajoutant des aliments agricoles au régime des pastoralistes et de leurs troupeaux. En Somalie, les agropasteurs font pousser des graines pour se nourrir, mais ils utilisent les même plantes comme fourrage pour leurs animaux. L'agropastoralisme est actuellement controversé dans la Zone de Conservation de Ngorongoro, en Tanzanie, où les families des pasteurs Masaï font illégalement pousser du maïs et des légumes à l'intérieur de la zone de conservation, et demandent également la permission d'y faire pousser des arbres à fruits exotiques.

Les utilisations religieuses, sacrées, et culturelles des terres traditionnelles sont importantes, mais elles sont difficiles à mesurer en termes économiques. En Afrique occidentale, les forêts sacrées (voir Chapitre 4) représentent une impulsion importante pour la participation de la communauté à la conservation de la biodiversité, ainsi qu'un lien avec le patrimoine local. La protection des forêts sacrées et d'autres zones protégées pour des raisons cuiturelles devrait être encouragée, et on devrait accorder à ces zones un statut officiel.

Tableau 14. Trois systèmes agricoles traditionnels dans la région boisée de Miombo

Dans de nombreux pays en voie de développement, le maintien des systèmes agricoles traditionnels, ainsi que du bien-être humain, dépend du maintien des processus écologiques fondamentaux basés sur la biodiversité, tels que la productivité du sol, la fixation du carbone, le cycle des éléments nutritifs, la ligne de partage des eaux, et le contrôle de la qualité des eaux. Par exemple, dans l'écosystème miombo en Afrique australe, les systèmes agricoles traditionnels se servent des engrais naturels provenant de la biomasse végétale pour améliorer la production de leurs récoltes, soit par décomposition biologique et thermique directe, soit de manière indirecte par le biais du fumier de bétail.

L'écosystème miombo de l'Afrique australe se caractérise par une couche continue de plantes herbacées situées sous une voûte d'arbres à demi close. Les 2,7 millions de km2 de végétation miombo (Millington et al.1986) s'étendent sur sept pays d'Afrique australe: l'Angola, le Malawi, le Mozambique, la Tanzanie, le Zaïre, la Zambie, et le Zimbabwe. En général, la région boisée de miombo possède une plus grande diversité d'espèces que, par exemple, les régions boisées d'acacia, qui poussent sur des sols eutrophiques. Cette grande richesse d'espèces miombo augmente probablement la probabilité de différentes stratégies de rétention d'éléments nutritifs. Par exemple, les différences de concentration d'éléments nutritifs dans les tissus végétaux des espèces des régions boisées miombo assurent l'emmagasinage de réserves adéquates d'une variété d'éléments nutritifs dans la biomasse végétale au niveau de la communauté. Une diversité élévee d'espèces miombo peut ainsi être importante au maintien du cycle d'éléments nutritifs et de l'homéostat écologique.

Le chitemeneest une forme de culture itinérante employée par les Bembas dans le nord du Zaïre. Ce système est unique car les cultures poussent dans un jardin de cendres obtenu en faisant brûler une pile de branches d'arbres provenant d'une région périphérique dix fois plus grande que le jardin de cendres. La pratique du chitemene exploite excessivement les ressources des régions boisées, et elle n'est donc durable que pour de faibles densités de population. Lorsque la densité de la population dépasse la capacité de maintien du chitemene,les périodes de jachères forestières sont réduites, le système cesse de fonctionner, et il est remplacé par des systèmes de cultures plus intensives.

Le système du fundikila,pratique par la tribu Mambwe dans le nord-est de la Zambie, est plus intensif. La culture fundikilaest un système agricole à base de compost, et qui est adapté aux régions d'herbage dérivé faisant suite au déboisement des régions boisées miombo. Le système dépend des éléments nutritifs présents dans la biomasse des herbes, et de la rotation des cultures de légumes et de céréales pour maintenir la fertilité du sol et la rentabilité des récoltes. L'emploi de compost d'herbes et la culture de légumes qui fixent le nitrogène sur les entassements illustrent comment le fundikila dépend des éléments nutritifs de la phytomasse et des microbes pour soutenir une production agricole durant des périodes de temps plus longues que dans le cas de la culture chitemene,qui dépend d'un seul apport d'éléments nutritifs présents dans les cendres, et de la chaleur.

Le système agricole communal (CAFS) du Zimbabwe est un système agricole agro-pastoral à faible apport, dans lequel les terres agricoles et les régions de savane miombo utilisées pour le pâturage des troupeaux existent en étroite proximité. De nombreux agriculteurs dépendent du fumier du bétail pour maintenir la production agricole (Swift et al. 1989). En fait, c'est en broutant des feuilles et des brindilles d'arbres que le bétail obtient une large proportion de son apport en protéines durant la période critique à la fin de la saison sèche lorsqu'il n'y a que très peu d'herbe. Comme ils reconnaissent l'importance du pâturage, les agriculteurs du CAFS font même pousser des espèces indigènes à cette fin. Le système du CAFS illustre comment le maintien des troupeaux, de la production de maïs, et du bien-être humain dépendent des ressources végétales dans la région boisée miombo.

Les systèmes agricoles traditionnels de l'écosystème miombo en Afrique australe dépendent des ressources végétales naturelles. Dans tous ces systèmes, les éléments nutritifs renfermés dans la phytomasse sont transférés à la terre arable pour la production agricole. Ces exemples soulignent le besoin d'intégrer les terres agricoles et les pâturages des régions boisées à l'aménagement de la terre. La population humaine, qui est en accroissement dans l'écosystème miombo exige que l'aménagement de la terre intègre des modèles d'exploitation du milieu naturel par les communautés locales lors du processus de planification. -Chidumayo, en prép.

Régions de chasse contrôlée

La plupart des pays africains ont désigné certaines zones pour la chasse, où des organisateurs de chasse en "safari" autorisés exploitent ces zones pour en rapporter un bénéfice. Les organisateurs doivent habituellement contrôler le braconnage, développer des points d'eau, construire des routes et des installations touristiques, et gérer les incendies dans ces zones. Il existe de nombreuses régions de chasse contrôlée dans l'est du Burkina Faso, adjacents aux Parcs Nationaux d'Arli et de "W", ainsi qu'en Afrique australe. En général, les régions de chasse contrôlée ne permettent pas aux résidents locaux d'accéder légalement aux diverses ressources biologiques, bien que quelques emplois soient créés. L'on devrait prêter davantage attention à l'augmentation les droits d'accès des communautés locales à ces régions. Si elles sont bien gérées, ces régions peuvent servir de réservoirs pour réapprovisionner les populations animales dans les régions avoisinantes qui sont lourdement exploitées.

Ranchs de gibier

Les ranchs de gibier sont particulièrement bien développés et répandus en Afrique australe, où ils sont devenus un supplément lucratif à 1'é1evage moderne et à l'agriculture. Une variante du ranching de gibier se développe en Afrique occidentale, où les communautés locales deviendront propriétaires et principales bénéficiaires. Les ranchs de gibier sont supposés tirer leur revenu à partir des recettes du sport de la chasse, du tourisme, de l'abattage d'animaux pour leur viande, et de la capture d'animaux vivants pour réapprovisionner d'autres zones protégées (WAGREP 1992). Cependant, les résidents locaux conservent souvent leur accès aux produits naturels traditionnels de ces lieux, tels que le miel, les petits animaux dont ils se nourrissent, les plantes alimentaires et médicinales, le bois combustible, et les matériaux de construction.

Le développement de la pêche locale peut également apporter des avantages importants aux communautés. Au ranch de gibier de Nazinga, au Burkina Faso, les résidents voisins ont réagi avec enthousiasme face aux possibilités de pêche créées lorsque de petits barrages furent construits pour fournir des trous d'eau permanents. Six méthodes de pêche différentes sont utilisées à Nazinga, selon la saison et si le pêcheur est un homme ou une femme (Ouédraogo 1988). Les ranchs de gibier peuvent rétablir la biodiversité dans des régions dégradées. Ils peuvent également aider à remplir la demande de viande provenant des animaux sauvages, qui constitue une partie importante du régime des communautés rurales ainsi qu'urbaines, en particulier en Afrique occidentale (Kalivesse 1991). Les produits autres que la viande, tels que les oeufs, les plumes, les peaux, les cornes, les têtes, et les trophées de la chasse en safari rendent les ranchs de gibier attirants dans de nombreuses régions.

La capture d'animaux vivants est une autre forme d'exploitation lucrative de la faune, en particulier au Zimbabwe et en Ethiopie. Durant les années 1980, 1'Ethiopie exportait environ 9000 primates par ans, dont la valeur était d'environ 550 000 dollars US. L'Ethiopie compte environ 190 éleveurs de civettes, qui élèvent quelques 3 000 civettes en captivité, ce qui leur rapporte approximativement 1 million de dollars US par an en musc secrété par une glande anale et destinée à 1' industrie du parfum (Woodford 1990). De telles activités qui engendrent des revenus peuvent s'effectuer simultanément dans des ranchs de gibier ou dans des fermes de gibier, avec des effets positifs sur la conservation de la biodiversité.

Agriculture et agrosylviculture à petite échelle

Un mélange d'agriculture et de sylviculture à petite échelle peut permettre aux communautés locales de se suffire à elles-mêmes pour ce qui est de leur nourriture et de leur matériaux de construction. L'agriculture traditionnelle à petite échelle s'effectue de nombreuses manières différentes, la plupart desquelles sont écologiquement saines tant que la densité de la population humaine ne dépasse pas un certain niveau (voir Tableau 14). La rentabilité de l'agriculture à petite échelle peut aussi être haussée en améliorant les routes de marchés pour qu'une partie des récoltes puisse être vendue. L'agrosylviculture se développe dans la plupart des pays africains au sud du Sahara, avec l'aide du Corps de la Paix américain, de CARE, et de nombreux autres organismes non-gouvernementaux. Ces projets devraient se servir davantage des espèces indigènes.

Exploitation commerciale des ressources biologiques

Les gouvernements et certaines communautés locales encouragent les systèmes de production et d'exploitation commerciaux, tels que la monoculture, l'exploitation du bois, l'élevage de bétail en ranch, et la pêche mécanisée car ils représentent des moyens de fournir de l'emploi et des revenus en espèce, mais ils résultent souvent en une réduction de la biodiversité. Par exemple, l'exploitation commerciale du bois a détruit des forêts tropicales naturelles en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays d'Afrique de l'ouest et du centre, où la conservation de la biodiversité été mise en péril pour produire des revenus de l'exportation (ITF 1985). L'abattage sélectif d'arbres selon leurs espèces et leurs tailles, et en se servant de méthodes appropriées (voir, par exemple, Hendrison 1990) aurait mieux contribué au développement économique et à la conservation de la biodiversité.

Au cours de ces dernières années, les techniques d'exploitation commerciales de certains systèmes se sont améliorées, les rendant moins nuisibles à la biodiversité. Par exemple, l'abattage sélectif de certains arbres, les changements de techniques de labourage, l'élevage moins destructeur du bétail, les méthodes de pêche plus rentables, et le développement de la pisciculture de poissons, de mollusques, et de crustacés peuvent tous aider la conservation de la biodiversité et rendre le développement économique plus durable.

Le fait d'intensifier la production dans les sites qui sont relativement peu importants à la conservation de la biodiversité, ou là où la terre est déjà dégradée, peut aider à réduire la pression exercée sur d'autres endroits qui maintiennent encore des niveaux élevés de biodiversité. Cependant, les problèmes ne sont pas tous techniques, et des changements fondamentaux dans la politique des gouvernements s'avèrent également nécessaires (voir Chapitre 6; voir également Winterbottom 1990).

Exploitation commerciale des ressources non-biologiques

Les sysèmes de production et d'exploitation commerciaux comprennent l'exploitation minière, l'extraction du pétrole, et les industries de la manufacture - qui tendent toutes à être nuisibles à la biodiversité. Le transfert de technologies modernes des pays développés pourrait aider à rendre ces systèmes moins nocifs à la biodiversité. Dans le cadre d'un paysage dont les zones seraient mieux départagées, ces systèmes commerciaux pourraient être rendus plus compatibles avec la conservation de la biodiversité.

Centres urbains et infrastructure nationale

Les centres de population humaine, les routes, les voies ferrées, les aéroports, les centrales électriques, les barrages, les lignes de transmission électriques, les ports, les bases militaires, et d'autres établissements modernes existent dans tous les pays sur tous les continents, mais leurs effets peuvent souvent etre catastrophiques en ce qui concerne la biodiversité. Les politiques nationales et les plans d'aménagement de la terre qui traitent de la nécessité de conserver la biodiversité peuvent contribuer énormément au problème en restreignant les formes de développement destructrices dans certaines régions.

Le Rôle du secteur privé et de la participation locale

Le financement des systèmes de production décrits ci-dessus ne doit pas dépendre des organismes donateurs, une fois que les projets de démonstration ont été réalisés. En fait, il serait déraisonnable de s'attendre à ce que les fonds donateurs exécutent tout ce qu 'il y a à effectuer. La participation étendue du secteur privé est importante au maintien des programmes, ainsi qu'à la création de nouveaux projets. Là où le gouvernement autorise la propriété privée de la terre et des ressources biologiques, le secteur privé devrait investir - et gérer de manière rentable - les projets de conservation de la biodiversité.

Il existe des moyens de financer l'investissement privé, même dans les pays africains les plus pauvres. Dans plusieurs nations de l'Afrique occidentale, par exemple, les hommes d'affaires aisés locaux ont déjà exprimé leur désir d'investir une fois que les lois et les politiques auront changées pour autoriser le ranching de gibier privé. Certaines activités de développement nécessiteront une aide financière sous forme de crédit, ainsi que des modifications des lois régissant le bail de la terre. Des réductions d'impôts et des bons pourraient fournir aux entreprises l'impulsion de s'installer dans des zones désignées et d'employer des méthodes moins nuisibles à la conservation de la biodiversité. La plupart des tentatives de projet dépendront probablement d'aide technique pour assurer que le maintien écologique et la conservation de la biodiversité soient pleinement pris en considération.

Les savants et les érudits autochtones possèdent une foule de connaissances sur la biodiversité que l'on devrait utiliser. La technologie autochtone devrait être encouragée, et son utilisation compensée. Des programmes pilotes devraient être créés pour améliorer la disponibilité des espèces économiquement utiles et précieuses, et pour réduire les pressions qui pèsent sur les systèmes naturels.

Le bien-être humain ne devrait pas être sacrifié lors du processus de la prise de décisions. Les êtres humains doivent avoir recours à des alternatives s'ils sont privés des ressources naturelles qui leur procuraient autrefois leurs moyens d'existence. Certains accepteront facilement ces alternatives, tandis que d'autres non. Ainsi, une participation ouverte et informée lors de la création de stratégies de conservation est une composante essentielle de cette approche. La conservation et l'exploitation de la biodiversité peut aider au développement des communautés locales et de leurs nations. Si le développement est en harmonie avec la nature, il aura tendance à être plus durable. (Voir Tableau 15)

Tableau 15. Un exemple de conservation, de gestion, et d'aménagement durables de la diversité biologique: le Delta de la Rivière Tana, au Kenya

Le Delta de la Rivière Tana est le plus grand écosystème de delta au Kenya, recouvrant une superficie d'environ 130 000 ha. Parmi les habitats du delta, on compte les prairies des plaines inondables, les régions de brousse associées aux régions boisées, les forêts de dunes sablonneuses, les marais salés, les mangroves, les forêts fluviales, les eaux côtières, et les étendues d'eau douce à l'intérieur des terres. Le delta est entouré de trois côtés de régions arides et semi-arides, et avec la rivière, il sert de ligne de vie dont dépendent presque toutes les activités socio-économiques avoisinantes.

Les activités d'exploitation de la terre traditionnelles et établies depuis longtemps, telles que l'agriculture fluviale à petite échelle, le pastoralisme, et le pêche de subsistance ont soutenu l'équilibre écologique des habitants du delta depuis des milliers d'années. Autrefois, l'aménagement de la terre avait été intégrée aux fonctions équilibrées de l'écosystème du delta. Cependant, plusieurs projets de développement menacent à présent la fragilité de l'écosystème du delta et des communautés locales qui en dépendent.

Le projet d'irrigation du Delta du Tana représente l'un de ces projets, dont les conséquences affectent considérablement la biodiversité du delta. Ce projet a initié un système de digues pour la production de riz non décortiqué. L'ensemble du projet devra couvrir une surface de 16 000 ha. La région qui sera irriguée comprend, à l'intérieur de ses limites, neuf villages dont la population est estimée à 3 000 agriculteurs, pastoralistes, et pêcheurs. Le projet se propose d'installer ces exploitants traditionnels ailleurs.

... à suivre

Le projet d'irrigation pourrait avoir des répercussions importantes sur les habitants avoisinants: en modifiant le régime hydrologique de la Rivière Tana; en détériorant la qualité de l'eau dû à l'eutrophication et à la pollution biocide; en modifiant l'équilibre entre l'eau douce et l'eau salée; et en modifiant la couche végétale, perturbant ainsi le système traditionnel du pâturage, de l'agriculture fluviale à petite échelle, et de la pêche, et dérangeant les mouvements migratoires des grands mammifères, des oiseaux d'eau, et de la faune marine.

Afin d'encourager le développement durable, les considérations écologiques doivent être intégrées au sein de la gestion et de l'aménagement des régions du delta. La lutte pour produire davantage de nourriture, pour réduire la maladie, et pour améliorer le niveau de vie pourrait aboutir dans le Delta de la rivière Tana de manière durable et sans perturber l'équilibre écologique dynamique, mais fragile, en existence. Des initiatives sont nécessaires pour parvenir à la gestion compatible des activités d'aménagement de la terre liées à la conservation de la biodiversité, ayant deux objectifs principaux:

Les mesures suivantes devraient être mises en oeuvre:

1) identifier les types d'exploitation, les fonctions, et les exploitants de la biodiversité et des régions marécageuses dans le Delta de la Rivière Tana;

2) identifier les agences gouvernementales et non gouvernementales participant à la planification et à la gestion de la biodiversité et des régions marécageuses du Delta de la Rivière Tana;

3) développer un projet de gestion du Delta de la Rivière Tana qui tienne compte des besoins de tous les exploitants (résidents et non résidents) et qui inclue la participation locale à la prise de décisions;

4) développer des activités spécifiques dans le delta pour réduire la surexploitation de la biodiversité et des ressources des régions marécageuses, et pour encourager l'aménagement durable des produits naturels;

5) fournir l'aide technique requise à l'agriculture, au pastoralisme, à la sylviculture, à la pêche, et à l'écotourisme pour introduire des projets économiquement sains et écologiquement viables;

6) intégrer l'aide technique aux connaissances traditionnelles pour promouvoir l'aménagement durable des ressources naturelles du delta;

7) examiner et influencer les activités en amont du captage de la Rivière Tana pour maintenir les fonctions essentielles des régions marécageuses;

8) mettre en oeuvre et annoncer publiquement le système de gestion intégrateur du delta ainsi que ses succès, pour démontrer son aménagement judicieux et multiple, et susceptible d'être appliqué à la gestion d'autres écosystèmes;

9) créer un Conseil de Gestion de la Rivière Tana, avec la représentation des partis intéressés, y compris les communautés locales;

10) établir un programme de surveillance et d'évaluation qui comprendrait la participation locale au sein de sa conception et de sa mise en oeuvre.

S'il est géré convenablement, le Delta de la Rivière Tana a la possibilité de devenir un modèle de gestion compatible d'activités humaines et de conservation de la biodiversité biologique. Cependant, s'ils demeurent non coordonnés, les intérêts discordants du Delta de La Rivière Tana provoqueront probablement une dégradation irréversible de la diversité biologique du delta.

-Njuguna, en prép.


CHAPITRE SIX

L'ENVIRONNEMENT POLITIQUE

Le sujet

La biodiversité est touchée par un large ensemble de politiques dans de nombreux secteurs. Les manières dont les politiques influent sur la biodiversité sont également variées, allant de la création indirecte de motivations pour encourager l'exploitation non-durable des ressources naturelles, aux exigences directes réclamant l'amélioration de la gestion des ressources biologiques. Bien que de nombreux pays possèdent des lois rigoureuses gouvernant la conservation à l'intérieur des zones protégées, ces lois ne sont souvent pas mises en vigueur. Par conséquent, l'effet le plus important de l'environnement politique sur la biodiversité a tendance à être le résultat d'effets contrariants ou involontaires de la politique d'autres secteurs qui, soit directement soit indirectement, ont des conséquences défavorables sur la conservation de la diversité.

Ces effets non intentionnels représentent plus ou moins les coûts dissimulés des politiques qui proposent, par exemple, de rehausser la production agricole ou de stimuler le développement économique. Ces politiques doivent être identifiées et leurs répercussions pleinement analysées, pour que des modifications appropriées ou des réformes puissent être effectuées.

Enfin, il manque encore dans la plupart des pays un ensemble de politiques traitant précisément de la conservation de la biodiversité. Jusqu'à présent, peu de pays ont adopté une politique d'ensemble vis-à-vis de la biodiversité. En adoptant de telles lois, les problèmes ayant trait à la biodiversité pourraient être abordés par ceux qui sont en mesure de prendre des décisions de manière plus claire et plus systématique qu'il n'est actuellement possible. Les différents secteurs et ministères des gouvernements nationaux devraient partager leurs préoccupations au sujet de la biodiversité. De plus, chaque pays devrait établir ou désigner une seule institution nationale pour se mettre à la tête de la planification, de la coordination, et de la surveillance de la conservation de la biodiversité.

Politiques internationales qui influent sur la biodiversité

Droits de biens intellectuels et génétiques

L'absence de normes internationales équitables et largement répandues sur la protection des biens intellectuels, génétiques et culturels soulève des problèmes d'équité et peut également décourager certaines formes de conservation de la biodiversité, de recherche, et de développement. Les pays en voie de développement ont beaucoup à gagner des politiques efficaces qui fournissent des impulsions économiques pour la conservation in situ,en développant les moyens locaux d'étudier et de détecter les ressources potentiellement exploitables. Les banques de graines internationales, les compagnies privées, et les instituts de recherche prélèvent librement des échantillons de plasmas de germes des pays en voie de développement. Cependant, les produits qui sont commercialisés à la suite de recherche et de développement utilisant ce matériel sont par la suite protégés par les droits d'auteur ou par le copyright du pays préleveur, avec peu ou aucun de bénéfices étant rendus aux pays d'origine des échantillons (Juma 1989).

De tels problèmes d'équité ont été difficiles à résoudre. Par exemple, les agriculteurs traditionnels qui maintiennent des races terriennes et des variétés cultivées à valeur commerciale sur le marché international devraient tirer des avantages économiques de leur exploitation. Mais des systèmes capables de s'emparer d'une partie de la valeur ajoutée et de la rendre aux agriculteurs traditionnels n'ont jusqu'à présent pas fait preuve de résultats satisfaisants. Puisque la majeure partie de la valeur ajoutée provient du développement effectué par les laboratoires de recherche internationaux ou par des entreprises du secteur privé, puis se réalise par la suite par la vente sur les marchés mondiaux, la tâche de créer des compensations équitables pour tous les partis intéressés n'est pas simple.

Les organismes internationaux de recherche sur les graines se sont fermement opposés aux restrictions sur l'accès au plasma de germes. Par exemple, à la fin des années 1970, le gouvernement éthiopien a été menacé d'être exclu des activités internationales ayant trait à la recherche sur les graines s'il continuait à interdire l'exportation du plasma de germes du café indigène (Juma 1989). Jusqu'à un certain point, ce problème est devenu une autre question "Nord-Sud", où les pays industrialisés ont tendance à soutenir le libre accès au matériel génétique trouvé dans la nature, alors que les pays en voie de développement revendiquent que le contrôle des ressources biologiques locales constitue une question de souveraineté nationale. Les pays industrialisés maintiennent également qu'une fois brevetée ou ayant obtenu un copyright, la distribution du matériel génétique devrait être soumise à des arrangements contractuels et légalement exécutoires, alors que les pays en voie de développement ont tendance à considérer cela comme une restriction sur le transfert de la technologie, et donc comme une entrave au développement.

Si les pays en voie de développement maintiennent différents niveaux de protection ou de contrôle sur le plasma de germes, les entreprises internationales auront probablement affaire à ceux qui leur offriront les meilleures termes (sauf dans les cas ou un matériel unique ne provient exclusivement que d'une seule source). Dans ce contexte, les meilleurs termes ne seront peut-être pas toujours les plus économiques du point de vue financier: pour de nombreuses entreprises internationales, un environnement politique instable pourrait représenter un plus grand effet dissuasif qu'un système de prix ou de redevances appliqué de manière régulière.

Le fait de transférer le contrôle du marché international aux gouvernements nationaux n'aborde pas nécessairement le problème de l'équité en ce qui concerne les agriculteurs traditionnels ou les populations autochtones, dont dépend une grande partie de la réserve de plasma de germes. Un parallèle existe dans le cas des revenus obtenus à partir de l'exploitation du bois ou du tourisme, qui ont traditionnellement été captés par les gouvernements nationaux, avec peu de bénéfices versés aux communautés locales qui sont directement touchées par l'activité en question. Les tendances récentes de la conservation soulignent le besoin d'assurer une distribution plus équitable des loyers économiques, en partie basé sur l'équité, mais aussi pour davantage inciter économiquement les populations locales à aider à conserver la base de ressources qui créé ce revenu (McNeely 1988). Une approche semblable pourrait être indiquée dans le cas des redevances provenant de la biodiversité.

Le fait d'établir un rapprochement satisfaisant entre tous les partis apporterait des avantages évidents, bien qu'un tel rapprochement soit difficile à réaliser. Un cas souvent cité venant du Costa Rica offre un précédent: une firme pharmaceutique américaine, Merck, a conclu un accord avec l'institut de recherche costaricien Instituto Nacional de Biodiversidad (INBio), par lequel celui-ci reçoit des compensations pour les échantillons de matériel végétal envoyé aux Etats-Unis pour être étudié. L'accord stipule que des redevances seront également versées provenant d'éventuelles ventes commerciales, et elles serviront au financement à long terme du projet de recherche de l'INBio dans la forêt costaricienne.

Des tentatives semblables pourraient être entreprises en Afrique, bien que les situations risquent d'être moins claires et plus difficiles à organiser. Une différence notoire est que la plupart des échantillons costariciens seront prélevés dans des sites de forêt humide à voûte fermée; ainsi, l'équité des agriculteurs locaux ne constitue pas un problème majeur dans cette situation. Par contraste, la plupart des cas qui ont été soulevés en Afrique, et où il s'agit de droits de biens génétiques, ont pour sujet le plasma de germes provenant des récoltes domestiques telles que le café, soulevant par là le problème des droits locaux de participation au processus de la prise de décisions, ainsi que le problème du droit de partager les recettes provenant de l'amélioration des graines.

Une convention internationale sur la biodiversité a été signée par 157 pays lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (UNCED), à Rio de Janeiro en juin 1992. Ce traité reconnaît explicitement les droits de biens génétiques et intellectuels, et son langage souligne les questions d'équité et de souveraineté nationale en ce qui concerne la propriété et la compensation ayant trait aux ressources biologiques. Selon le point de vue de beaucoup de participants à la conférence, le langage du traité a été radouci pour ne pas mettre sa ratification en danger, mais le refus des Etats-Unis de signer même la convention modifiée souligne le fait que la biotechnologie est devenue une importante question Nord-Sud.

Politique économique, instruments, et tendances

Le système du commerce international constitue une importante source de pression exercée sur la biodiversité africaine. Un mélange de subventions (la Convention de Lomé, les subventions agricoles des pays industrialisés), d'accords commerciaux (le statut de nation la plus favorisée, l'Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce [GATTI; l'Accord Commercial Préférentiel [PTA]; la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement [UNCTAD], les syndicats de douanes et de devises (Accord Syndical Douanier d'Afrique Australe [SACUAI], la Communauté Financière Africaine [CFA]), et les barrières douanières et non douanières exercent des influences importantes sur la structure des importations et des exportations, à la fois sur le plan régional et mondial.

Les termes du commerce international ont généralement été très défavorables aux pays africains, provoquant des baisses de prix des matières premières, des exportations stagnantes de produits manufacturés, des déficits commerciaux continuels, et des niveaux de dettes extérieures extrêmement élevés. Les banques de développement multilatérales et certains donateurs bilatéraux ont exigé des changements de politique, mais n'ont remporté que des succès mélangés. Certaines réformes ont eu lieu, mais la documentation relative aux effets négatifs sur les niveaux les plus pauvres de la société est en hausse. De plus, certains analystes pensent que les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel initiés par le Fond Monétaire International et par la Banque Mondiale ont eu des effets clairement néfastes sur l'environnement (voir Tableau 16; Reed 1992). La biodiversité a été atteinte: dans certains pays, la réponse à la crise économique a été une expansion de la production de monocultures destinées à l'exportation - en particulier le café, le thé, et le cacao - au détriment des systèmes traditionnels plus diversifiés, ou par le défrichement des terres boisées. Certains pays d'Afrique occidentale ou centrale ont augmenté leur exploitation commerciale du bois pour les mêmes raisons.

Soutien mondial en faveur de la conservation

La communauté internationale influence la création et la gestion des zones protégées, et aide à financer de nombreuses activités liées à la conservation. Ce soutien international influence la politique nationale à l'égard de la biodiversité, ainsi que les niveaux de financement, la formation, et le genre d'activités qui seront, ou bien ne seront pas, mises en oeuvre. Par exemple, au cours des dernières années, on assiste à une recrudescence de l'intérêt porté envers le développement des zones tampons autour des zones protégées, dû à la croyance grandissante, de la part des organismes donateurs et non-gouvernementaux (ONG), selon laquelle, pour des raisons d'équité et autres, l'exclusion totale de l'homme du système des zones protégées n'est ni faisable, ni désirable. Cette approche est actuellement mise en oeuvre dans plusieurs pays, à travers de nouvelles politiques sur l'aménagement de la terre et par des projets à usages multiples, depuis que les gouvernements des pays d'accueil ont été persuadés qu'il fallait modifier leurs anciennes stratégies de conservation. (Cependant, comme il a été mentionné ailleurs dans ce rapport, certains pays ont été peu disposés à adopter cette approche, ou bien il leur manque le cadre légal/administratif nécessaire pour le faire.)

Les politiques internationales sur la conservation de la biodiversité peuvent considérablement influencer, et parfois même prévaloir sur les politiques nationales, par le biais par exemple du commerce ou d'autres sanctions. Les Etats-Unis, par exemple, se sont servis du GATT comme outil pour exercer une pression sur les pays en voie de développement pour qu'ils observent les accords internationaux protégeant les droits de biens intellectuels (Clark et Juma 1991). Les pays en voie de développement considèrent souvent ces accords comme étant favorables aux intérêts des entreprises basées dans les pays industrialisés, au détriment du transfert de technologie aux pays en voie de développement.

D'autre part, en 1992, le GATT vota contre une loi américaine limitant l'importation de thon pris dans des filets capables de tuer les dauphins. L' industrie de la pêche mexicaine avait déclaré que cette loi constituait une barrière injuste et non douanière pour accéder aux marchés américains, un argument que le GATT accepta. Des pays tels que la Suède pourraient faire face à de telles situations, où une rigoureuse législation nationale sur l'environnement risque d'être modifiée pour satisfaire les normes moins strictes d'autres pays européens. En même temps, les pays dont les normes sont plus faibles seront peut-être obligés de les renforcer s'ils veulent être membres de la Communauté Européenne.

Tableau 16. Programmes d'ajustement structurel: L'exemple du Kenya

Les programmes d'ajustement structurel (les PAS) sont d'importants projets économiques et financiers crées par les principales institutions multilatérales du monde, le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Au coeur de l'ajustement structurel se situe l'ambition de stimuler le redressement des pays en voie de développement, et de les mettre sur la voie du développement durable. Ces préoccupations ont pour origine le malaise économique qui sévit depuis longtemps dans ces pays, et qui s'est intensifié au cours des deux dernières décennies avec la dégradation de l'économie internationale.

En même temps, de nombreux pays en voie de développement finançaient des projets publics qui engendrèrent de vastes déficits budgétaires nationaux. L'échec important de ces pays d'obtenir des ressources financières (dû à une faible performance économique) signifia que des réformes majeures s'imposaient. Non seulement étaient-ils incapables de s'acquitter de leurs dettes internationales, mais leurs déficits budgétaires nationaux en hausse signifiaient également que davantage d'aide extérieure était essentielle pour satisfaire les besoins financiers nationaux et stabiliser leurs comptes courants. Les rudes réalités de l'économie internationale exposèrent la fragilité des politiques nationales des pays en voie de développement, et révélèrent en même temps leur faiblesse structurelle au niveau macro-économique.

Afin de traiter ces difficultés, les options politiques suggérées par le FMI et par la Banque Mondiale soulignèrent l'obligation des pays en voie de développement d'atteindre une stabilisation à court terme en améliorant leur performance au niveau de l'exportation, et le changement structurel à long terme en alignant leurs dépenses et leurs prix nationaux avec leurs équivalents internationaux.

Depuis 1980, l'accroissement des rigueurs a contraint les pays en voie de développement d'adopter ces mesures imposées comme conditions pour que l'argent du FMI et de la Banque Mondiale circule dans leur économie. Cependant, au cours de ces récentes années, la mise en oeuvre de ces politiques a soulevé des inquiétudes au sujet de leurs implications sur l'environnement. La Banque Mondiale, par exemple, a consacré son Rapport sur le Développement Mondial 1992 au thème du "Développement et de l'Environnement." La question qui se soulève à présent est si l'ajustement structurel est une recette pour atteindre le développement durable ou bien le déclin écologique.

Au Kenya, la stratégie des PAS a renforcé les politiques coloniales et de la post-indépendence qui ont mené à la dégradation écologique. Les programmes agricoles sont conçus pour la consommation de marché sans prendre en considération leurs effets sur la flore et la faune. La réponse aux indications du marché a entraîné davantage de subdivisions de la terre, davantage de clôtures, et donc davantage d'obstacles aux migrations de la faune et de la flore. Le désir de hausser la production agricole a augmenté les niveaux d'utilisation de pesticides, ce qui a élevé les niveaux de pollution pesticide. De plus, l'expansion de l'agriculture aux terres arides et semi-arides a considérablement réduit la quantité de terre disponible pour la flore et la faune.

En fin de compte, les effets des politiques de développement sur la base des ressources naturelles dépendront peut-être des moyens par lesquels un pays tel que le Kenya pourra innover en matière de réglementation, de mise en vigueur, et de création d'institutions. Cependant, la stratégie des PAS n'inclut pas de contrôles régulateurs. Cela n'est pas surprenant puisque les PAS dépendent lourdement des impulsions du marché pour résoudre les problèmes, et ceux qui croient au mécanisme du marché se méfient de toute forme de réglementation ou de contrôle. Cependant, l'impuissance des marchés de refléter pleinement les coûts extérieurs tels que la réduction et la dégradation de la base des ressources naturelles nécessite un certain degré de réglementation pour assurer que ces coûts extérieurs soient convenablement examinés. Las PAS, bien qu'ils soient conçus pour promouvoir le rendement de l'exploitation des ressources, dépendent trop du marché libre pour être écologiquement sains. C'est cette réalité qui renforce les tendances des programmes d' ajustement vers le déclin écologique.

 

Pourtant, bien que la stratégie des PAS ne tienne pas compte de la dégradation des ressources et de la destruction de l'écosystème, elle fournit aux pays en voie de développement la possibilité de dresser un plan de développement durable si les considérations écologiques sont intégrées dans son cadre. Sous leur forme actuelle, les PAS ne représentent pas une stratégie viable du point de vue de l'environnement, et leur avenir dépendra en fin de compte de la façon dont les soucis écologiques et régulateurs s'unifieront au sein du cadre.

Politiques nationales qui influent sur la biodiversité

Politiques agricoles et forestières

Agriculture

La politique des gouvernements dans les secteurs ayant trait aux ressources naturelles peut jouer un rôle important vis-à-vis de la perte de biodiversité. Des nations entières souffrent des conséquences à long terme de la dégradation de l'environnement et de la perte de biodiversité, qui sont le résultat d'investissements et d'autres activités entreprises en réponse à la structure des impôts, des tarifs douaniers, et des subventions existant dans beaucoup de pays africains.

Dans les pays où l'objectif national a été d'établir l'autarcie alimentaire, on assiste souvent au soutien préférentiel des systèmes de monoculture à grande échelle, employant souvent des graines importées. Par conséquent, la superficie consacrée aux cultures traditionnelles a tendance à diminuer. De même, la politique qui stimule la production de cultures pour l'exportation a entraîné à la fois le déboisement et la monoculture, ainsi que l'abandon des variétés et des espèces de plantes indigènes. Le soutien en crédits et en extension n'est disponible que pour les cultures dites "modernes", minant indirectement la biodiversité par une perte progressive d'espèces, de variétés, et de systèmes agricoles traditionnels qui sont plus compatibles avec la conservation de la biodiversité.

Les systèmes d'extension agricole encouragent habituellement l'emploi de graines spécialement développées, souvent des hybrides importés, et ils découragent l'emploi de graines traditionnelles et de variétés cultivées dites "inférieures". Au Soudan, par exemple, les services d'extension et les agences donatrices ont encouragé les monocultures de sorgho et découragé les méthodes traditionnelles, bien que celles-ci aient prouvé qu'elles résistaient beaucoup plus à la sécheresse et aux insectes et animaux nuisibles, et qu'elles étaient plus durables à long terme (Bedigian 1991). De nombreuses variétés de graines "améliorées" manquent de résistance à la sécheresse, et dans une grande partie de l'Afrique, ce facteur a suscité des inconvénients importants à leur introduction. On pourrait dire que la stratégie du Nord, qui consiste à optimiser les réserves de graines pour le rendement, plutôt que pour garantir une récolte malgré toute une gamme de conditions climatiques ou la disponibilité des apports, ne convient pas à la majeur partie de l'Afrique au sud du Sahara.

Au Ghana, la promotion des nouvelles cultures commerciales, telles que les ignames, a entraîné un déboisement imprévisible. Non seulement les agriculteurs défrichent-ils la terre pour la cultiver, mais ils défrichent également les forêts pour obtenir des poteaux pour soutenir les vignes des ignames qui y poussent (P. Veit, comm. pers.). De plus, dans beaucoup de pays, les services d'extension agricole ont tendance à fonctionner de manière très centralisée, se servant de techniques du haut vers le bas qui n' incitent pas les agriculteurs à participer activement, et qui souvent n' atteignent pas les cultivatrices. Ceux qui travaillent dans le domaine de l'extension agricole devraient davantage diriger leur attention vers les cultivatrices et encourager l' exploitation et la préservation des variétés et des races terriennes indigènes.

Les subventions de prix inapropriées ont parfois stimulé des niveaux inutilement élevés d'engrais et de pesticides (Repetto 1985, 1989). Cela peut directement ou indirectement réduire la biodiversité en tuant d'autres espèces que les insectes ou animaux nuisibles qui étaient visés, et causer une contamination par l' intermédiaire des écoulements. Une étude effectuée par la Banque Mondiale a révélé que la dépendance de pesticides dans la Province de Gezira, dans le centre du Soudan, a entraîné une réduction massive et permanente d'invertébrés utiles, et qu'un programme de soutien lié aux compagnies chimiques internationales a entravé le contrôle rationnel des insectes et des animaux nuisibles à Gezira (Banque Mondiale 1991).

Sylviculture

La politique en matière de sylviculture dans une grande partie de l' Afrique occidentale côtière a stimulé un essor de l'exploitation du bois, qui a provoqué certains niveaux de déboisement les plus élevés du monde durant les années 1970 et 1980 (Gillis 1988). Les gouvernements de la région on eu tendance à considérablement sous-estimer leurs ressources forestières indigènes en autorisant des niveaux peu élevés de souches et d'impôts sur l'exportation. De plus, ces gouvernements ont adopté des systèmes de réduction de bois qui entraînent un gaspillage à grande échelle, et qui nuisent également aux espèces non-commerciales. Des tendances semblables se développent actuellement en Afrique centrale pour beaucoup des mêmes raisons, et la perte de biodiversité résultant d'un déboisement étendu pourrait y être encore plus grave qu'en Afrique occidentale (WRI 1993). A travers l'Afrique, de nombreux programmes de reboisement ont accentué l'ensemencement d'espèces exotiques, telles que l'Eucalyptus ou la Leucaena, ce qui dégrade encore plus la biodiversité locale.

Dans certains pays, des politiques ont été adoptées pour restreindre ou interdire l'abattage d'arbres, mais dans certains cas elles ont eu l'effet de décourager de nouveaux ensemencements. Les agriculteurs sont peu motivés à planter s' ils n' ont pas le droit de bénéficier de la récolte éventuelle d'un arbre ayant atteint sa maturité. Souvent, les modèles de bails d'arbres et de droits aux ressources forestières peuvent avoir d' importantes conséquences écologiques (Fortmann et Bruce 1988). Dans certaines régions du Kenya, l' agrosylviculture est interdite par les propriétés qui exploitent officiellement le café et le thé, ce qui fait légalement valoir la monoculture (C. Juma, comm. pers.). Le but de cette politique est de protéger les cultures jugées d' importance nationale, mais qui, parce qu'elles découragent l'ensenmencement ou l'interculture d'autres espèces, ont entraîné involontairement des effets négatifs sur la biodiversité.

La propriété terrienne, la planification de l'aménagement du territoire, et les marchés de la terre

Le bail de la terre et d'autres questions légales 1iées à la propriété foncière et à l'aménagement de la terre sont d'autres domaines importants où un environnement politique national peut contribuer à la création de modèles destructeurs dans le changement du paysage. Jusqu'à récemment, les droits de bail sûrs dans de nombreux pays africains dépendaient souvent de la capacité d' "améliorer" la terre - c'est-à-dire de la déboiser. Les pratiques ordinaires du bail de la terre qui convenaient mieux aux conditions locales ont souvent été ignorées par l'état ou ont été remplacées par des lois et des politiques qui encouragent le déboisement (Talbott et Furst 1991).

La planification de l'aménagement de la terre peut, et devrait, influencer les manières dont les utilisateurs de ressources accèdent à la biodiversité et dont ils l'influencent. Cependant, dans de nombreux pays en voie de développement, la planification de l'aménagement de la terre s'effectue ordinairement à des niveaux rudimentaires, et la présence nécessaire de travailleurs habiles et de bases de données est souvent inexistante. Une source majeure de pression qui s'exerce sur la biodiversité provient du déboisement causé par l'empiétement agricole, qui suit souvent l'ouverture de nouvelles routes ou de nouvelles pistes créées par l'exploitation du bois. Bien qu'une telle conversion opportuniste de terre forestière en terre agricole soit un facteur important dans le déboisement africain, elle est rarement surveillée ou prise en considération par les plans d'aménagement de la terre (WRI 1993).

La politique gouvernementale (et l'absence de politique appropriée) sur les questions démographiques telles que les taux d'accroissement, l'urbanisation, et la migration intérieure, peuvent également avoir des effets sur l'aménagement de la terre et sur la biodiversité. Dans certains pays, les mouvements et l'implantation de réfugiés peuvent influer sur la biodiversité. Au Zaïre, par exemple, la migration de pauvres sans terre de la région de Kivu, dont la densité de la population est élevée, produit apparemment des effets négatifs dans la forêt d'Ituri, ainsi que dans des régions peu peuplées situées plus à l'ouest (WRI 1993).

Dans la Corne de l'Afrique, les réfugiés se sont concentrés dans des régions semi-arides à des niveaux qui dépassent de loin la capacité de leur fournir du bois pour faire cuire leurs aliments, provoquant une dégradation de l'environnement due à la surexploitation de combustible dans la biomasse. A l'est du Soudan, la politique gouvernementale interdit aux réfugiés de ramasser du bois combustible; par conséquent, les agences donatrices ont introduit d'autres sources de combustible pour la cuisson, telles que le briquetage des résidus agricoles ou autres. Dans le sud de la Somalie, les réfugiés éthiopiens sont responsables des dégâts écologiques causés sur les terres fragiles arides et semi-arides. Le rapport entre les conflits civils et la dégradation de l'environnement dans la Corne de l'Afrique a récemment fait l'objet d'une étude publiée par l'IUCN-The World Conservation Union (Hutchison 1991).

D'un autre côté, au Nigéria et au Kenya, certaines études ont démontré que la densité croissante de la population peut entraîner une augmentation de l'ensemencement, sur les terres agricoles déjà en existence, d'arbres et de buissons nécessaires à la production de bois combustible, de fourrage, de fruits, et de miel (Cline-Cole, Main, and Nichol 1990). Dans certains cas, la détérioration économique résulte de l'abandon des plantations datant de l'époque coloniale, dont certaines sont à présent recouvertes de forêts. Ce phénomène a été remarqué au Zaïre (WRI 1993) et au Mozambique (B. O'Keefe, comm. pers.).

En général, le traitement de la terre en tant que matière première de marché est un phénomène relativement récent dans la plupart de l'Afrique au sud du Sahara, et il se peut qu' il ait des répercussions sur la biodiversité. Dans certains cas, la disponibilité de la propriété foncière libre a entraîné l'achat de vastes étendues de terre par de riches investisseurs, déplaçant les résidents locaux qui sont par la suite obligés de chercher de nouvelles terres pour y pratiquer une culture de subsistance. Cela peut également avoir lieu par le déboisement des forêts, avec un effet à long terme sur la biodiversité.

Parcs et zones protégées

L' intérêt international porté envers des espèces et des écosystèmes uniquement africains a stimulé la croissance d'une importante industrie du tourisme, en particulier en Afrique orientale et australe. Les gouvernements considèrent généralement ces ressources comme étant des atouts nationaux, dont le contrôle et la protection sont généralement la responsabilité de l'état (Kiss 1990). La plupart des pays en Afrique au sud du Sahara ont mis de la terre de côté pour y créer des zones de conservation, y compris 167 parcs nationaux et plus de 500 autres zones protégées (MacKinnon et MacKinnon 1986; cité chez Hannah 1992). Un grand nombre de ces zones protégées sont actuellement soumises à des pressions, en partie dû à l'accroissement rapide de la population, et également dû au manque de ressources nécessaires pour gérer convenablement des régions qui, dans certains cas, coûtent très cher (Hannah 1992).

Ordinairement, la conservation (comme le tourisme) est supposée être la responsabilité de l'état, qui fait respecter les lois et qui administre les parcs et les zones protégées. Comme il a été mentionné ailleurs dans ce rapport, les exploitants de ressources locaux entrent souvent en conflit avec les gouvernements en ce qui concerne les droits d'accès aux ressources situées dans les zones protégées. Dans certains cas, les gouvernements ont réformé leur politique pour permettre davantage de contrôle et d'exploitation des ressources biologiques (Kiss 1990). Au Kenya, les réserves de chasse, telle que Masaï Mara et Samburu, sont contrôlée au niveau du conseil du comté. Lorsque le statut de la Réserve de Chasse d'Amboseli fut élevé au niveau de parc national, cependant, le comté dut transférer son contrôle de la région au gouvernement central. En pratique, le contrôle des réserves de chasse par le conseil du comté a souvent donné lieu a des disputes entre les résidents locaux et les conseils sur l'utilisation du revenu du tourisme, et de meilleurs systèmes de gestion sont nécessaires avant de réintroduire le contrôle local (Marekia 1991).

Des régions à usages multiples et des zones tampons ont également été créées afin d'équilibrer les besoins locaux en ressources et les priorités de la conservation (Wells et Brandon 1992). En Zambie et au Zimbabwe, la loi permet aux communautés locales de profiter des bénéfices. Au Kenya, un système de compensation versée aux agriculteurs pour pertes agricoles ou résultant de perte de flore ou de faune, fut abandonné pour cause d'abus. Cependant, le manque actuel de mécanisme de compensation pourrait, à la longue, sérieusement miner la coopération locale en ce qui concerne les régions à usages multiples proposées au Kenya (Marekia 1991). Certains objectifs politiques, tels que l'amélioration de la croissance économique locale en faisant construire de nouvelles routes de marché, pourraient également faciliter le braconnage et d'autres activités nuisibles à la conservation de la biodiversité (Wells et Brandon 1992).

Il existe dans de nombreux pays africains une reconnaissance grandissante du rôle du secteur privé, et de nombreux programmes d'aide multilatérale et bilatérale ont été institués pour encourager l'esprit d'entreprise, souvent accompagné d'une réduction d'activité de la part des agences publiques et para-étatiques. Cependant, dans certains pays, le potentiel d' initiative envers la conservation de la biodiversité provenant du secteur privé est freiné par un cadre légal qui ne permet pas certains types d'entreprises privées telles que le ranching de gibier. A quelques exceptions près, l'abattage du gibier au Kenya n'est pas autorisée depuis l'interdiction de chasser, établie en 1977 (Marekia 1991). Par conséquent, les bilans politiques doivent examiner les moyens de motivation et de dissuasion relatifs à l'investissement dans le secteur privé, et ils devraient modifier ou réformer le cadre légal si besoin l'exige. Le gouvernement du Burkina Faso a récemment réformé ses lois pour autoriser le ranching de gibier, et le Mali et la Côte d'Ivoire envisagent d'en faire de même.

De plus, les gouvernements doivent souvent être plus souples dans leur manière d'aborder la création et la gestion des régions protégées (Wells et Brandon 1992). Dans certains cas, les projets de développement des zones à usages multiples qui rapporteraient des bénéfices aux résidents locaux ont été handicapés par un manque de choix autres que les zones strictement protégées. Par exemple, en considérant ses options pour une nouvelle zone protégée, le gouvernement du Congo s'est trouvé limité à la création d'un parc national qui exclurait la participation des exploitants de ressources locaux. Dans ce cas, ainsi que dans d'autres pays, il est nécessaire d'aboutir à une conservation plus efficace que celle qui existe actuellement dans la plupart des réserves forestières ou de chasse, où l'exploitation excessive des ressources est courante et où, pourtant, un parc national à part entière n'est pas toujours recommandé (W. Weber, comm. pers.). Le manque de catégorie administrative ou légale représentant le statut des zones protégées situées entre le niveau du parc national et celui de la réserve forestière ou de chasse, handicape le développement de régions à usages multiples qui joignent la conservation à l'aménagement durable.

En République centrafricaine, une zone noyau protégée, entourée d'une zone à usages multiples, a été créée pour le Parc National de Dzanga-Sangha. Un trait innovateur de ce projet est que 90 pour cent des revenus du parc sont retenus localement. Ceci est un exemple de la récente tendance qui tâche de rendre le développement plus durable en donnant aux exploitants de ressources locaux un intérêt tangible à la biodiversité de leurs communautés. Dans de nombreux cas, il faut effectuer des réformes politiques pour fournir les mécanismes légaux, budgétaires, et d'aménagement de la terre nécessaire au succès de l'introduction de ces concepts. Dans d'autres pays, cependant, les incertitudes politiques et économiques ont éloigné de la conservation l'attention de ceux qui sont en mesure de prendre des décisions, et par conséquent, les projets innovateurs ne réussissent pas toujours à faire des progrès.

Effets dus à l'absence de politique

Les effets négatifs sur la biodiversité peuvent également être le résultat d'une absence de politique appropriée. Le manque de planification dans le domaine de l'aménagement de la terre en général - et de planification en matière d'aménagement de la terre qui soit sensible à la biodiversité en particulier - représente l'une des lacunes les plus importantes de l'environnement politique de la plupart des pays africains. Une meilleure planification de l'aménagement de la terre est nécessaire, pour que divers types et niveaux d'intensité de production puissent correspondre convenablement aux zones agroécologiques précises, tel qu'il a été décrit dans le Chapitre 5 de ce rapport. De façon plus générale, le système de projets de développement nationaux que l'on trouve dans la plupart des pays africains (projets échelonnés sur cinq ans, etc.), dans la plupart des cas, ne mentionne que très peu, ou bien pas du tout, la perte de biodiversité, reflétant ainsi le fait que les décideurs ne sont que très peu au courant de l'étendue et de l'importance de ce problème vis-à-vis de la planification du développement.

D'autres exemples d'absence de politique comprennent les cas d'éléments économiques extérieurs tels que les émissions d'air ou la pollution de l'eau, qui nuisent aux écosystèmes ou qui menacent les espèces, mais dont les conséquences ne pèsent pas sur ceux qui sont responsables de la pollution. Une politique régulatrice peut être nécessaire dans de tels cas, pour compenser l'absence de motivations ou de dissuasions économiques. La mise en application du principe selon lequel "le pollueur paie" peut aider à contrôler le dégât écologique dans les cas où la responsabilité peut être vérifiée. Cependant, la plupart de la perte de biodiversité en Afrique n'est pas le résultat de la pollution industrielle, et les réformes de ce type ne devraient pas considérablement changer les tendances de perte de biodiversité actuelles.

Le secteur de la pêche représente un autre cas où le manque de politique est un facteur dans la perte de biodiversité. La plupart des pays ne maintiennent que peu, ou pas du tout, de surveillance sur leurs ressources maritimes, et ils semblent incapables d'établir des lignes directrices pour obtenir des prises durables ou pour surveiller le fonctionnement de la pêche commerciale. Il semble que de grandes entreprises étrangères sont en train d'exploiter de nombreuses eaux côtières africaines, et les espèces à valeur commerciale (les crustacés par exemple) deviennent de plus en plus rares. Les récifs de corail et d'autres écosystèmes fragiles sont également en train d'être abîmés, avec peu de réaction efficace de la part des gouvernements, bien que le tourisme représente une source précieuse de devises étrangères dans ces régions. Même dans le cas des parcs marins, la mise en vigueur est minimale et le ramassage de souvenirs et de trophées, la pêche illégale, et l'ancrage destructeur de bateaux sur les récifs de corail sont des pratiques courantes (Smart, Adams, et Jenkins 1990).

L'introduction de la perche du Nil dans les eaux du Lac Victoria aurait semble-t-il éliminé de nombreuses espèces de poissons endémiques (Juma 1991a; Lamb et McHugh 1986). La sécheresse, la sur-exploitation de la pêche, la sédimentation, l'emploi de la dynamite, et la pollution représentent d'importantes menaces à la biodiversité dans les régions côtières, les rivières, et les lacs africains (Groombridge 1992), qui font partie des plus riches du monde, et pourtant des politiques appropriées n'ont pas encore été instaurées, à l'exception de quelques cas très rares. La sur-pêche a entraîné une grave réduction de ressources dans la Rivière Niger; un projet pour sécher et fumer le poisson proposé par la Gesellschaft fur Teknische Zussamenarbeit (GTZ) a été annulé quand les prises locales sont passées au-dessous des niveaux requis pour rendre même une entreprise à petite échelle commercialement viable (M. Djedje et U. Fischer, comm. pers.).

Le Malawi possède une loi qui interdit l'introduction d'espèces exotiques dans le Lac Malawi, qui possède plus d'espèces de poissons endémiques que tout autre lac du monde (Smart, Adams, et Jenkins 1990). Cependant, le succès à long terme de cette politique pourrait être miné par le fait que la Tanzanie et le Mozambique, qui partagent la rive du lac, n'ont pas adopté de telles politiques (I. Deshmukh, comm. pers.). De même, dans les autres grands lacs africains, la politique des pays à rives frontalières risque d'influer sur la biodiversité; ensemble, ces lacs contiennent la plus grande diversité de faune de poissons du monde (Smart, Adams, et Jenkins 1990). Les organismes régionaux, tels que la Southern African Development Community (SADC) en Afrique australe, ou la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) dans la Région des Grands Lacs, pourraient servir de mécanismes utiles à la négociation d'accords multinationaux pour protéger la biodiversité.

Cependant, peu de pays ont jusqu'à présent instauré de politique traitant explicitement de la biodiversité. Bien que certains aspects de la biodiversité soient compris dans les Plans d'Action Nationaux pour L'Environnement (les NEAP) ou dans les stratégies de conservation, tous les pays de l'Afrique au sud du Sahara n'ont pas institué de tels programmes. De plus, certains aspects importants de la politique sur la biodiversité, tels que les droits de biens intellectuels et génétiques, ne sont pas ordinairement abordés dans les NEAP ou dans les stratégies de conservation existantes. Cela suggère qu' il existe un besoin de créer des politiques précises qui abordent ces problèmes, et qui soient préférablement intégrées à l'ensemble d'une politique ou d'une stratégie nationale sur la biodiversité.

Enfin, le système courant des comptes nationaux sur le revenu ne reflète pas, dans ses mesures existantes de la performance économique, les coûts de l'environnement se rapportant à la réduction des ressources et à la dégradation de l'écosystème. Certains économistes ont proposé de modifier le calcul du P.N.B. ou du P.I.B. pour mieux identifier une série d'effets négatifs provenant de la réduction des ressources non-renouvelables, ou pour tenir compte d'autres formes de dégradation de l'environnement (TSC et WRI 1991; Repetto 1989; Ahmad, El Serafy et Lutz 1989). Le WRI et d'autres ont démontré que l'exploitation non-durable des ressources naturelles produit de sérieuses conséquences économiques qui ne sont pas reflétées par les statistiques courantes de la macro-économie. Au Costa Rica, par exemple, une récente étude a calculé que les effets cumulatifs du déboisement, de l'érosion du sol, et de la surpêche entre 1970 et 1989 ont eu pour résultat une perte de "capitaux" en ressources naturelles équivalente à un an du Produit Intérieur Brut (TSC et WRI 1991).

C'est en se penchant sur les coûts à long terme de l'aménagement non-durable des ressources que les législateurs seront davantage incités à modifier ou à réformer les politiques qui encouragent les investissements à conséquences néfastes sur l'environnement. Plusieurs pays appartenant à l'Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE), y compris les Etats-Unis, le Japon, les Pays-Bas, le Canada, et la Norvège, ont commencé à inclure divers types de comptes liés aux ressources naturelles ou à l'environnement dans leur planification économique, et la France a étendu ce concept pour y inclure les biens culturels et historiques aussi bien que les ressources naturelles, sous la rubrique des "comptes du patrimoine" (Ahmad, El Serafy, et Lutz 1989). De telles démarches pourraient également s'appliquer à de nombreux pays d'Afrique au sud du Sahara, qui ont tendance à dépendre encore plus des ressources naturelles que les pays de l'OCDE. La Côte d'Ivoire, par exemple, a établi un "compte qualitatif et quantitatif du sol", qui fait des essais de changements d'exploitation de la terre et d'érosion du sol, puis qui projète leurs futures conséquences économiques pour qu'elles puissent être considérées par les législateurs (Theys 1989).

Obstacles à la réforme politique

On reconnaît partout le besoin de réformer la politique, mais plusieurs sortes de problèmes handicapent sa mise en oeuvre. Ceux-ci peuvent être classifiés en deux catégories fondamentales: les contraintes conceptuelles et les contraintes pratiques sur la réforme politique.

Obstacles conceptuels

Le principe qui est la base des projets de modification des comptes nationaux est que la réduction des ressources naturelles devrait être évaluée en tant que frais de la société. Par contraste, les systèmes de comptabilité actuels considèrent les rendements des activités qui épuisent ces ressources comme étant un revenu net, plutôt qu'une diminution de réserve de capital limité. De plus, tandis que les frais d'épuration faisant suite au dégâts soufferts par l'environnement sont normalement pris en compte comme étant économiquement avantageux, le coût des dégâts eux-mêmes n'apparaît jamais dans les comptes nationaux.

De nouvelles méthodes de comptabilité nationale sur les revenus qui reflètent pleinement les coûts de la réduction des ressources ne sont pas encore bien développées, et elles n'ont pas encore été adoptées par la communauté financière internationale, bien que diverses approches aient été proposées. Plusieurs pays industrialisés ont commencé à incorporer des composantes de patrimoine des ressources naturelles, ou de patrimoine écologique, dans le système de comptes nationaux (SCN) des Nations Unies. Plusieurs études ont démontré que les taux de croissance économique dans les pays exportateurs de bois seraient beaucoup plus bas, ou même négatifs, si la réduction des ressources et le dégât écologique avaient été calculés dans les comptes nationaux (TSC et WRI 1991; Repetto 1989). Cependant, plusieurs de ces projets actuels sont incompatibles, puisqu'ils se basent sur des hypothèses différentes sur le rôle des SCN et sur l'étendue des changements nécessaires pour pouvoir aborder les préoccupations mentionnées ci-dessus au sujet de l'environnement.

Certains économistes défendent le système actuel en se basant sur le fait que la "réduction" est une notion trop vague pour être comprise dans les SCN. Le concept du "patrimoine des ressources" n' est pas statique: les réserves qui ne sont pas économiquement utiles selon un ensemble de prix de marché, ou selon les technologies de redressement ou d'exploitation, pourraient être beaucoup plus attirantes à des prix différents ou sous différentes conditions technologiques. De plus, les taux de rendement soutenables, les définitions de la sur-exploitation, et d'autres critères nécessaires peuvent être soumis à des interprétations hautement variables, susceptibles de compliquer, et peut-être même de politiser, sans fin les efforts entrepris pour rendre les SCN plus sensibles à l'environnement. Une autre question qui n'a pas été résolue consiste à décider s'il faudrait incorporer les comptes sur les ressources naturelles ou sur l'environnement en unités physiques, ou bien de leur attribuer une valeur en termes financiers.

Néanmoins, les économistes semblent tomber d'accord sur le fait que le système actuel est imparfait. Il est probable que les pays industrialisés continueront à incorporer les facteurs écologiques dans leurs comptes nationaux et, éventuellement, ils seront également introduits dans beaucoup de pays en voie de développement. Il n'existe actuellement aucune méthode convenue pour y parvenir, mais un tel objectif pourrait être atteint petit à petit même sans avoir à recourir à une modification formelle des SCN actuels, et il aiderait peut-être à accélérer la négociation d'une nouvelle norme. Du point de vue de ce rapport, une question non résolue est si la biodiversité devrait être comprise en tant que composante distincte du SCN, ou bien si elle devrait être subsumée au sein d'une catégorie plus vaste de "patrimoine de ressources naturelles."

Obstacles pratiques

Contexte politique

Comme il a été noté dans ce rapport, les contraintes de la terre, le besoin d'entretenir un commerce avec l'étranger, et des niveaux élevés de pauvreté posent des obstacles majeurs à l'amélioration du maintien de l'exploitation des ressources et à la conservation de la biodiversité. Ceux qui sont en mesure de prendre des décisions risquent de penser qu'ils n'ont d'autre choix que de donner leur accord à des activités qui pourraient nuire à la biodiversité. Dans la plupart des pays africains, des niveaux élevés d'accroissement de la population, combinés à la structure d'une population jeune, signifie que le nombre de chercheurs d'emplois prêts à faire partie de l'économie grandit rapidement. Il se peut que les administrateurs considèrent favorablement l'exploitation des ressources naturelles dans les régions rurales, même au détriment de la biodiversité, si elle réduit la demande d'emplois, de logements, et d'autres services dans les zones urbaines surchargées. Les cultivateurs itinérants, qui ouvrent les régions boisées à l'agriculture, les brûleurs de charbon, et les mineurs artisanaux, peuvent tous être considérés comme étant des travailleurs indépendants, et leur initiative peut être considérés favorablement par les gouvernements contraints à venir à bout des crises économiques. Ainsi, l'un des défis à relever sera de trouver les moyens de minimiser les effets hostiles à la biodiversité provenant de ces entreprises, sans imposer un fardeau déraisonnable aux gouvernements incapables de fournir d'autres emplois ou d'autres gagne-pains.

En général, les partisans de la biodiversité font défaut, comparé aux exploitants des ressources naturelles qui profitent économiquement des modes d'exploitation de ressources en existence. De plus, la conservation peut parfois être considérée comme étant une préoccupation du Nord, des classes moyennes, ou bien intellectuelles, imposées sur les pays en voie de développement, et qui peut être incompatible avec les réalités économiques que doivent affronter les Africains. Par conséquent, l'enseignement en matière de biodiversité doit illustrer comment la conservation de la biodiversité est directement dans l'intérêt des pays africains, pour stimuler la création d'associations appropriées, et pour développer des voies de communication pour le soutien de la conservation de la biodiversité qui soient susceptibles d'atteindre ceux qui prennent des décisions à ce propos. (Une discussion plus détaillée de ce sujet figure au Chapitre 8.)

Le fait d'assigner des mandats institutionnels à des problèmes couvrant des secteurs multiples peut constituer un obstacle important lorsque les gouvernements sont organisés le long des lignes de secteurs classiques, sans posséder les mécanismes efficaces capables de traiter les problèmes complexes qui chevauchent les juridictions des agences. La politique et les activités des différents ministères peuvent être en désaccord, alors que d'autres problèmes importants peuvent résider en dehors du domaine des départements existants. Comme la biodiversité est un sujet complexe et qui recouvre plusieurs disciplines, toute stratégie pour la conservation doit faire intervenir des actions et des réformes au sein de nombreux secteurs existants (voir Tableau 17), ainsi que dans les disciplines académiques. Le gouvernement de la Gambie, par exemple, a créé une Section sur l'Environnement à l'intérieur de son Ministère des Ressources Naturelles et de l'Environnement, qui est responsable, entre autre, de la coordination des apports des agences donatrices à la planification et à la mise en oeuvre d'un projet intégré de conservation et de développement dans le Parc National de Kiang West et dans ses environs.

Les organismes para-étatiques - tels que les commissions de commercialisation des graines et des produits laitiers, les instituts agricoles et d'autres instituts de recherche, et les banques de graines-peuvent également être utiles. De plus, la banque centrale d'un pays joue un rôle indirect à travers des fonctions telles que le contrôle sur l'accès aux devises étrangères. Les banques de développement nationales contrôlent souvent l'accès au crédit, ce qui peut influencer des modèles d'investissement potentiellement nuisibles à la diversité.

II est clair qu'une analyse politique et un programme de réforme complet sur la biodiversité doivent comprendre tout un éventail d'institutions dont les activités et les pratiques se chevauchent. Leurs effets sur la biodiversité varient de manière subtile ou directe, et la capacité de modifier certains aspects d'une politique ou d'une pratique actuelle peut être contraintes par de nombreux facteurs. Il est important de créer un ensemble de priorités pour qu'elles soient analysées et mises en oeuvre, sinon les tentatives de réformer le cadre politique risquent de se dissiper face à l'échelle et à la complexité de la tâche, et par le caractère apparemment intraitable de certains de ses aspects.

Au Kenya, la Section Nationale sur la Biodiversité a conçu une matrice qui met en corrélation les politiques au niveau de la micro-économie, de la macro-économie, du domaine socio-légal, et de la recherche/formation, avec des catégories basées sur les classifications de l'écosystème ou sur les formes d'exploitation de la terre: sylviculture/terres arides, agriculture, marécages/marin, et flore et faune/autre (NBU 1992). Cette approche peut offrir un moyen utile pour effectuer une analyse de structure, et pour établir les priorités d'une recherche empirique qui pourraient être requises pour justifier des projets de réforme politique.

Un dernier obstacle pratique à la réforme politique est le fait que les attitudes des preneurs de décisions envers la conservation sont parfois ambiguës, et l'étendue de leurs actions peut par conséquent être limitée. La priorité peut être donnée aux projets de développement conventionnels, en particulier à ceux qui ont été identifiés comme étant capables de procurer des changes étrangers, alors que les suggestions visant à restreindre l'exploitation des ressources naturelles peuvent être qualifiées d' "anti-croissance". Ceci est souvent le cas dans les pays industrialisés aussi. Les activités de conservation dont les coûts sont continuels et substantiels peuvent poser des problèmes aux gouvernements qui doivent déjà faire face à de sévères contraintes budgétaires.

 

Tableau 17. Agences gouvernementales concernées par la politique de la biodiversité

De nombreuses agences gouvernementales peuvent jouer un rôle vis-à-vis des politiques qui influent sur la conservation de la biodiversité à travers le continent. Les agences spécifiques varieront d'un pays à l'autre, mais une liste générale des ministères ou des départements, suivie des sujets de politique qu'ils pourraient influencer, comprend:

Les échanges de dettes pour la nature, et d'autres mécanismes financiers innovateurs, apparaissent comme étant des moyens possibles de rendre les activités de conservation plus attirantes. Les frais de perspective de ces investissements pourraient être peu élevés, puisqu'autrement les pays risquent de ne pas avoir accès à de tels fonds. D'un autre côté, de tels projets de financement pourraient être considérés comme défavorables dans les situations où la dette internationale est devenue une affaire politique.

Autorité locale

De nombreuses initiatives qui ont été recommandées pour créer des projets plus efficaces sur la conservation de la biodiversité nécessitent des services gouvernementaux au niveau local qui soient compétents et qui puissent réagir. Le besoin d'incomber le pouvoir de la prise de décision aux niveaux locaux est de plus en plus accepté par les gouvernements, et diverses agences donatrices soutiennent les programmes qui visent à cette fin. Cependant, le progrès s'effectue souvent lentement, et il a été retardé par de nombreuses réalités propres à l'environnement politique de l'Afrique au sud du Sahara.

Les contraintes financières et de mise en oeuvre, ainsi que les contraintes institutionnelles et de personnel, constituent des obstacles importants à la réforme politique. L'objectif principal des programmes de mise au point des secteurs établis par le FMI et par la Banque Mondiale à été de réduire la taille du secteur public. A long terme, la rationalisation des services gouvernementaux n'est pas contraire à la décentralisation, elle est probablement nécessaire. Cependant, en pratique, il n'est pas rare de voir que ce sont les services régionaux ou locaux qu'on élimine avant ceux qui se situent au niveau du gouvernement central. Il en résulte que de nombreux services d'extension et d'agences sur le terrain ont été paralysés dû au manque de fonds dans le domaine du transport. Dans certains cas, des départements entiers peuvent se retrouver sans moyens de financer l'exploitation, et les salaires peuvent avoir des mois de retard. En Afrique centrale, par exemple, les niveaux de salaire extrêmement bas des autorités travaillant dans le domaine de la sylviculture ont vivement incité les compagnies d'exploitation du bois à éviter les restrictions et les impôts qui s'appliquent à l'abattage en ayant recours à la corruption (lIED 1988).

A la fin des années 1980, le gouvernement de la Tanzanie a institué une politique de "décentralisation" des services gouvernementaux. En pratique, cela signifiait que les autorités locales se retrouvaient sans soutien budgétaire, et pourtant avaient peu de choix pour remplacer les fonds nécessaires par l'intermédiaire des ressources locales. Il en résulta un net déclin dans le rendement produit par les écoles locales, et de nombreux enseignants abandonnèrent leurs salles de classe pour aller à la recherche d'autres sources de revenu. Dans de nombreux cas, le besoin de payer en espèce des frais de scolarité rapidement en hausse a forcé les agriculteurs à abandonner les cultures de subsistance pour se consacrer aux cultures commerciales, et ce virement risque d'avoir des répercussions à long terme sur la biodiversité. A la longue, l'affaiblissement des systèmes d'éducation peut clairement avoir des effets négatifs sur la conservation de la biodiversité (voir Chapitre 8).

Il faut également renforcer la capacité d'analyser les politiques et de documenter leurs conséquences pour ceux qui auront à prendre des décisions. La possibilité de fournir un personnel qualifié au niveau local, étant donné la situation de la plupart des pays africains, demeurera sans doute une tâche extrêmement difficile à effectuer dans les années à venir. Un moyen d'aborder ce problème serait de mieux profiter des organisations locales, y compris de ce qu'il reste des systèmes traditionnels et de l'autorité tribale, et d'avoir davantage recours aux ONG. Au Niger, par exemple, Africaire a l'intention d'organiser des projets de gestion de ressources naturelles conjointement avec les structures d'autorité traditionnelles, qui commencent à gagner en crédibilité et en pertinence depuis que le gouvernement central est moins en mesure de fonctionner au niveau local dû aux crises budgétaires et politiques (J. Grey, comm. pers.). Par contraste, le gouvernement Kényan a à plusieurs reprises refusé de déléguer certaines activités de gestion des ressources naturelles aux niveaux locaux, tel que dans le cas de l'extension de la sylviculture (Zimmerman 1992).

Les autorités locales devront continuer à coordonner leurs activités de manière efficace avec les agences nationales, pour diverses raisons techniques aussi bien que politiques. Par exemple, l'accès à des données obtenues à distance, ou bien une coordination avec les planificateurs du développement national sur les lieux proposés pour y effectuer des travaux d'infrastructure ou d'autres activités, nécessiteront une coordination de ce genre. La tâche d'assurer l'efficacité de ce rapport constituera un autre défi au processus de décentralisation de la prise de décision.

Efficacité de la réforme politique

Les réussites, les échecs, et les leçons apprises grâce aux efforts récents visant à réformer la politique axée sur la conservation de la biodiversité représentent d'importants sujets de recherche. Cependant, la manière dont les nouvelles politiques seront mises à l'oeuvre, et non seulement formulées, constituera un facteur clef au succès des programmes de réforme politique. Bien que des instruments politiques ou législatifs précis puissent être mis en place avec succès pour assurer la protection et la conservation de la biodiversité, certaines décisions journalières risquent de produire l'effet contraire, et les tendances réelles pourraient contredire les objectifs politiques énoncés.

Par exemple, il se peut que la politique officielle exige une évaluation des effets sur l'environnement comme condition préalable à l'autorisation de certains types d'investissement. Pourtant, il est courant que certains pouvoirs discrétionnaires assez vastes soient présentés aux représentants gouvernementaux chargés de juger les mérites de certains cas précis. Si ces problèmes sont typiquement résolus de manière à entraîner la réduction des ressources naturelles, on peut en conclure que l'ensemble de la politique de l'environnement est défavorable à la biodiversité, malgré l'existence de lois qui la protègent officiellement.

Dans certains cas, l'incapacité du gouvernement de payer les salaires de son personnel a donné lieu à une stratégie selon laquelle on s'attend à ce que les représentants des départements tels que la sylviculture ou le service des douanes s'arrangent tous seuls pour se procurer un revenu. La mise en application des mesures politiques dans des cas pareils peut devenir une affaire de hasard, et ici aussi, les événements réels peuvent être fort différents des positions officielles.

Un autre aspect important du climat actuel de la réforme politique en Afrique au sud du Sahara a trait à la nécessité de créer un facteur de "transparence" vis-à-vis des gouvernements. Il ne s'agit pas uniquement de contrôler la corruption pécuniaire. De façon plus importante, cela suggère le besoin de créer un éventail plus large de participation publique dans le processus de la prise de décision. Par exemple, dans de nombreux pays industrialisés, les décisions exécutives sont soumises à un commentaire et à un débat public avant de devenir officielles. Cela permet à une plus grande gamme d'opinions d'être entendue, et les groupes à intérêts particuliers ont également l'occasion d'exprimer leurs points de vue. Par contraste, dans certains pays en voie de développement, les décrets exécutifs ne sont soumis qu'à très peu, ou même pas du tout, de révision publique, et les commentaires extérieurs sur le processus de la prise de décisions peuvent même être activement découragés.

De plus, dans beaucoup de pays africains, il existe peu de contrôle légal sur le pouvoir exécutif, et les groupes qui s'opposent à certains développements n'ont que peu de recours à leur disposition. Il se peut que les trouvailles des études de faisabilité ou des évaluations des effets sur l'environnement ne soient pas divulguées, et souvent il n'est pas possible de prendre des mesures légales contre le gouvernement pour arrêter les activités qui sont écologiquement nuisibles. Une plus grande ouverture et davantage de responsabilité de la part de l'adiministration publique peuvent constituer des étapes importantes envers la conservation de la biodiversité. De plus, la réforme judiciaire et la séparation des pouvoirs peuvent être des étapes importantes dans le renforcement du processus de participation. Dans les pays industrialisés, les tribunaux ont été un facteurs critique au développement d'une protection plus vigoureuse de l'environnement; un tel développement s'avère également nécessaire à l'heure actuelle en Afrique au sud du Sahara.

 


CHAPITRE SEPT

PARTICIPATION A LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE

Le sujet

Au cours des deux dernières décennies, les experts dans le domaine du développement en Afrique se sont éloignés des démarches allant du "haut vers le bas" pour se tourner plutôt vers une manière plus participative d'aborder les problèmes, du "bas vers le haut". Ce changement de direction a eu lieu car on assiste à une reconnaissance grandissante du fait que la coopération, la participation, et la gestion locales sont cruciales pour aboutir à la fois à des résultats à court terme en ce qui concerne le développement, et à des conditions durables à long terme. De même, les experts dans le domaine de la conservation commencent à apprécier la nécessité d'incorporer la participation locale au sein des efforts de conservation de la biodiversité. Les défenseurs de l'environnement se tournent à présent vers l'expérience du développement pour en tirer des leçons utiles sur les moyens d'encourager la participation des populations locales au processus de la conservation en Afrique.

Qu'est-ce que la participation?

La participation locale, ou la participation de la communauté, a été définie de manières différentes dans la documentation qui traite de ce sujet. Selon Paul (1987), la participation de la communauté est le processus par lequel "les gens agissent en groupes pour influencer la direction et le résultat des programmes de développement qui les toucheront." On peut considérer la participation comme étant l'action délibérée des citoyens et du gouvernement de répondre conjointement en formulant, en planifiant, et en mettant en oeuvre une stratégie pour satisfaire un besoin particulier. Brown et Wyckoff-Baird (1992) fournissent une définition plus large en déclarant que la participation "peut mieux se définir comme étant un processus continu, allant d'un apport limité à la prise de décision et au contrôle, jusqu'à un apport beaucoup plus vaste à la prise de décision, et enfin jusqu'à la régie des ressources."

En définissant la participation locale ou de la communauté, il est important de reconnaître qu'une "communauté" est une entité qui se définit elle-même. Seuls ceux qui sont au sein d'une communauté savent qui y appartient et qui n'y appartient pas. Les communautés sont composées d'intéressés différents, qui possèdent une variété de caractéristiques qui les définissent (par exemple, le sexe, la classe, le pouvoir, l'ethnie, la religion, l'âge). Dans le contexte de ce rapport, le terme "intéressé" se rapporte à tout individu ou groupe ayant un intérêt net vis-à-vis de l'exploitation et de la gestion d'une ressource naturelle particulière. Les intéressés peuvent comprendre toutes sortes de personnes, depuis les membres du gouvernement et de l'industrie jusqu'à ceux des organismes non-gouvernementaux autochtones ou internationaux, et ces personnes peuvent entreprendre diverses activités pour gagner leurs vies, exploitant ainsi les ressources de nombreuses façons différentes.

Il faut également considérer la participation comme étant plus étendue qu'une simple participation locale. Dans le cas du développement de stratégies nationales, par exemple, la participation doit provenir des professionnels qui sont en mesure d' identifier et de classifier les ressources biologiques qui existent dans les divers habitats des pays, et qui par la suite peuvent aider à définir des objectifs clairs et nets quant à leur conservation et à leur exploitation.

Evolution de la participation à la conservation

Traditionnellement, les efforts de conservation ont eu tendance à dépendre d'une protection sévère offerte par la création de parcs nationaux et d'autres zones protégées. Cependant, les communautés entourant les zones protégées ont souvent encouru les frais et n'ont que rarement profité des bénéfices associés aux zones protégées avoisinantes, et par conséquent ne se sont que très peu directement intéressées à la protection des ressources biologiques situées dans ces zones protégées. Il s'en suit que les attitudes des résidents locaux ont souvent été défavorables aux zones protégées. Les communautés de l'ouest du Ghana, par exemple, préfèrent les réserves forestières aux réserves de flore et de faune, car elles utilisent moins les ressources trouvées dans les réserves de flore et de faune. Dans les cas où la gestion d'une zone protégée est insuffisante, les pressions provenant des populations croissantes, de la pauvreté étendue, et des pratiques non durables de l'aménagement de la terre en dehors des limites des zones protégées peuvent inciter les populations à empiéter de façon illégale et destructrice sur les zones protégées (Wells et Brandon 1992). Ces pressions exercées sur les zones protégées en Afrique risquent d'augmenter avec des demandes croissantes de ressources.

Les futures chances de succès des zones protégées en Afrique semblent dépendre de la coopération et du soutien de la population locale. Cette coopération et ce soutien dépendent, à leur tour, de la capacité qu'ont ces régions à fournir aux communautés locales des bénéfices suffisamment concrets pour que les populations acceptent que ces régions demeurent des réserves. Cette notion est illustrée par le cas du Parc National d'Amboseli, au Kenya. En 1984, le Wildlife Extension Projet (Projet d'Extension de la Flore et de la Faune) (WEP), un projet participatif basé sur la communauté, fut créé à proximité du Parc d'Amboseli. Selon Hannah (1992), "l'efficacité de cette méthode du bas vers le haut ne fit preuve que de progrès limités". Cependant, faisant suite au projet WEP, le Kenya Wildlife Service (Service de la Flore et de la Faune du Kenya) (KWS) commença à mettre en oeuvre de nouvelles politiques visant à assurer une coopération et un dialogue constructif avec les communautés locales aux alentours du Parc d'Amboseli, par l'intermédiaire du partage des revenus (Lembuya 1992). En janvier 1991, KWS mit quatre millions de shillings kényans de côté (12 pour cent des frais d'Amboseli pour 1990), pour les partager entre les quatre ranchs à proximité du parc. Cette initiative en est encore à ses stades initiaux, mais elle commence déjà à influencer de manière positive les attitudes locales envers la flore et la faune (P. Lembuya, comm. pers.). (Voir Tableau 18 pour consulter un autre exemple de participation de la communauté au Kenya.)

Il faut également faire des efforts pour atténuer les pressions qui s'exercent sur l'aménagement de la terre dans les régions qui se trouvent en dehors des zones protégées. Par exemple, dans l'ouest du Ghana, les populations considèrent souvent les réserves forestières comme étant des sources de futures terres agricoles. Il existe un besoin urgent de développer des options pratiques susceptibles de satisfaire les demandes grandissantes des communautés locales. De telles options comprennent: les technologies et les moyens agricoles capables d'augmenter la productivité en augmentant le rendement par unité de surface, plutôt qu'en augmentant la surface de terre arable; l'exploitation d'espèces sauvages animales et végétales utiles (par exemple, les rongeurs qui coupent l'herbe [Thryonomys swinderianus] et un arbre forestier [Garcinia] dont on mâche les brindilles, au Ghana), et/ou d'autres moyens de réduire la pression exercée sur les populations de flore et de faune (Ntiamoa-Baidu en prép.).

L'importance de joindre la gestion des zones protégées aux activités économiques des communautés locales a été soulignée dans l'édition 1980 de World Conservation Strategy (IUCN, UNEP, et WWF 1980). A travers l'Afrique, un nombre de plus en plus important de projets tentent d'inciter les communautés locales à participer aux efforts de conservation de la biodiversité dans les zones protégées. A Madagascar, par exemple, la communauté locale a accepté de créer la réserve de Beza Mahafaly, avec l'intention de créer des activités de développement pour améliorer leurs moyens d'existence (Wells et Brandon 1992). Dans le programme intitulé "Administrative Design for Game Management Areas" (ADMADE), en Zambie, les communautés locales participent directement à la protection et à la gestion de leurs ressources naturelles dans les domaines de la gestion du gibier, et une partie importante des revenus de la flore et de la faune (en particulier de la chasse en safari) leur est rendue (Kiss 1990). Le programme ADMADE a établi la base qui permettra aux communautés locales de gérer leurs ressources naturelles de façon durable.

De nouveaux mécanismes assurant la participation des communautés locales à la gestion des ressources naturelles situées dans les zones protégées avoisinantes doivent être explorés et institués. Cela aidera à éliminer les sentiments selon lesquels les réserves sont "pour le gouvernement", résultant en une antipathie générale envers de telles réserves. En premier lieu, la représentation des groupes locaux intéressés au sein des comités de gestion des sites des réserves peut considérablement faciliter la communication des objectifs et des activités des projets aux populations, promouvoir un sentiment participatif, et éliminer les malentendus (Ntiamoa-Baidu 1991b).

 

Tableau 18. Conservation par la communauté dans le Parc National de Tsavo Ouest, au Kenya

Basé sur le principe selon lequel les communautés locales devraient participer et profiter de la conservation des zones protégées, la African Wildlife Foundation (Fondation pour la Nature Africaine) (AWF) a crée un programme intitulé "Zones Protégées: Voisins et Partenaires." Au sein de ce programme, l'AWF a initié le Projet de Conservation par la Communauté du Parc National de Tsavo Ouest (TCCP) en 1988. Financé par l'Agence des Etats-Unis pour le Développement International (USAID), ce projet se penche sur les conflits entre les autorités gouvernementales et les communautés locales.

Les incursions des troupeaux constituent un problème à Tsavo Ouest depuis au moins quinze ans. Les autorités du parc ont essayé d'empêcher les troupeaux de pénétrer dans de parc en arrêtant les pasteurs locaux et en leur faisant payer des amendes. Cependant, ces efforts de mises en vigueur n'ont pas réussi à empêcher les troupeaux de brouter dans le parc.

Selon le TCCP, l'AWF a tenté de résoudre le problème des troupeaux à Tsavo Ouest par le dialogue, plutôt que par des amendes et des détentions. L'AWF a rassemblé les populations locales, les autorités du parc, et les représentants du district, et elle a aidé à résoudre les malentendus entre eux. Des discussions basées sur le dialogue, et qui avaient pour sujet d'autres manières de faire paître les troupeaux ainsi que la création d'activités susceptibles d'engendrer un revenu, conduisirent les communautés locales à accepter de retirer leurs troupeaux du parc en 1990.

A cause de l'expérience de l'AWF à Tsavo Ouest, le Kenya Wildlife Service (KWS) forma une équipe conjointe AWF/KWS pour concevoir un programme d'ensemble sur la conservation par la communauté pour le KWS. Basé sur les recommandations de l'équipe, le KWS décida de créer une unité officielle au sein du KWS, intitulée Community Wildlife Service (CWS). Par l'intermédiaire du Projet de Conservation des Régions à Ressources Biodiverses (COBRA), l'USAID aidera le KWS à créer un service CWS capable de bien fonctionner, et elle aidera le KWS à mettre en oeuvre son nouveau programme de conservation par la communauté pour la gestion de la flore et de la faune, afin de démontrer les intérêts financiers et sociaux obtenus en protégeant les ressources de la flore et de la faune.

Bien que la création d'une unité intitulée Community Wildlife Service au sein du KWS soit un accomplissement remarquable, la conservation par la communauté est encore une notion relativement nouvelle au Kenya. L'Unité CWS ne constitue qu'une petite portion de tout le programme du KWS, et il faudra encore beaucoup de temps et d'effort avant de changer la manière dont le personnel du parc considère les populations locales, et pour instituer des méthodes constructives plutôt que conflictuelles pour résoudre les problèmes soulevés entre les hommes et la flore et la faune.

Malgré les premiers succès, les troupeaux broutent de nouveau dans le parc de Tsavo Ouest. A cause des conditions de sécheresse en 1991, le KWS autorisa la population locale à laisser ses troupeaux paître de manière limitée dans le parc. Cependant, lorsque cette autorisation expira, les troupeaux demeurèrent dans le parc. Ce n'est que récemment que les communautés ont de nouveau commencé à retirer le bétail.

Le Projet de Conservation par la Communauté à Tsavo illustre à la fois les résultats potentiels et les complications soulevées lorsqu'on essaie d'éliminer les barrières qui existent entre les populations locales et les autorités gouvernementales. Pour que les efforts de conservation par la communauté réussissent, les autorités gouvernementales doivent être convaincues que les populations locales soient capables d'exploiter les ressources de façon durable, et les populations locales doivent être assurées que les gouvernements protègeront leurs droits et leurs intérêts. Les progrès initiaux à Tsavo Ouest suggèrent la nécessité d'étudier davantage et de soutenir les programmes de conservation par la communauté.

Etendre la participation aux régions qui ne sont pas protégées

Toute stratégie future pour conserver la biodiversité en Afrique doit être étendue de manière à inclure la biodiversité située sur les 96 pour cent des terres qui se trouvent en dehors des zones protégées. Cela représente des terres sur lesquelles les hommes et la nature agissent l'un sur l'autre. Par conséquent, la conservation de la biodiversité sur ces terres nécessite la participation des populations locales - des populations qui exploitent les ressources naturelles pour survivre et qui prennent quotidiennement des décisions sur la gestion des ressources.

Le besoin de se tourner vers la perte de biodiversité dans les régions qui ne sont pas protégées a incité les défenseurs de la conservation à se pencher de plus près sur les liens qui existent entre la conservation, le développement, et les stratégies de développement qui font participer les communautés locales aux efforts de conservation. Par exemple, Our Common Future (Notre Avenir Commun) (1987), publié par la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement, a étudié en détails les liens complexes qui existent entre la pauvreté, le développement, et l'environnement, et a aidé à chercher comment lier la conservation au développement, à rendre le "développement durable" réalisable, et à faire de la conservation une activité qui s'oriente vers les hommes (Wells et Brandon 1992).

Le Communal Area Management Programme for Indigenous Resources (Programme de Gestion de Régions Communales pour les Ressources Indigènes) (CAMPFIRE) au Zimbabwe, est l'un des programmes les plus reconnus qui tente de promouvoir simultanément la conservation et le développement dans les régions qui ne sont pas protégées en Afrique. Le manque d'autres bons exemples de projets participatifs de conservation et de développement en Afrique est dû, en partie, à une compréhension limitée du processus qui mène à une participation efficace, et, en partie, à la difficulté de parvenir à une participation véritable.

Complexités de la participation locale

L'un des problèmes principaux entravant la participation aux efforts de conservation réside dans le fait que les populations locales considèrent souvent la conservation comme étant antithétique au développement (Gartlan 1992). Les tentatives visant à inclure les populations locales dans les programmes de conservation de la biodiversité en Afrique échoueront à long terme à moins que les populations concernées ne perçoivent ces efforts comme étant dans leurs intérêts économiques et culturels (Brown et Wyckoff-Baird 1992). Pour que les communautés participent de manière efficace, elles doivent également posséder un certain degré de contrôle sur les ressources à conserver. Selon Renard (1992), "l'un des plus grands obstacles à la création de régimes de gestion basés dans la communauté est le manque d'enthousiasme de la part des ministères gouvernementaux d'autoriser un transfert officiel des responsabilités de la gestion aux communautés."

Il se peut que les gouvernements refusent de soutenir la participation locale ou le transfert de pouvoir, surtout s'ils considèrent que cela pourrait menacer l'autorité centrale ou bien encourager les groupes de l'opposition. D'autre part, dans la mesure où la conservation de la biodiversité est associée aux donateurs ou aux gouvernements nationaux du Nord, il se peut qu'une telle conservation soit perçue par les communautés locales comme étant un instrument d'influence et de contrôle, et c'est pour cette raison qu'elles la rejettent (Gartlan 1992).

La tâche de faire participer les populations locales à la conservation de la biodiversité est longue et complexe. De nombreux organismes donateurs et directeurs de programmes sont contraints de dépenser de l'argent rapidement et ne prennent pas le temps qu'il faudrait pour étudier les variables au sein des communautés, pour initier un dialogue avec les communautés, et pour encourager la participation des communautés dans chaque phase d'un projet. Le besoin d'exercer de la patience va également à l'encontre des sentiments d'urgence quant à la nécessité de changer ou de mettre fin aux tendances destructrices de la dégradation (Wells et Brandon 1992). Ce dilemme a clairement été exprimé par le conseiller principal d'un projet au Niger qui tente de promouvoir l'augmentation de la participation locale à l'industrie du tourisme:

Stratégies participatives et conservation de la biodiversité

La participation se réfère ordinairement à la manière dont les populations locales prennent part à la création, à la mise en oeuvre, et à l'évaluation des projets. Afin d'initier un tel processus, il est nécessaire de déterminer qui sont les principaux dépositaires de ce projet - les individus ou les groupes qui sont directement intéressés par les résultats du projet. Souvent, les femmes constituent l'un des groupes d'intéressés les plus importants. Pour que les projets soient bien conçus, il est essentiel de comprendre les droits et les responsabilités qui accompagnent la possession et la gestion des ressources, et comment ceux-ci sont différentiés selon le sexe des personnes concernées. Une fois qu'on a identifié les groupes intéressés, il faut créer des association équitables, de manière à ce que tous les intéressés se sentent à l'aise dans leurs rôles vis-à-vis du processus de la création du projet, et pour être en mesure de donner du pouvoir aux groupes d'utilisateurs de ressources et aux organisations rurales auxquelles ils appartiennent (Brown et Wyckoff-Baird 1992).

Approches participatives

Les approches participatives ont de nombreux objectifs, des modes de fonctionnement, et des résultats différents. Il est nécessaire de comprendre comment fonctionnent les différentes stratégies participatives, et ce qu'elles doivent pouvoir accomplir, à la fois de la perspective de "l'acteur/participant" et de celle de "l'agent extérieur". Il est également nécessaire de comprendre que différentes stratégies qui visent à encourager la participation, et que différents niveaux de participation, peuvent convenir à différentes circonstances et à des groupes différents. Voici trois sortes de stratégies de participation:

1. Stratégie de mobilisation. Avec ce type de stratégie, le plan d'action d'un projet est décidé et conçu par des personnes venant du dehors, habituellement par des spécialistes travaillant pour les institutions donatrices ou gouvernementales qui initient le projet, avant que ne commence la participation locale. Les leaders du programme "mobilisent" ensuite les bénéficiaires choisis pour qu'ils approuvent, collaborent, et adoptent les décisions qui ont été prises. Le contrôle appartient à l'agent extérieur. La stratégie participative de "mobilisation" est relativement facile à initier et à gérer, mais elle n'offre que peu de possibilités de créer une base durable.

2. Stratégie de développement de la communauté Ce type de stratégie demande que des sondages soient effectués ou que des réunions soient tenues pour mieux comprendre les points de vue de la communauté ou de l'institution sur un problème précis qui a déjà été identifié comme étant une contrainte au développement. Dans le cas des situations plus participatives, les groupes pourront alors faire partie, à l'aide de techniques participatives, de la création et du maintien de certaines initiatives spécifiques et/ou de services requis pour résoudre le problème. Les acteurs/participants partagent une quantité précise de contrôle avec l'agent extérieur, mais les décisions relatives à la quantité exacte sont prises par l'agent extérieur. Comme les stratégies participatives de développement de la communauté partagent un certain niveau de contrôle avec les participants locaux, elles sont capables d'être assez durables si les résultats du projet répondent à un besoin important de la communauté (par exemple, une amélioration de la source d'eau).

3. Stratégie d'habilitation. Avec cette approche, les groupes basés dans la communauté, et recevant souvent une aide extérieure, initient un processus d'apprentissage/d'habilitation qui leur permet de définir leurs propres buts et objectifs. Les groupes examinent ensuite les implications des options qui leur sont offertes, et ils décident et assument la responsabilité des actions visant à réaliser les objectifs convenus. Les stratégies d'habilitation exigent que les participants créent les activités et les mettent en oeuvre, leur accordant ainsi les plus hauls niveaux de responsabilité, et produisant des niveaux durables potentiellement élevés.

Les stratégies décrites ci-dessus diffèrent substantiellement en termes de processus et de résultats. Essentiellement, elles deviennent de plus en plus complexes, mais plus susceptibles d'aboutir à une conservation et à un développement durables au fur et à mesure que la responsabilité et le contrôle des participants augmentent. Malheureusement, la plupart des stratégies de participation actuellement employées semblent tomber dans les catégories de la "mobilisation" et du "développement de la communauté".

Etude participative

Tout effort de participation véritable devra inciter les intéressés à définir et à examiner les problèmes et les possibilités, à considérer les options disponibles, à définir les implications de ces options, et à décider quelle(s) option(s) adopter. L'étude participative est un processus de documentation et d' analyse souple, et elle permet à un groupe de suivre ces étapes. La surveillance et l'évaluation continuelle de l'option choisie peut permettre au groupe de retourner à l'étude participative si nécessaire. Un plan des étapes comprises dans l'étude participative est le suivant:

1. Analyser la situation de la communauté. Les participants de la communauté doivent clarifier leurs buts et leurs objectifs, et identifier leurs ressources existantes: Qu'est-ce que les gens veulent dire lorsqu'ils parlent de "conservation", ou qu'est-ce qu'ils pensent que les étrangers veulent dire quand ils en parlent? Leur définition est-elle différente de celle du gouvernement ou de celle du projet? Quelles ressources et quelles méthodes de conservation existent actuellement dans la communauté? Comment sont-elles utilisées? Cette utilisation, est-elle la plus efficace, ou bien est-elle réduite par d'autres situations qui influent sur les efforts? Comment la conservation est-elle liée aux activités de production?

Une importance particulière est placée sur la création d'un sentiment de compréhension parmi les participants de la communauté selon lequel leur perspective est valable et nécessaire, et bien qu'elle puisse différer des perspectives du projet ou des perspectives nationales, aucune d'entre elles n'est nécessairement meilleure que l'autre. Ce processus dépend d'informations adéquates et d'un échange de connaissances entre la communauté et les sources extérieures pour que la communauté et les étrangers aient tous deux les faits nécessaires à leur disposition.

2. Définir les options. Les participants de la communauté doivent ensuite identifier toutes les options qui leur sont présentées. Par exemple, si les activités de conservation et/ou de production sont en ce moment jugées d'insuffisantes selon la perspective de l'analyse de la communauté, il faudra identifier les moyens de les améliorer. A ce stade, il faut faire particulièrement attention à ce que les participants de la communauté identifient bien toutes les options, y compris les pratiques traditionnelles qui auraient pu être négligées en faveur des pratiques "modernes".

3. Evaluer les Options. Toutes les options ne sont pas viables. Par conséquent, les participants doivent à ce stade évaluer chaque option en fonction de son applicabilité et de ses implications. Les questions suivantes doivent être posées:

4. Décider la priorité des options et choisir les mesures à prendre. Les participants de la communauté ont, à ce stade, créé et produit, par leur propre travail et par leur propre analyse, de nouveaux niveaux de connaissances à partir desquels ils pourront prendre des décisions et se mettre à l'action. La priorité des options et des mesures est normalement établie sur deux niveaux à ce stade. Le premier niveau considère ce que les groupes de la communauté peuvent entreprendre eux-mêmes, à l'aide des ressources auxquelles ils ont accès; le deuxième groupe de priorités se penche sur ce que les groupes peuvent entreprendre eux-mêmes, avec l'aide des programmes de conservation venant de l'extérieur.

Ce qu'il faudrait souligner ici est que l'étude participative, par le biais du dialogue et de l'analyse, produit des connaissances qui permettent aux participants de la communauté de contrôler de manière plus responsable les événements qui les toucheront.

Au-delà de l'étude

La participation ne s 'arrête pas au niveau de l'étude. La participation devrait occuper une place centrale au niveau de la mise en oeuvre, et de la surveillance et de l'évaluation. Au stade de la mise en oeuvre, les rôles et les responsabilités de chacun des partenaires doivent être clairement articulés et compris. La mise en oeuvre participative peut aller de la communauté fournissant la main d'oeuvre, les matériaux, ou les fonds, jusqu'à la création conjointe de la gestion du projet, du contrôle par la communauté, ou de la prise de décision. C 'est en déterminant le degré de participation de la communauté que l'on décidera quels mécanismes devront être mis en application pour réaliser une mise en oeuvre efficace du projet.

La surveillance participative est l'enregistrement systématique et l'analyse périodique de renseignements. La surveillance participative fournit une image continuelle des progrès enregistrés par le projet, et qui sont visibles aux membres de la communauté ainsi qu'au personnel du projet. Elle permet d'identifier les problèmes et d'offrir des solutions de bonne heure. Elle aide aussi à assurer que les ressources du projet et de la communauté soient exploitées de manière efficace. L'évaluation participative entreprise par une équipe de représentants de la communauté, d'experts techniques locaux, et d'assistants de l'extérieur permet également d'effectuer un examen périodique sur la façon dont les objectifs du projet se réalisent.

Afin de faciliter la participation de la communauté à tous ces niveaux, les institutions de la communauté qui existent déjà doivent être renforcées, ou bien de nouvelles institutions doivent être créées si nécessaire. Les institutions locales peuvent servir de centre d'intérêt des participants au niveau de la population locale, et de lien entre les populations locales et les organismes extérieurs, que ceux-ci soient gouvernementaux ou non (Wells et Brandon 1992).

L'avenir de la participation en Afrique

Les modèles de développement et de conservation "du haut vers le bas" n'ont pas produit les résultats anticipés. L'approche "du bas vers le haut", et toute la gamme de possibilités qui existent entre elle et celle du haut vers le bas, sont actuellement mises à l'essai. La mise à l'épreuve de nouveaux modèles plus participatifs pour conserver la biodiversité est particulièrement importante, compte tenu de la nécessité de conserver la biodiversité à travers l'ensemble du paysage africain.

Cependant, il faut se rappeler qu'une grande partie des nouvelles approches plus participatives à la conservation n'ont été mises en application que depuis peu de temps. On ne peut pas s'attendre à des résultats immédiats. Les partisans de la conservation devront bien vouloir attendre et observer, surveillant attentivement les progrès établis par ces initiatives, afin de tirer des leçons à partir des succès et des échecs du processus, et de les incorporer à leurs travaux.

L'Afrique connaît actuellement une nouvelle vague de réformes démocratiques au niveau local et national. Les gouvernements despotiques font échec, et le soutien international des régimes oppressifs, motivé par des raisons géopolitiques, est en déclin. Dans ce contexte, il est possible, à présent plus que jamais, d'établir des institutions et de dresser des lignes d'actions qui encourageront la participation des populations à tous les niveaux afin de s'engager dans la voie d'une gestion des ressources naturelles et d'une conservation de la biodiversité qui soient durables.


 

Le sujet

II existe à travers l'Afrique une richesse de connaissances traditionnelles et une vive appréciation des ressources biologiques. De nos jours cependant, de nombreux Africains ont été déplacés de l'environnement où s'appliquent leurs connaissances traditionnelles. Les représentants des services gouvernementaux et des agences internationales sont de plus en plus éduqués selon les systèmes du Nord ou modelés sur ceux du Nord, et us perdent contact avec leurs systèmes de connaissances traditionnels.

Il faut améliorer au sein des populations , ainsi qu'au niveau des représentants gouvernementaux nationaux et des agences de prêts et de dons, la prise de conscience et la compréhension des questions relatives à la conservation de la biodiversité, l'importance de la biodiversité et de la conservation des ressources biologiques vis-à-vis du développement durable, et les moyens de conserver la biodiversité. Les programmes actuels sur l'enseignement et la formation, qui visent à renforcer la sensibilité et la compréhension de la conservation de la biodiversité, sont insuffisants. La sensibilisation - à l'aide des mécanismes scolaires et non-scolaies de l'enseignement, de la formation, et du développement des ressources humaines - est une étape nécessaire à la mise en oeuvre des stratégies de conservation de la biodiversité.

Education

Pour la vaste majorité des Africains ruraux, l'enseignement d'une culture précise constituait une partie simple mais intégrante de la vie de tous les jours. Les connaissances traditionnelles transmises par les anciens et autres membres de la population comprenaient souvent une compréhension détaillée des ressources biologiques locales (voir Chapitre 4). Souvent, les gouvernements coloniaux considéraient les écoles autochtones de formation officielle (religieuse ou culturelle par exemple) comme étant subversives.

Les gouvernements coloniaux introduisirent des modèles d'enseignement scolaire venus d'Europe. Certains ne le firent que lentement; les Portugais, par exemple, ne firent construire des écoles qu'à la fin de l'époque coloniale. Les systèmes d'enseignement primaire et secondaire furent créés dans la plupart des pays, et leurs effectifs augmentèrent petit à petit. Divers types d 'universités furent également créés dans le domaine de l'enseignement supérieur, bien que les individus favorisés obtenaient d'habitude leurs diplômes universitaires en Europe.

L'enseignement pour tous, au moins au niveau du primaire, fut et demeure aujourd'hui l'un des objectifs principaux de la période post-indépendance. Le mouvement "harambee", au Kenya, construisit et établit de nombreuses écoles à travers le pays avant d'avoir eu le droit d'être financé par le gouvernement. Les collèges furent transformés en universités juste avant ou après l' indépendance et de nombreux pays africains possèdent à présent plusieurs universités. Les villages à travers l'Afrique rassemblent collectivement des fonds pour permettre aux élèves prometteurs de s'inscrire dans des établissements d'enseignement supérieur.

Pourtant les systèmes d'enseignement scolaire sont soumis à de grandes pressions depuis quelques années. La structure de l'âge de la population penche lourdement du côté des groupes d'âge plus jeunes, imposant par conséquent des demandes importantes sur les établissements scolaires. Le financement et la disponibilité d'enseignants qualifiés ne suit pas le rythme croissant du nombre d'élèves dans la plupart des pays. L'enseignement universitaire souffre également de fonds insuffisants (Banque Mondiale 1989). Dans de nombreux pays, le manque de fonds à l'égard des universités a donné lieu à des sentiments d'hostilité entre les étudiants et le gouvernement.

En général, l'accent placé sur l'enseignement scolaire s'est effectué au détriment des systèmes de connaissances traditionnelles. La plupart des écoles emploient des programmes scolaires et du matériel pédagogique basés sur ceux qui sont utilisés en Europe. Les jeunes Africains ont tendance à grandir sous l'influence de deux systèmes de connaissances disparates (traditionnel et du Nord), et il existe peu de liens entre eux.

L'Enseignement sur l'environnement dans les écoles primaires et secondaires

L'activité la plus importante qui favorisera la conservation de la biodiversité à moyen terme et à long terme est d'instruire des générations futures qui soient bien informées, et qui se sentent solidement engagés envers une gestion durable des ressources biologiques et de la biodiversité. La conservation de la biodiversité devrait faire partie intégrante de l'enseignement sur l'environnement à travers tous les systèmes d'enseignement scolaires.

Les résultats de l'enseignement sur l'environnement ne seront peut être pas facilement visibles, et l'on ne devrait pas s 'attendre à de tels résultats à court terme. Ceci étant dit, les "résultats" préliminaires de l'enseignement sur l 'environnement sont témoignés dans les pays tels que le Kenya, où divers types d'enseignement sur l'environnement existent depuis quelque temps. Un activisme écologique se manifeste à présent parmi la classe moyenne instruite et les groupes ruraux. Les programmes scolaires et le matériel pédagogique sont beaucoup plus adaptés aux conditions locales. Des clubs pour la nature se répandent dans le pays, créant des constituants pour la conservation de la flore et de la faune. De tels clubs sont également actifs et répandus en Tanzanie et dans de nombreux autres pays africains.

Les systèmes de connaissances et les valeurs traditionnelles et modernes doivent tous deux être incorporés dans les programmes scolaires. Il est important de transmettre les connaissances locales aux jeunes par l'intermédiaire du folklore et des proverbes, avant que ceux-ci ne se perdent. Le projet Tin Aichia au Mali, par exemple, a réussi à intégrer l'enseignement traditionnel relatif à l'agriculture, à l'élevage, à l'artisanat et à l'étude du Coran dans le système scolaire basé sur le système français. Dans ce projet, les enseignants appartiennent au même groupe ethnique que leurs élèves.

L'enseignement scolaire au niveau primaire et secondaire dans le domaine de l'écologie et de la conservation de la biodiversité doit être amélioré, et il doit être plus adapté à la vie rurale. Il faut écrire des livres de classe et créer du matériel pédagogique localement, afin d'expliquer la conservation de la biodiversité dans le cadre des connaissances traditionnelles ainsi que modernes. Les concepts écologiques et ceux qui sont liés à la conservation devraient être intégrés dans tous les aspects de l'enseignement, notamment dans le programme de sciences et dans d'autres disciplines telles que l'histoire, la littérature, l'agriculture, l'économie domestique, la santé, le commerce, la manufacture, et le bâtiment. Le sujet devrait être placé dans le contexte du développement durable et de la qualité de la vie. En Namibie, des programmes ont été créés pour enseigner "les sciences de la vie" - qui comprennent non seulement la biologie, mais aussi l'écologie et l'agriculture. L'accent est placé sur l'écologie et l'environnement, et comment ces sujets se rapportent à la vie de tous les Namibiens (Seely, Du Toit, et Marsh 1991).

Il serait également avantageux que les cours de travaux pratiques fassent partie intégrante des programmes scolaires. On pourrait effectuer de simples analyses de biodiversité des habitats voisins, ainsi que des enquêtes ethnobiologiques. Il serait également possible de restaurer les établissements scolaires en y plantant des arbres indigènes et en y faisant des études de caractéristiques des variétés de cultures. Des visites scolaires de la part des agents d'extension formés en matière de biodiversité, des folkloristes, et des herboristes pourraient aussi faire partie du programme. On pourrait également avoir des concours de projets sur la biodiversité à l'intérieur d'une même école ou bien entre écoles, et ceux-ci pourraient être financés par le secteur privé.

Les activités parascolaires peuvent également se rapporter aux questions liées à l'environnement et à la biodiversité. Les clubs de nature, par exemple, jouent certainement un rôle important dans le soutien de certains types d'activités de conservation actuels, y compris les zones protégées. La portée de ces clubs pourrait peut-être s'étendre pour englober des questions plus vastes sur la conservation de la biodiversité, à travers tous les éléments du paysage (voir Tableau 19).

 

Tableau 19. Projet d'enseignement sur l'environnement en Ethiopie

La dégradation des ressources naturelles dans les régions montagneuses de l'Ethiopie est exacerbée par la sécheresse. Les Ministères de l'Agriculture et de l'Education ont reconnu il y a plusieurs années qu'il est essentiel d'instruire les enfants en âge de scolarité dans le domaine de la conservation des ressources, afin de réaliser le but à long terme de renverser le déclin écologique. Avec l'aide de l'Agence Suédoise pour le Développement International (SIDA), un projet pilote d'enseignement sur l'environnement fut initié en 1985. A l'origine, l'intention était de se servir du système scolaire pour communiquer un message sur la conservation de la part du Ministère de l 'Agriculture (qui surveille toutes les activités ayant trait à la gestion des ressources biologiques). La portée du projet a été considérablement étendue pour inclure du matériel portant sur un éventail plus large de sujets, comprenant la santé et la biodiversité. Par exemple, un magazine pour enfants est publié avec la collaboration de l'organisme gouvernemental sur la flore et la faune et d'un organisme non-gouvernemental.

Le projet est institué dans 6 régions (qui représentent différentes situations écologiques), et il a établi 66 centres pilotes dans des écoles, dans des instituts de formation d'enseignants, et dans des centres d'enseignement pour adultes. On souligne l'importance des activités pratiques, telles que le jardinage durable, les mesures de l'érosion du sol, la plantation d'arbres, et l'embellissement des établissements scolaires. Plus d'un million d'arbres furent plantés entre 1985 et 1991, avec un taux de survie de 70 pour cent - supérieur à tout autre programme de plantation d'arbres du pays. On met l'accent sur les espèces indigènes, bien que le ministère chargé de la sylviculture fournisse principalement des espèces exotiques. Les problèmes écologiques locaux qui touchent à la biodiversité ont également été étudiés, tels que la pollution de l'eau et les problèmes de santé liés à l'environnement. On a formé plus de 13 000 nouveaux enseignants dans le domaine de l'environnement, et bien d'autres encore ont reçu une formation en cours d'emploi.

On soutient également la création de clubs pour protéger la flore et la faune, de clubs de nature et d'autres activités périscolaires liées à l'environnement. Une récente évaluation du projet a conclu que celui-ci remporte de vifs succès. Dans l'avenir, le programme scolaire sur l'environnement sera incorporé à travers le pays dans les sujets suivants: la géographie, la biologie, l'agriculture, et l'économie domestique. Les contraintes principales sont d'ordre financier, et il est également difficile d'obtenir un matériel pédagogique convenable. Le projet risque aussi d'encourir des problèmes lors de l'établissement d'un nouveau cadre politique et institutionnel en Ethiopie.

 

Enseignement supérieur

II est essentiel que les établissements d'enseignement supérieur donnent à leurs diplômés une compréhension des questions de gestion durable des ressources naturelles, et notamment de la conservation de la biodiversité. Bien que l'enseignement supérieur comprenne inévitablement un niveau de spécialisation dans une discipline donnée, il faut faire cas du fait que le programme universitaire devrait inclure certains sujets de base pour tous les étudiants. Par exemple, tous les étudiants de première année à l'Université d'Addis Abeba, en Ethiopie, suivent un cours sur la de conservation l'environnement.

La formation au niveau du troisième cycle universitaire est également bénéfique dans certains domaines pour produire un échelon de dirigeants et de technocrates spécialisés. On s'attend à ce que la biotechnologie et les sciences des matériaux, par exemple, produisent un nombre important de nouveaux produits qui rendront les processus et les produits actuellement utilisés en Afrique désuets. Pour que l'Afrique puisse profiter de ces progrès, elle devra améliorer la formation de ses spécialistes dans les domaines scientifiques et technologiques, et elle devra aspirer aux plus


GLOSSAIRE DES TERMES
utilisés dans ce rapport

Biodiversité: Une forme abrégée de "diversité biologique." La variété et la variabilité des organismes vivants et des complexes écologiques dans lesquels ils existent (OTA 1987). La biodiversité se mesure en: biomes (ex. forêt tropicale humide ou marécage côtier), écosystèmes (une portion du biome dans laquelle les organismes vivants semblent subvenir à leurs propres besoins), espéces, et variétés génétiques. (McNeely, et al. 1990)
Chitemene: Un système de culture itinérante employée par les Bembas, dans le nord de la Zambie. Les cultures poussent dans un jardin de cendres obtenu en faisant brûler une pile de branches d'arbres provenant d'une region périphérique dix fois plus grande que le jardin de cendres.
Conservation: La gestion de l'exploitation humaine de la biosphère (et de ses composantes, de ses espèces, de ses communautés et de ses écosystèmes) afin de produire le plus grand bénéfice durable aux générations actuelles, tout en maintenant ses possibilités de subvenir aux besoms et aux aspirations des générations futures. Ainsi, la conservation s'étend à la preservation, au maintien, à l'exploitation et au rétablissement durables, et à l'amélioration de l'environnement naturel (IUCN, UNEP, et WWF 1980).
Convention sur Diversité Biologique: Convention jusqu'à présent non ratifiée, négociée sous les auspices du la Programme sur l'Environnement des Nations Unies. Son but est de contenir la perte des espèces biologiques et de la biodiversité à travers le monde. La convention contient des provisions visant à assurer des mesures nationales efficaces afin de restreindre la destruction des espèces biologiques, des habitats et des écosystèmes (Nations Unies 1992).
Ecosystème: Un complexe dynamique de communautés végétales, animales et micro-organiques et de leur environnement non-vivant, agissant ensemble en tant qu'unité fonctionnelle. (Nations Unies 1992)
Endémique: Une espèce indigène, restreinte ou particulière à une localité ou à une région. (IUCN 1991)
Ex-situ: La conservation des composantes de la diversité biologique en dehors de leurs habitats naturels. (Nations Unies 1992)
Fundikila: Un système agricole ayant pour base le compost, employé par la tribu des Mambwes au nord-est de la Zambie. Cette méthode d'entassement de fumier et d'herbe consiste à sarcler l'herbe et à l'enterrer sous un tas de terre et de fumier pour obtenir un compost.
In-situ: La conservation des écosystèmes et des habitats naturels, et le maintien et le rétablissement des populations viables des espèces dans leur milieu naturel et, dans le cas des espèces domestiques ou cultivées, dans le milieu où elles ont développé leurs propriétés distinctes. (Nations Unies 1992)
Intéressé: Tout individu ou groupe ayant un intérêt net vis-à-vis de l'exploitation et de la gestion d'une ressource naturelle particulière.
Moderne: Qui est produit par ou qui incarne les techniques, les méthodes ou les idées les plus récentes (Webster 1986). Employé habituellement dans ce document par opposition aux termes "traditionnel" (la transmission orale ou par l'exemple d'information, d'opinions, de croyances et de coutumes; la transmission de connaissances à des générations successives sans indications écrites), ou "indigène" (qui a pour origine ou qui se développe ou se produit naturellement sur un terrain ou dans une région ou un environnement particulier). (Webster 1986)
Nord ou du Nord: Se réfère à tous les pays développés, par opposition aux pays en voie de développement. (Le terme "Occidental" ou "de l'Ouest" s'emploie encore pour designer des concepts ou des sujets conçus en Europe ou aux Etats-Unis.)
Plasme de Germes: Matériel héréditaire; gènes.
Race Terrienne: Variétés primitives ou variétés cultivées locales de cultures qui ont évolué avec des méthodes agricoles traditionelles.
Ressources Biologiques: Comprennent les ressources génétiques, les organismes ou les parties d'organismes, les populations, ou toute autre composante biotique d'un écosystème possédant un usage ou une valeur réelle ou potentielle pour l'humanité. (Nations Unies 1992)
Système de Culture sur Terres Communales: Le SCTC du Zimbabwe est un système de culture agropastoral à faible apport, où les terrains consacrés à l'agriculture et ceux consacrés au pâturage des troupeaux coexistent à proche proximité. Le fumier du bétail est utilisé pour maintenir la production des cultures, et les fermiers font pousser des plantes indigènes pour faire brouter leur bétail.
Variété Cultivée: Variété de plante dérivée de manière horticole ou agricole, par opposition à une variété naturelle.

RESUMES BIOGRAPHIQUES

Le Groupe Consultatif pour la Biodiversité Africaine

Le Prof. Emmanuel Chidumayo est Maître Assistant de la Faculté de Biologie à l'Université de Zambie, enseignant et chercheur en matière d'écologie tropicale. Le Professeur Chidumayo a participé à la préparation de plusieurs rapports importants sur l'environnement, notamment la Stratégie de Conservation Nationale de la Zambie, une Evaluation sur la Conservation de la Terre Nationale et sur les Nécessités Agrosylvicoles de la Zambie, et un rapport sur les Effets Ecologiques du Changement et du Développement Agricole dans la Province du Nord, en Zambie. Le Professeur Chidumayo a obtenu sa M.Sc. (Théorie) en Biologie de La Conservation à l'Université de Nairobi et sa M.Sc. (Recherche) en Biologie à l'Université de Zambie. Le Professeur Chidumayo a servi 10 ans en tant que Conservateur des Ressources Naturelles auprès du Ministère Zambien des Ressources Terriennes et Naturelles.

Le Dr. Mohamed Khalil est co-Directeur du Centre Avancé des Etudes sur l'Environnement et la Politique à Nairobi, au Kenya. Le Dr. Khalil est également conférencier employé à temps partiel à la Faculté d'Economie de l'Université de Nairobi. Le Dr. Khalil a largement écrit sur les questions ayant trait à la biodiversité. Il a obtenu son Ph.D. en Science et en Technologie à l'Université de Sussex, au Royaume-Uni. Le Dr. Khalil a servi en tant que Directeur de Programme au Centre Africain d'Etudes Technologiques (ACTS) et en tant que Directeur Général du ACTS Biopolicy Institute.

Le Dr. Patricia McFadden est membre du Comité de Programme au Centre for African Family Studies (CAFS), situé à Nairobi, au Kenya. Le Dr. McFadden a servi en tant que Présidente du Comité d'Organisation du Projet de Relations entre Hommes et Femmes, en tant que Secrétaire Générale de l'Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AAWORD), et elle est Rédactrice en Chef du bulletin de l'AAWORD, "ECHO." Elle a largement écrit sur les femmes dans le secteur agricole au Swaziland. Elle a obtenu son Ph.D. en sociologie à l'Université de Warwick au Royaume Uni, et elle est originaire du Swaziland.

Le Dr. Steven Njuguna est Coordinateur du Programme de Conservation de la Biodiversité en Afrique orientale pour l'IUCN - The World Conservation Union. Le Dr. Njuguna a servi en tant que Directeur Adjoint au Centre pour la Biodiversité au Musée National du Kenya. Il a obtenu son Ph.D. en écologie à l'Université de Nairobi.

Le Dr. Yaa Ntiamoa-Baidu est Maître Assistante à la Faculté de Zoologie de l'Université du Ghâna. Le Dr. Ntiamoa-Baidu est actuellement en congé sabbatique pendant deux ans, servant en tant que membre du Projet pour la Sauvegarde des Oiseaux du Littoral. Le projet vise à protéger les oiseaux du littoral et leurs habitats marécageux côtiers. Le Dr. Ntiamoa-Baidu a obtenu son PhD. en zoologie à l'Université d'Edinburgh, au Royaume Uni. Avant de venir à l'Université du Ghâna, le Dr. Ntiamoa-Baidu a travaillé 12 ans au Département de la Faune et de La Flore du Ghâna, débutant en tant que garde-chasse adjointe et s'élévant au rang de Chef du Département chargé de la Division de Recherche sur la Faune et la Flore.

Le Dr. Ademola Salau est Vice Chancelier Adjoint et Professeur de Géographie à l'Université de Port Harcourt, au Nigeria. Le Dr. Salau est Coordinateur du Groupe de Travail Multinational sur l'Environnement pour le CODESRIA (Conseil pour le Développement de la Recherche Economique et Sociale en Afrique, Dakar, Sénégal). Le Dr. Salau est Président et administrateur de l'Etude sur l'Environnement Nigerien/Equipe d'Action (NEST), qui fit publier le premier profil écologique sur le Nigeria intiulé L'Environnement Menacé du Nigeria. Le Dr. Salau est Coordinateur du IIED/NEST, ONG Country Report pour la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement. Le Dr. Salau a obtenu son Ph.D. à l'Unversité de Rutgers, aux Etats-Unis.

Le Dr. William Weber est Directeur Adjoint pour l'Afrique de la Wildlife Conservation International, responsable de l'élaboration et de la coordination du programme de conservation africaine, de cet organisme. Il fut l'un des co-fondateurs du Projet des Gorilles de Montagne, au Rwanda, et il a servi en tant que directeur sur le terrain du projet d'Analyse des Ressources et de la Gestion du Ruhengeri, également au Rwanda. Le Dr. Weber a obtenu son PhD. en Gestion de Ressources Terriennes à l'Université du Wisconsin.

Consultants du BSP

Le Dr. Alden Almquist est examinateur littéraire de la Bibliothèque du Congrès. Il est expert en matière de systèmes de connaissances autochtones en Afrique, ayant effectué de nombreuses années de recherche au Zaïre. Le Dr. Almquist a obtenu son Ph.D. en Anthropologie et en Etudes Africaines à l'Université de l'Indiana.

Le Dr. lan Deshmukh est associé principal auprès d'Associés pour le Développement Rural, Inc. (ARD). Il enseigne, fait de la recherche, et sert de consultant en matière d'écologie tropicale et d'exploitation et de conservation durable de ressources biologiques depuis quinze ans. Pendant trois ans, il a travaillé dans le sud de la Somalie, auprès du Projet de l'ARD sur les Etudes de l'Environnement et de l'Economie Sociale de Juba. Avant de se joindre à l'ARD, le Dr. Deshmukh était membre du corps enseignant à l'Unversité de Nairobi pendant six ans, où il a enseigné l'écologie, les ressources naturelles et la conservation au niveau de la license et de la maîtrise. Le Dr. Deshmukh a obtenu son PhD. en Ecologie à l'Université de Dundee, en Ecosse.

Le Dr. Paula Donnelly-Roark est une consultante indépendante, experte en matière de développement participatif. Elle a travaillé largement en Afrique. Elle a été Directrice du Bureau de Recherche et d'Evaluation de la Fondation pour le Développement en Afrique. Le Dr. Donnelly-Roark a obtenu son Ph.D. en Changement Social et Développement Economique à l'Université du Colorado.

Le Dr. George W. Frame est un consultant indépendant qui possède plus de vingt-sept ans d'expérience sur l'écologie des grands mammifères, les études sur les animaux, la conservation des écosystèmes, la gestion de l'habitat, la conservation de la biodiversité, l'aménagement de la terre, et le ranching de gibier. Il possède une vaste expérience du Burkina Faso, où il a travaillé en tant que conseiller scientifique au Ranch de Gibier de Nazinga. Il a également effectué des recherches sur l'écologie et sur le comportement en Tanzanie. Le Dr. Frame a obtenu son Ph.D. en Ecologie de la Faune et de la Flore à l'Université déEtat de l'Utah.

J. Frederick Swartzendruber est un consultant indépendant, expert en matière d'identification, de conception, d'exécution, et d'évaluation de projet, ainsi qu'en analyse politique et en étude d'effets. Il posséde une experience obtenue sur le terrain en Ethiopie, où il a dirigé un projet introduisant auprès des families éthiopiennes de nouveaux fours pour faire la cuisine; au Soudan, où il était conseiller pour la production et la commercialisation des technologies d'énergie renouvelable; et au Botswana, où il était à la tête d'un programme de développement de petites entreprises. M. Swartzendruber a obtenu son M.A. en Etudes Internationales à la Faculté de Service International de l'American University.


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Un consortium du World Wildlife Fund, de The Nature Conservancy, et du World Resources Institute, financé par l'USAID

Rapport financé par la Section de l'alimentation, de l'agriculture, et de l'analyse de ressources Bureau d'analyse, recherche, et support technique Bureau pour l'Afrique

Traduit par Michelle Ghattas
Révisé par Dounia Loudiyi

REMERCIEMENTS

Groupe consultatif pour la biodiversité africaine *

Le Programme d'appui à la biodiversité (BSP) exprime sa vive reconnaissance à tous les membres du Groupe consultatif pour leur participation active et soutenue au développement de ce rapport.

Emmanuel Chidumayo, Université de Zambie
Mohamed Khalil, Centre Africain d'Etudes Technologiques, Kenya
Patricia McFadden, Centre Africain d'Etudes des Familles, Kenya
Steven Njuguna, UICN-Alliance Mondiale pour la Nature, Kenya
Yaa Ntiamoa-Baidu, Université du Ghâna
Ademola Salau, Université de Port Harcourt, Nigeria
William Weber, Wildlife Conservation International, U.S.A.

Coordination du Projet

Kate Newman, BSP, Directrice du programme pour l'Afrique, Rédactrice en chef

James Webster, BSP, Membre de la direction du programme pour l'Afrique, Rédacteur

Conseillers du Projet

Kathryn Saterson, Directrice du BSP
Timothy Resch, USAID/Bureau Afrique

Auteurs Principaux *

Le BSP remercie vivement les auteurs principaux pour leurs excellentes et profondes contributions au rapport.


Alden Almquist
Ian Deshmukh
Paula Donnelly-Roark
George Frame
Barbara Pitkin, Membre de la direction du programme pour l'Afrique
Fred Swartzendruber

Rédaction, Direction, Recherche

Mohamed Bakarr, Chercheur attaché au BSP
Norm Bourg, Interne attaché au BSP
Barbara Pitkin, BSP, Membre de la direction du programme pour l'Afrique
Brad Rymph, Rédacteur Indépendant
David Wilkie, Expert-Conseil Indépendant

Logistique, Contrats, Gestion Financière

Peter DeBrine, Coordinateur du Programme BSP
Satta Nallo, Secrétaire du BSP
Clarine Simpson-Vaughn, Soutien du Projet BSP

Révision

Le personnel du BSP désire particulièrement remercier tous ceux qui ont patiemment revu les nombreuses versions de ce document et qui ont fourni des conseils et des avis inestimables.

Cette publication a été rendue possible grâce au soutien accordé à BSP par le Bureau central de l'USAID, sous les termes de l'accord de coopération n° DHR-A-00-88-00044-00. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de l'USAID.

*Voir Résumés Biographiques

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